2014, l’année des bibliothèques !

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, était au Salon du livre de Paris ce matin. Voici ce que Lecture Jeunesse a retenu de son discours en faveur des bibliothèques.

Filippetti salon livre 2014

Aucun triomphalisme de la part d’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, qui  rappelait, ce matin au Salon du Livre de Paris que la librairie avait été la priorité du ministère l’an dernier, malgré la fermeture de Virgin et des librairies Chapitre (dont 34 ont pu être sauvées, soit 750 emplois). La ministre a confirmé le tassement de l’édition et souligné que 18 millions d’euros avaient été investis en 2013, avec des objectifs comme l’augmentation de l’offre légale de titres numériques, la création de médiateurs du livre, le respect de la loi du prix unique du livre, un projet d’encadrement de la vente à distance.
 

La bibliothèque, espace de liberté !

Après la librairie en 2013, la bibliothèque sera la priorité du ministère en 2014. En réaction contre les attaques dont ont été victimes récemment certaines bibliothèques et des titres de littérature jeunesse, fustigés par une inacceptable censure, la ministre a tenu à insister sur la nécessité de préserver l’indépendance du choix des bibliothécaires et leur liberté, garante d’une sélection diversifiée dans l’espace public des médiathèques. L’accès à une offre d’édition plus vaste et plus variée, ainsi que la valorisation du métier de bibliothécaire (la sélection libre d’une offre accompagnée d’une forte médiation) font partie des axes majeurs de la politique 2014. C’est dans cette optique qu’aura lieu une grande journée de réflexion sur le rôle des bibliothèques à l’automne 2014.

 

La promotion de l’édition jeunesse

Sachant que les moins de 15 ans représentent 40% du public des établissements, la ministre a souhaité conduite une étude sur les activités périscolaires en bibliothèque pour les moins de 18 ans et renforcer les moyens des DRAC qui ont pour mission de soutenir les projets innovants d’éducation artistique et culturelle au sein des bibliothèques. Affirmant son soutien à la littérature de jeunesse, Aurélie Filippetti salue le travail de promotion de ce secteur de l’édition au Salon du livre et de la presse Jeunesse de Montreuil et annonce qu’une initiative ludique et festive autour de la littérature de jeunesse, dont les bibliothèques seraient partie prenante, aura lieu en 2015.
 

L’évolution de la bibliothèque

La France a la chance d’avoir un maillage du territoire très dense en bibliothèques, aussi l’enjeu n’est-il pas le renforcement du réseau mais la qualité du service. Face aux pratiques culturelles actuelles des Français, il est impératif de développer de nouveaux services et de nouvelles collections pour répondre aux attentes des plus jeunes sans se cantonner à ce seul public. S’il existe des bibliothèques d’excellence sur le numérique, le bilan reste cependant mitigé :
86% des bibliothèques françaises sont informatisées,
73% ont internet,
45% proposent un catalogue en ligne,
23% ont possèdent des ressources numériques,
15% offrent un service de réservation à distance.
Or, il faut noter que les lecteurs connaissent et utilisent très peu ces ressources, malgré les investissements massifs du gouvernement. La médiation est donc le vaste chantier majeur à mener à bien.
 

Les enjeux du passage au numérique

 
Le coût de l’investissement et du fonctionnement
On peut se féliciter d’avoir désormais une quinzaine de villes (dont Grenoble, Lille, Lyon, Montpellier, Metz, Compiègnes, Rouen, Rennes…), véritables pôles d’excellence numérique.
Le travail doit continuer, notamment à travers des discussions avec des auteurs, des éditeurs, des libraires, des bibliothécaires pour élaborer un cadre général d’action qui fixera les conditions de diffusion du livre numérique en bibliothèque. Enfin, il faut insuffler un nouveau dynamisme au réseau Carel qui doit représenter une vraie force de négociation. Cette mission sera confiée à la nouvelle directrice de la BPI, Christine Carrier.
 
La connaissance des usages du numérique
A travers des échanges entre les différentes structures, que sont l’observatoire Gallica, la DGMIC, l’observatoire du numérique de l’Enssib, et la BPI, doit être établi un baromètre des usages et des services en bibliothèque. Qu’existe-t-il sur le terrain ? Qu’est-ce qui marche et comment ?
 
Le 3e chantier est celui de la médiation numérique, car c’est seulement grâce à elle que la mutation peut avoir lieu.
 
 

Une bibliothèque plus ouverte

Enfin, l’élargissement et la conquête de nouveaux publics doit se poursuivre avec un fort accent sur l’accessibilité des établissements aux personnes handicapées. D’une manière générale, la bibliothèque doit être la plus ouverte possible, un lieu de vie et de citoyenneté.
BSF a lancé récemment un manifeste pour une plus grande ouverture des bibliothèques.
3 initiatives vont dans ce sens :
1.Un partenariat avec l’ABF qui doit élaborer un petit guide pratique sur l’amélioration de l’ouverture des bibliothèques.
2. Un débat sur le fonctionnement de la dotation générale de décentralisation (DGD). Bien entendu, ce ne sont pas seulement les horaires qui font un meilleur service. La question d’un label pour les bibliothèques peut se poser. L’Etat doit pourvoir aux besoins et au surcoût de cette recherche d’excellence, aussi des fonds pourront-ils être attribués à certains établissements pour un temps donné. Un groupe de travail doit réunir des élus, la BPI, la BNF, des BU pour coordonner et mutualiser les moyens et expériences sur le terrain afin d’améliorer l’extension de l’ouverture des bibliothèques parisiennes où les besoins sont particulièrement forts.
3. Les besoins des publics empêchés font partie des préoccupations majeures du ministère. La France a en effet un retard considérable en la matière. Un avant-projet de loi comporte des dispositions pour améliorer la situation. Le CNL orientera son enveloppe d’un million d’euros vers les handicapés et les détenus – la bibliothèque et le livre étant des outils d’insertion essentiels.
Le rôle de l’Etat est de proposer des outils, des méthodes et des instruments communs grâce aux ressources de la BPI et de la BNF. Il ne se substitue pas aux collectivités locales mais s’appuie sur des liens forts depuis 1983, entre Etat et collectivités locales, avec 80 millions d’euros par an d’investissement pour les bibliothèques et les collectivités en faveur de nouveaux outils et de nouveaux horaires. Aurélie Filippetti tient à souligner l’apport des conservateurs d’Etat (une centaine affectés en France, des « contrats territoire lecture » autour d’actions de développement de la lecture, ou du réseau, au sein des DRAC, de « conseillers lecture » qui ont pour rôle de moderniser les bibliothèques, de connaître le territoire, d’informer, de conseiller les élus, de diffuser les bonnes pratiques, et de transmettre ainsi une expertise précieuse pour les petites communes.
 
La ministre revient ensuite sur le rôle de la BNF (l’Etat et la BNF vont signer un nouveau contrat stratégique annuel pour un projet de 3 ans) et de la BPI (Christine Carrier donnera une nouvelle impulsion au chantier de rénovation en cours et réactivera son rôle d’animation du réseau sur tout le territoire national), qui doivent servir d’appui pour faire évoluer la bibliothèque.
Pour conclure, Aurélie Filippetti insiste sur la diversité des modèles possibles pour une bibliothèque et son enjeu, résolument moderne, puisque c’est un lieu de liberté. S’il n’y a pas de modèle de bibliothèque « à la française », nous pouvons néanmoins être fiers des établissements sur notre territoire. A ce titre, il faut saluer l’initiative du Grand prix Livre Hebdo des bibliothèques qui met à l’honneur des projets innovants dans des établissements de taille et de type variés et le congrès international de l’IFLA qui aura lieu cette année en France (Lyon, août 2014).
 
Par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse et de la rédaction de Lecture Jeune, 24 mars 2014.