Sélectionner une page

Error. Page cannot be displayed. Please contact your service provider for more details. (24)

Adolescents et lecture : une question de genre ?

Il est possible de déterminer statistiquement les genres de lecture lus et préférés par les filles et les garçons, et les diverses enquêtes menées sur la lecture permettent ainsi de dessiner la carte des goûts féminins et masculins. Néanmoins, et contre le risque d’une essentialisation de ces goûts, il importe de nuancer ces associations statistiques, en réintroduisant notamment les évolutions sur la durée, et l’influence d’autres variables que sont le niveau scolaire, l’origine sociale ou encore les influences de la culture jeune. Enfin, il peut être intéressant également de compléter les régularités statistiques par une étude plus fine des modes de réception par les filles et les garçons d’une même lecture.

La lecture, un mot féminin

Les mots « lire » et « lecture » occupent une place particulière dans la langue française : il semblerait en effet que le verbe soit le plus souvent entendu de façon intransitive. « Lire » serait synonyme de « lire des romans », ou encore pourrait-on préciser « des romans dignes d’être déclarés ». Il semblerait aussi que le substantif soit d’emblée associé au genre féminin, comme si le choix de l’article, « la » lecture, en conditionnait la réalisation pratique. S’interroger en termes de genres sur la lecture amène en effet à cette corrélation : la lecture est surtout une affaire de filles, adolescentes ou adultes. Ainsi, selon les Pratiques culturelles des Français (1)O. Donnat, Documentation française, 1998. , les hommes sont plus nombreux à n’avoir lu aucun livre au cours des douze derniers mois : 30 % contre 24 %. Et quand ils sont lecteurs, ils lisent moins de livres que les femmes : 19 en moyenne contre 22. L’écart irait même en s’accroissant, comme en témoigne une enquête menée en 2003 par l’Insee. Cette fois, 38 % des hommes déclarent ne pas avoir lu au cours des 12 derniers mois (voir tableau ci-dessous).

(2)B. Lahire, La Raison des plus faibles, PUL, 2003.

Les femmes sont aussi plus fréquemment inscrites en bibliothèque, et deux fois plus nombreuses à acheter des livres. Car il faut le préciser, il s’agit ici de lecture de livres, celle de quotidiens restant quant à elle masculine. Les enquêtes sur les lectures enfantines et adolescentes confirment cette déclinaison d’une lecture différenciée. La lecture de bandes dessinées ou de livres documentaires est plutôt masculine, la lecture de presse mixte, et la lecture de romans féminine. Quelle que soit la variable retenue (temps de lecture, lecture le soir, préférence du livre ou du film en cas d’adaptation, livres demandés en cadeau, inscription en bibliothèque…), les filles apparaissent plus proches de la lecture de livres que les garçons.

Indicateurs de la lecture chez les filles et les garçons, années 1 et 4, en %

Une étude réalisée en 2006 sur les enfants sous l’égide du ministère de la Culture confirme cette inscription de la lecture dans la sphère féminine. Il s’agit d’une enquête menée sur 9000 enfants, suivis tous les deux ans. Ont été menées pour l’instant les vagues CM2 et 5e. À ces deux étapes, les filles sont plus nombreuses à lire et à estimer que la lecture leur manquerait si elles devaient arrêter de lire.

 

Genre et genres, ou qui lit quoi ?

La mesure quantitative des différences n’explique pas à elle seule les rapports entre genre et lecture. Comme le rappelle le sociologue Bernard Lahire, « il y a lecture et lecture, et il faut rappeler cette évidence contre les tendances les plus anodines […] à faire comme si entre […] les plus “faibles lecteurs” et les “forts lecteurs”, la différence n’était qu’une différence quantitative. C’est non seulement le nombre de livres lus, mais aussi les types de livres lus et surtout, le mode d’appropriation des livres, ce qui est “fabriqué” avec le livre, qui changent(3) B. Lahire, La Raison des plus faibles, PUL, 2003. . » Ainsi à l’adolescence, notamment jusqu’à la fin du collège, lecture et construction de l’identité sexuée sont dialectiquement associées. Même si les filles et les garçons ne lisent pas les mêmes livres, et ne se les approprient pas selon les mêmes modes de réception, ils contribuent dans tous les cas à l’élaboration de leur identité féminine ou masculine.

Christine Détrez

Christine Détrez, sociologue

Christine Détrez est professeure de sociologie à l’Ens de Lyon. Elle croise dans ses recherches les problématiques de la sociologie de la culture et de la sociologie du genre. Ses derniers ouvrages sont Sociologie de la culture (Armand Colin, 2014), Quel genre ? (Thierry Magnier, 2015), Les femmes peuvent-elles être de Grands Hommes ? (Belin, 2016).



Quels genres pour quels lecteurs ?

Dans une bibliothèque ou une librairie, filles et garçons ne fréquentent pas les mêmes rayonnages. Comme ils n’aiment pas les mêmes genres de musique, n’écoutent pas les mêmes radios, ne lisent pas les mêmes journaux, ne jouent pas aux mêmes jeux vidéo et ne pratiquent pas les mêmes sports. À cet âge, la distinction sexuée est bien plus efficiente que la position de classe. Qu’il s’agisse de magazines ou de livres, l’importance du sexe dans le choix des lectures prédomine au collège, plus encore que la situation scolaire ou la catégorie socio-professionnelle. L’influence du sexe sur les goûts en matière de lecture est d’autant plus forte que l’adolescent se trouve dépourvu de capitaux scolaires ou économiques : les garçons et filles qui proviennent de milieux sociaux modestes et affichent des résultats scolaires médiocres sont géométriquement bien plus éloignés les uns des autres, que les filles et garçons de milieux favorisés bons à l’école. L’adolescent issu de classe populaire affirme et revendique son identité en la construisant autour de sa féminité et de sa virilité. Si au contraire l’adolescent cumule des capitaux (scolaire, culturel), la différenciation sexuelle s’estompe, et les goûts se rapprochent.

En matière de lecture, les filles sont plus attirées que les garçons par les romans classiques, les romans destinés à la jeunesse ou ceux dont le héros est un adolescent, les témoignages, les romans psychologiques et sentimentaux. Les garçons, quant à eux, choisissent davantage les romans de science-fiction et d’aventures.

L’adolescent issu de classe populaire affirme et revendique son identité en la construisant autour de sa féminité et de sa virilité. Si au contraire l’adolescent cumule des capitaux (scolaire, culturel), la différenciation sexuelle s’estompe, et les goûts se rapprochent

La différence ne se situe pas tant ici entre fiction et réalité, puisque l’on retrouve ces deux pactes de lecture dans les genres déclarés de chaque côté, mais plutôt entre monde imaginaire et monde réel. Les filles s’intéressent davantage aux histoires « possibles » et vraisemblables, à défaut d’être véridiques, qui mettent en jeu les rouages et roueries de l’âme humaine, tandis que les garçons préfèrent les intrigues nouées dans des décors étrangers à leur environnement, qu’il s’agisse d’espaces intergalactiques ou antarctiques. On retrouve là une répartition classique des différences, à tel point intériorisées qu’elles en deviennent naturalisées, différences mise en évidence tant par les sociologues que par les anthropologues : aux garçons l’action et le monde extérieur, aux filles la « psychologie » et la gestion des relations humaines.

Une enquête menée en 2002 auprès de 1500 adolescents d’Ardèche confirmait cette répartition des intérêts. Si Titeuf et Harry Potter arrivaient en tête des livres lus récemment chez les filles comme chez les garçons, la suite du palmarès révélait très vite une scission des goûts : Moi, Christiane F., treize ans, droguée, prostituée(4)K. Hermann, Gallimard, 1983. , L’herbe bleue(5)L’Herbe bleue, journal intime d’une jeune droguée, Anonyme, Pocket, 2003. et Le Journal d’Anne Frank sont élus livres marquants pour les filles, Le Seigneur des anneaux, Astérix, Titeuf, et la collection « Chair de poule » pour les garçons. Par ailleurs, certains titres sont exclusivement cités par les filles, ou les garçons.

Le Journal de Bridget Jones, Moi, Christiane F., Jamais sans ma fille(6)B. Mahmoody, Pocket, 1989. , La Nuit des temps(7)R. Barjavel, Pocket, 2005., Le Journal d’Anne Frank, L’Alchimiste(8)P. Coelho, Lgf, 2001., Et si c’était vrai(9)M. Lévy, Pocket, 2001. , Love Story(10)E. Segal, J’ai lu, 1997 , L’Enfant dans le placard(11)O. Bailly, J’ai lu, 2001. pour les premières.

Gaston Lagaffe,XIII, Thorgal(12)Van Hamme, Rosinski, Le Lombard. , Blueberry(13)Charlier, Giraud, Dargaud. , Joe Bar team(14)Debarre, Stefan, Vents d’Ouest , Robinson Crusoé, La Mort n’oublie personne(15)D. Daeninckx, Gallimard, 1999 , Bilbo le Hobbit pour les seconds.

 

Les modes de réception

La lecture répond à des attentes extrêmement fortes en matière d’émotions et d’exigences éthico-pratiques (c’est-à-dire morales, ou axées sur des attentes pratiques, en termes d’expériences par procuration) sur lesquelles peut s’élaborer l’identification. Marcel Pagnol évoque ce processus dans Le temps des secrets, lorsque son amie Isabelle lui lit La Petite Fille aux allumettes :

« Dès la première ligne du récit, il faisait froid, il faisait nuit, la neige tombait. Ces dures conditions atmosphériques ne me concernaient nullement, puisque je me balançais dans l’ombre tiède d’un acacia, au bord de la garrigue ensoleillée. […] Je pensai d’abord qu’elle ne savait pas se débrouiller, que ses parents étaient des criminels de la laisser sortir seule sous la neige, et que celui qui avait raconté cette histoire essayait par tous les moyens de me faire de la peine ; je refusai donc d’avoir froid aux pieds avec elle. […] Alors, il me sembla que la petite morte, c’était elle (Isabelle, la lectrice), je la vis toute blanche dans la neige et je sautai du hamac pour courir à son secours. […] de grosses larmes coulèrent sur mes joues, et je la serrai sur mon cœur pour la garder sur terre. »

Cette description d’une « lecture participante » est récurrente dans les entretiens, avec les garçons comme avec les filles.

« J’ai lu Docteur Jekyll et Mister Hyde en 3e. Je transpirais, tellement j’étais dans l’intrigue. J’avais peur, j’avais mal, tellement j’avais peur ! » (Alexandra, 3e)

« Je me mets à la place du héros, je vois les images, je vois tout, comme si je vivais l’histoire. Je me dis “moi, j’aurais fait ça, ou j’aurais dit ça”. Dans L’Île au trésor, par exemple, je m’imagine que je suis Jim. » (Julien, 4e technique)

L’identification est complexe : non seulement l’adolescent peut éprouver les sensations et sentiments du personnage, mais il peut le juger à l’aune de valeurs éthiques et morales, et les référer à ses expériences présentes, voire les additionner à ses propres expériences, en les vivant par procuration. La lecture est ainsi perçue et vécue comme une construction de soi(16)M. Petit, Éloge de la lecture, la construction de soi, Belin, 2002. Elle distingue notamment identification et symbolisationD’autant que les expériences et explications recherchées ne sont pas forcément celles dont on peut parler aux parents. Ainsi Hadidja, élève rencontrée par Catherine Dommergues(17)C. Dommergues, Livres de chevet, Autrement n°201, 2001. , se souvient= <em=>La Fille d’en face(18)M. Ferdjoukh, Bayard Jeunesse, 2002. , l’histoire d’une rencontre entre deux adolescents. Du haut de ses douze ans, Hadidja anticipait et se rassurait en lisant :

« Il y a des choses que les parents ne disent pas, et qu’on n’ose pas leur demander. On a peur de la réaction des parents, pas des livres. »

Rappelons que le titre le plus cité par les adolescents interrogés en Ardèche est la bande dessinée Titeuf, qui livre sur le mode humoristique les interrogations mais aussi les réponses de très jeunes adolescents sur la sexualité. L’identification a longtemps été considérée comme un mécanisme passif, simple, uniforme et naïf par les tenants du « bien lire savant ». Il suffit de lire les punitions infligées aux coupables d’identification : Madame Bovary, agonisant dans des nausées à la couleur de l’encre, littéralement empoisonnée par ses lectures, Don Quichotte et ses romans de chevalerie, ou Roberto de la Grive, héros de L’île du jour d’avant d’Umberto Eco(19)Lgf, 1998. , pour qui la mort n’est que l’ultime étape du « ravissement » de la lecture.

Or, le processus de lecture des adolescents n’est ni passif, ni naïf, comme le souligne le sociologue Richard Hoggart à propos des lectures populaires : « Enfants, femmes et ouvriers ont la particularité de partager dans les discours alarmistes ce même mode de lecture, fait d’adhésion sans partage aux sentiments lus, qui les mènent, forcément, aux vices et à la déperdition, et nécessitent qu’ils soient guidés, corrigés, encadrés par plus compétent qu’eux : l’homme adulte savant, garant du “bien lire”. La récurrence même de témoignages émus décrivant l’identification chez les écrivains enfants lecteurs (Proust, Vallès, Sartre, etc.) montre la place de celle-ci : elle appartient aux souvenirs attendris et attendrissants de l’enfance . »(20)R. Hoggart, La Culture du pauvre, Éditions de Minuit, 1970.

Ainsi la jeune Isabelle de Marcel Pagnol, en larmes après la lecture de La Petite Fille aux allumettes, repousse le secours du narrateur : « ça me plaît de pleurer quand c’est pour rire ! ». Ou Estelle, élève de Terminale, qui reconnaît : « J’aime bien pleurer pour un livre, je ne sais pas pourquoi. »

Dans le corpus littéraire comme dans les entretiens, les témoignages d’une telle réception abondent, chez les garçons comme chez les filles. Peut-on alors parler de réception genrée, ou plutôt d’expression socialement genrée de ces réceptions ? Tous n’y ont pas également « droit », comme le montre la même Isabelle du Temps des secrets à son ami en larmes :

« Gros nigaud ! dit-elle. Ce n’est qu’une histoire, et tout ça, ce n’est pas vrai. Tu devrais avoir honte de pleurer comme ça ! – Mais vous aussi, vous pleurez ? – Moi, je suis une fille. […] Tandis qu’un garçon… »

 

Réceptions et identifications suivraient-elles des logiques genrées ? Pas uniquement. En réalité, les enquêtes montrent que les réceptions conjuguent genre et position sociale. Que ce soit celle d’Éric Maigret sur les lecteurs de Spiderman, celle de Dominique Pasquier sur la série Hélène et les garçons ou la nôtre sur l’adaptation cinématographique du Seigneur des anneaux. Garçons et filles sont extrêmement conscients des stéréotypes de genre quand on leur demande à qui, selon eux, est destiné le film Le Seigneur des Anneaux(21)C. Détrez, P. Cotelette, C. Pluvinet, « Lectures des filles et des garçons, à propos du Seigneur des anneaux », Les Jeunes et l’arrangement des sexes, sous la dir. d’H. Eckert et S. Faure, Éd. La Dispute. :

« Peut-être plus pour les garçons, parce qu’il n’y a pas vraiment d’histoire d’amour, à part Arwen et Eowyn… Mais ils ont choisi de bons acteurs pour faire plaisir aux filles aussi ! » (Émilien, 14 ans, 4e, père cadre supérieur, mère artiste peintre) « Je ne pense pas que ça soit pour l’un ou pour l’autre, parce qu’il y a autant d’action que d’histoire d’amour dedans, donc ça peut plaire vraiment à tout le monde. » (Éric, 15 ans, 2de, père électricien, mère commerçante)

« Il y a de la science-fiction et de la violence pour les garçons, et des sentiments pour les filles. » (Amy, 14 ans, 4e, père artisan, mère enseignante)

« C’est quand même plus pour les garçons, parce qu’il y a beaucoup de scènes de bataille. Le livre est encore plus destiné aux garçons : il y a moins de dialogues, et les sentiments d’amour et d’amitié sont moins présents que dans le film. » (Camille, 14 ans, 3e, père directeur d’entreprise, mère au foyer) Mais la réalité des réceptions n’est pas si simple et correspond à de véritables stratégies de démarcation : ainsi, les filles de milieu favorisé rejettent les réceptions sentimentales au profit du goût pour la « baston ». De façon schématique, elles opposent dans leur propos « la chochotte » et « celle qui aime la baston » comme si, pour se démarquer du modèle caricatural féminin, elles préféraient épouser les goûts masculins.

« J’ai bien aimé l’histoire d’amour, mais des fois je trouvais que c’était un peu trop long. » (Carole, 12 ans, 5e, père ingénieur, mère chef de projet)

« Il n’y a pas énormément de scènes d’amour dans le film et c’est bien comme ça. Le film est plutôt fantastique. S’il y avait eu plus de scènes d’amour, cela aurait été moins bien. » (Camille) « Certaines filles, que je qualifierais méchamment de chochottes, n’apprécient pas le film. Elles le trouvent violent. » (Lulla, 13 ans, 4e, père laborantin, mère chercheuse)

« Arwen passe quand même un bon film et demi à pleurnicher, tandis qu’Eowyn, c’est une battante : elle botte les fesses des hommes, elle participe vraiment à la bataille de la dernière alliance, c’est bien. » (Lulla)

« Vers la fin, avec les bateaux, c’est plein d’émotion. Je n’ai pas pleuré, mais j’avais la gorge serrée. Je ne l’ai pas dit à mon copain, car j’ai quand même des réticences à parler de mes sentiments. Avec mes copains, on préfère parler des bagarres. »

Notons au passage, que ce sont surtout les filles qui rejettent le personnage d’Arwen. Les garçons se montrent bien plus indulgents à son égard. Sans vouloir ni pouvoir généraliser à partir de ces quelques cas, la position des parents semble jouer un rôle dans le jugement émis sur les personnages et l’attitude vis-à-vis du stéréotype. Lulla et Amy, dont les mères sont plus diplômées que les pères, critiquent la passivité d’Arwen. Émilien dont la mère, après des études d’architecture, a arrêté de travailler pour élever ses enfants, loue au contraire le sacrifice d’Arwen : « elle a autant de mérite que les autres ». Lucas, surencadré par ses parents, rejette Arwen « parce qu’elle est trop couvée par son père ».

Les garçons et les filles de milieu favorisé sont les seuls à mettre l’accent sur la dimension psychologique ou émotionnelle de leur réception. Ainsi, Florian et Philippe témoignent tous deux de leur émotion, plus ou moins facilement acceptée et avouée, lorsqu’ils évoquent leur scène préférée.

« La première scène, quand Frodon décide de partir tout seul, est franchement très émouvante, poignante. Je trouve ça bien de voir comment les hommes se rendent compte de leurs erreurs, et décident de changer… La baston pour la baston, c’est pas intéressant. » (Florian)

« Vers la fin, avec les bateaux, c’est plein d’émotion. Je n’ai pas pleuré, mais j’avais la gorge serrée. Je ne l’ai pas dit à mon copain, car j’ai quand même des réticences à parler de mes sentiments. Avec mes copains, on préfère parler des bagarres. » (Philippe)

Ces interprétations psychologiques montrent que les distinctions sexuées ne sont pas toujours les plus influentes dans la variation des réceptions. La capacité à percevoir un message dans le film et à l’exprimer est un axe d’interprétation extrêmement distinctif, qui dépend non pas du sexe, mais des capitaux scolaires et sociaux détenus par l’adolescent, garçon ou fille. L’attention accordée à la psychologie émane principalement des adolescent(e)s de milieu favorisé, tandis que les filles et les garçons de milieux défavorisés ne décèlent pas toujours de message dans le film. « C’est un film, c’est tout », décrète Alison. Éric Maigret parle à ce sujet de « psychologisation » croissante des classes moyennes et supérieures.

S’agit-il d’appropriations différenciées ou d’expressions différenciées d’une même émotion ? La question n’est pas réglée.

ARTICLE DE CHRISTINE DÉTREZ, INITIALEMENT PARU DANS LECTURE JEUNE N°120, LA LECTURE EST-ELLE UNE ACTIVITÉ RÉSERVÉE AUX ADOLESCENTES ? (DÉCEMBRE 2006)
Publications

Ouvrages
– 
Histoires de lecteurs, Paris, Editions Nathan, Collection « Essais et Recherches », 1999, 446 pages (avec Claude F. Poliak et Bernard Pudal)
– Les jeunes en France. Etat des recherches, Paris, La Documentation Française, 1994, 295 pages
– Karl Mannheim, Le Problème des Générations, traduction de l’allemand par Gérard Mauger et Urania Périvolaropoulos, Introduction et postface par Gérard Mauger, Paris, Editions Nathan, « Essais et Recherches », 128 pages, 1990
– La Vie buissonnière, Paris, Collection « Malgré tout », Editions François Maspero, 1977, 262 pages (avec Claude Fossé)

Rapports
– Le monde des bandes et ses transformations. Une enquête ethnographique dans une cité HLM, Rapport final de l’enquête financée par la DIV, octobre 2003, 250 p.

Direction d’ouvrages collectifs
– Lire les sciences sociales : Volume 1, Paris, Éditions Belin, 1994 ; Volume 2, Paris, Éditions Belin, 1997 ; Volume 3, Paris, Hermès Science, 2000 ; Volume 4, Paris, Editions de la MSH, 2004 (avec Louis Pinto)
– Jeunesses populaires. Les générations de la crise, Paris, Editions L’Harmattan, 1994, 384 pages (avec Christian Baudelot).

Quelques articles
– « Champ, habitus et capital », in Pierre Bourdieu : les champs de la critique, Paris, BPI/Centre Pompidou, 2004, p. 61-74.
– « Politique de l’engagement sociologique », Mouvements, novembre-décembre 2002, n° 24, p. 53-59.
– « Les politiques d’insertion. Une contribution paradoxale à la déstabilisation du marché du travail »,Actes de la recherche en sciences sociales, n° 136-137, mars 2001, p. 5-14.
– « Les usages sociaux de la lecture », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 123, juin 1998, p. 3-24 (avec Claude F. Poliak).
– « La consultation nationale des jeunes. Contribution à une sociologie de l’illusionnisme social »,Genèses, n° 25, décembre 1996, p. 91-113.
– « Les mondes des jeunes », Sociétés contemporaines, n° 21, mars 1995, p. 5-13.
– « Les autobiographies littéraires, objets et outils de recherche sur les milieux populaires », Politix, n° 27, 3ème trimestre 1994, p. 32-44.
– « Enquêter en milieu populaire », Genèses, n° 6, décembre 1991, p. 31-43.
– « La politique des bandes », Politix, n° 14, 2ème trimestre 1991, p. 27-43 (avec Claude F. Poliak).
– « La jeunesse dans les âges de la vie : une définition préalable », Temporalistes, n° 11, 1989.
– « Les loubards », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 50, novembre 1983, p. 49-67 (avec Claude Fossé-Poliak).

Liens
– Gérard Mauger : La notion de « classes sociales » a-t-elle encore quelque pertinence ?, Émission Des sous et des hommes, n°91, 29 Octobre 2004. [Fichier mp3, 6,6Mo / Transcription]
– Gérard Mauger : Le monde des bandes et ses transformations. Une enquête ethnographique dans une cité HLM, Rapport final de l’enquête financée par la DIV, octobre 2003, 250 p. [Fichier pdf, 621 Ko]
– Gérard Mauger : Sociologie des jeunes, des groupes marginaux et de la lecture, 2 entretiens (Windows media), Jeudi 10 Octobre 2002 et Lundi 5 Mai 2003, Les archives audiovisuelles de la recherche en sciences humaines et sociales, MSH.
– Gérard Mauger : « La jeunesse dans les âges de la vie : une définition préalable »,Temporalistes, n° 11, 1989.

References   [ + ]

1. O. Donnat, Documentation française, 1998.
2. B. Lahire, La Raison des plus faibles, PUL, 2003.
3. B. Lahire, La Raison des plus faibles, PUL, 2003.
4. K. Hermann, Gallimard, 1983.
5. L’Herbe bleue, journal intime d’une jeune droguée, Anonyme, Pocket, 2003.
6. B. Mahmoody, Pocket, 1989.
7. R. Barjavel, Pocket, 2005.
8. P. Coelho, Lgf, 2001.
9. M. Lévy, Pocket, 2001.
10. E. Segal, J’ai lu, 1997
11. O. Bailly, J’ai lu, 2001.
12. Van Hamme, Rosinski, Le Lombard.
13. Charlier, Giraud, Dargaud.
14. Debarre, Stefan, Vents d’Ouest
15. D. Daeninckx, Gallimard, 1999
16. M. Petit, Éloge de la lecture, la construction de soi, Belin, 2002. Elle distingue notamment identification et symbolisation
17. C. Dommergues, Livres de chevet, Autrement n°201, 2001.
18. M. Ferdjoukh, Bayard Jeunesse, 2002.
19. Lgf, 1998.
20. R. Hoggart, La Culture du pauvre, Éditions de Minuit, 1970.
21. C. Détrez, P. Cotelette, C. Pluvinet, « Lectures des filles et des garçons, à propos du Seigneur des anneaux », Les Jeunes et l’arrangement des sexes, sous la dir. d’H. Eckert et S. Faure, Éd. La Dispute.

This site is protected by wp-copyrightpro.com