Comment se manifeste la fracture numérique chez les jeunes ?

En Belgique, 17 % des jeunes âgés de 16 à 24 ans ne sont pas des utilisateurs assidus d’Internet (tous les jours ou presque) et 3 % se connectent peu ou pas du tout. Toutefois, 33 % des jeunes de cette tranche d’âge estiment que leurs compétences concernant les usages des technologies de l’information et de la communication (TIC) sont insuffisantes par rapport aux exigences du marché du travail. Ces chiffres extraits de l’enquête européenne sur la société de l’information(1)Statistiques sur l’usage des TIC par les individus et par les ménages, Statbel, SPF économie, Bruxelles, 2011. témoignent d’un décalage entre, d’une part, la grande familiarité des jeunes avec Internet et, d’autre part, les compétences en matière de TIC que le monde économique et les pouvoirs publics attendent d’eux.

 

À la demande du ministère fédéral belge de l’Intégration sociale et dans le cadre du plan national de lutte contre la fracture numérique, la Fondation Travail-Université a étudié les inégalités dans l’accès à Internet et ses usages chez les jeunes de 16 à 25 ans(2)Les jeunes off-line et la fracture numérique – Les risques d’inégalités dans la génération des « natifs numériques », P. Brotcorne, L. Mertens, G. Valenduc, rapport pour le Ministère fédéral de l’Intégration sociale, 2009. Téléchargeable ici http://www.ftu-namur.org/fichiers/Jeunes-fracture-num%C3%A9rique.pdf.. Cette tranche d’âge a été privilégiée car, à la sortie de l’adolescence, les jeunes connaissent une série de transitions dans leur vie personnelle et deviennent progressivement concernés par les usages d’internet dans tous les domaines de la vie en société. C’est aussi à ce moment que la plupart des jeunes se construisent et partagent une culture numérique commune. Ceux qui exploitent peu Internet sont minoritaires au sein de leur génération, ce qui les expose d’autant plus à des risques de marginalisation ou d’exclusion.

 

Quelles fractures chez les jeunes ?

La fracture numérique

L’expression « fracture numérique » (digital divide) est apparue dans la littérature à la fin des années 1990. Elle désigne le fossé séparant les personnes qui bénéficient de l’accès aux technologies et aux services d’information numériques de celles qui en sont privées. Les recherches en sciences sociales se sont rapidement écartées de cette conception dichotomique(3)« The digital divide : current and future research directions », S. Dewan, F-J. Riggins, Journal of the Association for information systems, vol. 6, n° 12, Atlanta, 2005 ; Digital inequality : from unequal access to differentiated use, P. DiMaggio, E. Hargittai, C. Celeste, S. Shafer dans Social inequality, K. Neckerman, Russel Sage Foundation, 2004 ; « Reconsidering political and popular understandings of the digital divide », N. Selwyn, New Media and Society,  vol. 6, n° 3, Sage publications, 2004. « Fractures numériques, inégalités sociales et processus d’appropriation des innovations », P. Vendramin, G. Valenduc, Terminal, n° 95-96, L’Harmattan, 2006.. La fracture numérique a une dimension matérielle qui renvoie à des déficits en termes de moyens, d’équipements et d’accès : la fracture numérique au premier degré. Par-delà cette première acception, la fracture numérique a aussi une dimension cognitive et sociale. Elle renvoie alors à des disparités liées au manque de maîtrise des compétences nécessaires à l’usage des TIC et à l’exploitation de leurs contenus, ainsi qu’à un déficit de ressources sociales pour développer des pratiques qui permettent de négocier une position valorisante au sein des univers sociaux fréquentés. Ces aspects constituent la fracture numérique au second degré.

Dans cette optique, il importe de distinguer les différences et les inégalités dans l’accès aux TIC et dans leurs usages. Les disparités reflètent la diversité, tandis que les inégalités sont liées à des phénomènes de discrimination, de ségrégation ou d’injustice sociale. Des discriminations dues au non-accès et au non-usage peuvent s’instaurer dans plusieurs domaines : le travail et le développement professionnel, la consommation, l’accès aux services, la communication avec les autres et l’exercice de la démocratie. L’analyse de ces effets discriminatoires est essentielle pour comprendre les conséquences de la fracture numérique.

   

Les inégalités sociales parmi les jeunes entre 16 et 25 ans

Les jeunes entre 16 et 25 ans sont censés appartenir à la génération des « natifs numériques(4)Le néologisme de natif numérique a été inventé en 2001 par Marc Prensky pour désigner une génération d’apprenants qui, par leur immersion dans les nouvelles technologies et les jeux vidéo, aurait développé des capacités cognitives peu ou mal exploité par les enseignants des générations précédentes. ». Le discours qui la caractérise renvoie l’image d’un groupe homogène dans lequel les jeunes évolueraient dans un environnement peu différencié. Pourtant, loin de présenter des caractéristiques similaires, cette tranche d’âge constitue un public fort diversifié. Les situations respectives des moins de 20 ans et des plus de 20 ans(5)La population de l’enquête européenne sur les forces de travail commence à 15 ans, tandis que la population de l’enquête sur la société de l’information commence à 16 ans. C’est ce qui explique la coexistence de références aux « 15-24 ans » et aux « 16-24 ans » sont très contrastées, comme le montre le tableau n° 1.

  

Tableau 1 : Répartition de la population des jeunes de 15 à 24 ans selon le statut (Belgique)

15 à 19 ans

20 à 24 ans

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

 En emploi  7 %  5 %  47 %  41 %
 Demandeur d’emploi inscrit au chômage  4 %  3 %  12 %  10 %
 Étudiant  87 %  90 %  35 %  40 %
 Inactif non étudiant  3 %  3 %  6 %  9 %
 100 %  100 %  100 %  100 %

Source : Enquête sur les forces de travail (LFS), Eurostat, 2011

  

Le public des plus jeunes (15-19 ans) est assez homogène sur le plan du statut socioprofessionnel : environ neuf jeunes sur dix sont encore étudiants et à peine un sur dix est sur le marché du travail. En revanche, le public des 20-24 ans se caractérise par une grande hétérogénéité et par des écarts de genre plus importants : 47 % des hommes contre 41 % des femmes ont un emploi, 35 % des hommes contre 40 % des femmes étudient encore. On constate de nombreuses inégalités en termes d’emploi, de chômage et de décrochage scolaire dans cette tranche d’âge (20-24 ans). De plus, la proportion d’inactifs non étudiants est significative. En Région bruxelloise, un jeune sur huit entre 20 et 25 ans n’est ni étudiant, ni au travail, ni demandeur d’emploi ; les deux tiers d’entre eux sont des femmes.

Les données sociodémographiques sur le niveau d’indépendance des jeunes belges entre 16 et 25 ans sont fragmentaires. Selon le EU Youth Report 2009(6)EU Youth report, DG Education and culture, European Commission, 2009. (données de 2007), l’âge médian auquel les jeunes belges quittent le foyer familial est de 25,3 ans pour les hommes et 23,5 ans pour les femmes. En Flandre, 42 % des 18 -25 ans vivent de manière indépendante. L’âge de la transition se situe autour de 21 à 22 ans, un peu plus tôt pour les femmes que pour les hommes(7)Jongeren in cijfers en letters – Bevindingen uit de JOP-monitor 2, N. Vettenburg, J. Deklerck, J. Siangers, Acco, 2010..

  

Les ambiguïtés du discours sur la génération des « natifs numériques »

Les discours triomphants sur une génération de « natifs numériques » uniformément branchée sont rapidement devenus populaires(8)« Digital natives, digital immigrants », M. Prensky, On the Horizon, vol. 9 n° 5, 2001.. Ils ont largement contribué à orienter les travaux sur les jeunes et les TIC vers des problématiques spécifiques aux usages juvéniles et à leurs conséquences éducatives et culturelles(9)« Jeunes internautes avertis ou l’ordinaire des pratiques », A. Messin et J. Jouet dans Internet : une utopie limitée. Nouvelles régulations, nouvelles solidarités, B. Conein, F. Massit-Foléa, S. Proulx, Presse de l’Université de Laval, 2005.. En ce qui concerne les jeunes entre 16 et 25 ans, deux remarques s’imposent :

  • Les publications sur la génération des natifs numériques définissent de façon variable voire imprécise la tranche d’âge qu’elles qualifient. Les adolescents, de 11 jusque 16 ou 18 ans y occupent une place centrale. Peu d’études s’intéressent au comportement numérique des jeunes dans la transition entre l’adolescence et l’âge adulte, entre la formation et le marché du travail, entre le foyer familial et la vie autonome.
  • Le discours sur la génération numérique considère surtout les jeunes sous l’angle de leurs activités récréatives et relationnelles. Or, les jeunes de 16 à 25 ans poursuivent des études, ont un travail ou sont demandeurs d’emploi. Leurs usages d’internet dans le cadre de leur formation ou de leur activité professionnelle sont peu pris en compte.

Cette orientation particulière des débats « jeunes et internet » a eu en partie pour effet de détourner l’attention des chercheurs d’une autre problématique – pourtant non moins pertinente et réelle –, celle de l’exclusion effective de certains groupes de jeunes de l’univers des TIC et de la société de l’information en général(10)Facer et Furlong, 2001 ; Livingstone et al., 2005 ; Livingstone et Helsper, 2007..

   

Les résultats : un regard dégrisé sur les « natifs numériques »

À la recherche des jeunes en risque de marginalisation numérique

Selon l’enquête Eurostat/Statbel sur la société de l’information (2011), la population des 16 à 24 ans inclus se répartit entre 83 % d’utilisateurs assidus d’internet (tous les jours ou presque), 14 % d’utilisateurs peu réguliers (au moins une fois par semaine) et 3 % de non utilisateurs ou utilisateurs épisodiques (moins d’une fois par semaine). Un jeune belge sur six ne correspond donc pas au stéréotype du natif numérique, continuellement branché.

Où les jeunes naviguent-ils sur la toile ? Lorsqu’on observe leur évolution au cours des six dernières années (2005 -2011), on constate une diversification des lieux d’utilisation d’Internet par les 16 -24 ans : le domicile passe de 81 à 96 % des utilisateurs, le lieu de formation de 26 à 52 %, les voisins et les proches de 15 à 48 %, le lieu de travail de 9 à 26 %, tandis que la proportion de jeunes qui utilisent internet uniquement à la maison décroît de 53 % à 17 %(11) Voir note 1.. L’importance de l’accès à domicile pour les jeunes de 16 -24 ans est mis en lien avec la « culture de la chambre(12)La Culture de la chambre. Préadolescence et culture contemporaine dans l’espace familial, Hervé Glévarec, La Documentation française, 2009. » souvent équipée comme un studio multimédia où nombre d’entre eux passent l’essentiel de leur temps. Cette « culture de la chambre » est liée à la taille des habitations et aux possibilités de contrôle que les parents souhaitent exercer ou non(13)« Jongeren en ICT, een divers publiek », T. Boonaert, N. Vettenburg, Jongeren binnenstebuiten, Jeudg Onderzoeksplatform (JOP), Acco, 2009..

Les acteurs de terrain confirment qu’il n’existe pas de groupe particulier de jeunes peu utilisateurs d’internet que l’on pourrait caractériser par des variables sociologiques ou démographiques. L’hypothèse selon laquelle ces jeunes appartiendraient essentiellement à des milieux économiquement défavorisés ne serait donc pas recevable. Les professionnels identifient plutôt une grande diversité de situations d’usage rare ou épisodique, ne concernant, pour chacune d’entre elles, qu’un très petit nombre de jeunes :

  • Des ménages sans connexion, dans lesquels les jeunes ont peu de possibilités de compenser cette absence par une utilisation d’Internet hors du domicile (lieux de formation, amis, voisins, cybercafés, associations, etc.), soit pour des raisons d’isolement géographique (zones rurales), soit pour des raisons culturelles.
  • Des situations liées à des problèmes dans le milieu familial : conflits familiaux, troubles psychologiques, situations d’accueil en milieu ouvert.
  • Des situations liées à la marginalisation de certains jeunes qui vivent essentiellement dans la rue et pour lesquels Internet n’est pas un moyen de socialisation pertinent.
  • Des situations liées à la qualité ou à l’organisation du logement : ordinateur dans une pièce commune sans possibilité d’utilisation personnalisée et isolée ; connexion monopolisée par d’autres membres du ménage (notamment la domination des utilisateurs masculins) ; équipement ou connexion en partage avec des colocataires, etc.
  • Des situations liées à des barrières culturelles : restrictions ou interdits imposés par la famille (au sens large), notamment à l’égard des jeunes filles ; situations particulières de certaines minorités ethniques, notamment les gens du voyage.
  • Des situations de handicap, physique ou mental, non prises en charge par des institutions qui favorisent l’utilisation des TIC par les handicapés.
  • Des situations liées à des cas individuels de mise à l’écart de la société (centres fermés, emprisonnement, etc.).

De plus, dans chacun de ces cas, on trouve à la fois des jeunes qui se servent fréquemment d’Internet et d’autres qui naviguent très peu.

  

L’univers numérique des jeunes

L’univers numérique des jeunes présente cependant quelques caractéristiques spécifiques. Le graphique n° 1 rassemble une série d’indicateurs recensés par l’enquête sur la société de l’information pour décrire l’activité des utilisateurs d’Internet, dans trois tranches d’âge : 16 -24, 25- 34 et 35- 44 ans(14)Les pourcentages du graphique se rapportent à la population utilisatrice d’internet dans chaque tranche d’âge..

 

Graphique 1 : Proportion d’individus ayant utilisé divers services en ligne au cours des trois derniers mois

graphique_1(% de la population utilisatrice d’internet dans chaque tranche d’âge – source : Statbel/Eurostat, 2011)

 

Le graphique souligne le profil contrasté des jeunes de 16 à 24 ans par rapport aux tranches d’âge suivantes. D’une part, certains usages liés à la communication sont beaucoup plus répandus chez les 16 -24 ans (les réseaux sociaux, la messagerie instantanée, les jeux et la musique). D’autre part, dans toutes les autres pratiques (recherche d’informations, démarches administratives, activités commerciales), les 25-34 ans et les 35-44 ans sont significativement plus nombreux que les 16-24. Ces distinctions esquissent, en quelque sorte, les contours d’un « profil jeune » – dont rien ne permet d’attester de l’homogénéité – et ceux d’un « profil adulte » dans les usages d’Internet. Le graphique ci-dessous (graphique n°2) tente de schématiser, sous la forme d’un nuage de tags, les différences entre les utilisations d’internet préférées par les jeunes et les utilisations attendues par le monde socioéconomique.

 

Graphique 2 : Usages préférés et usages imposés, représentés sous la forme d’un nuage de tags

graphique_2

Le niveau de familiarité des jeunes avec l’informatique et Internet n’est pas homogène. L’enquête Statbel indique que 36 % des 16-24 ans sont uniquement capables d’y réaliser des tâches élémentaires. Quel que soit leur degré de familiarité avec les TIC, ces jeunes sont 33 % à considérer que leurs compétences informatiques sont insuffisantes par rapport aux exigences du marché du travail. Les acteurs de terrain confirment la plausibilité de ces données qui reflètent assez bien la réalité à laquelle ils se trouvent confrontés. Ils considèrent toutefois que, malgré ces difficultés et disparités, l’utilisation d’Internet a une fonction sociale et identitaire essentielle pour les jeunes. Ceci corrobore les résultats de plusieurs enquêtes qui montrent qu’Internet contribue à modifier les modalités de socialisation et à développer de nouveaux formats culturels de communication propres aux jeunes. Cette fonction sociale et identitaire est ce qui distingue le plus leurs pratiques numériques de celles des adultes(15)« Digital Inequality : Differences in Young Adults’ Use of the Internet », E. Hargittai et A. Hinnant, Communication Research, vol. 35 n° 5, 2008..

    

Usages et non-usage chez les jeunes

Si la question du non-usage des TIC a été étudiée récemment par plusieurs auteurs(16)« Mieux comprendre les situations de non-usage des TIC – Le cas de l’informatique et d’internet », A. Boutet et J. Trémembert, Les Cahiers du Numérique,  vol. 5,  n° 1, Hermès Lavoisier, 2009., le problème spécifique du non-usage chez les jeunes a jusqu’ici peu fait l’objet de travaux. Contrairement aux autres tranches d’âge, la frontière entre usage et non-usage d’Internet est assez floue chez les jeunes entre 16 et 25 ans. La grande majorité d’entre eux est, d’une manière ou d’une autre, familiarisée avec Internet, mais certains se trouvent dans des situations intermédiaires, entre l’usage et le non-usage, qui peuvent être provoquées par deux types de causes. D’une part, certains font un usage épisodique, intermittent, frugal ou restreint d’Internet, essentiellement pour des raisons liées à la qualité de leur connexion. Ils ont une autonomie limitée due aux contraintes imposées par l’environnement familial et ils se trouvent dans des situations précaires par rapport au logement ou à l’insertion sur le marché du travail.

D’autre part, les disparités cognitives et culturelles entraînent une segmentation des territoires d’usage d’Internet. La littérature sur la fracture numérique au second degré met l’accent sur les inégalités en termes de compétences numériques : elle souligne non seulement les compétences instrumentales mais aussi et surtout les compétences informationnelles grâce auxquelles on sélectionne et traite les contenus numériques sans oublier les compétences stratégiques qui permettent de mettre les usages des TIC au service d’objectifs personnels, professionnels, individuels ou collectifs. Si les jeunes de 16 à 25 ans possèdent en général les compétences instrumentales de base, les compétences informationnelles et stratégiques sont très inégalement réparties. Liées au capital culturel et social des individus, elles interfèrent avec la question récurrente de l’illettrisme et du décrochage scolaire. Ainsi, alors que certains jeunes affichent leurs préférences parmi les différentes fonctions d’Internet et sont capables d’évoluer selon des circonstances, d’autres restent cantonnés à des usages limités au divertissement audiovisuel et à la communication instantanée. Des phénomènes de segmentation des usages se créent au sein de la jeune génération, notamment entre les usages récréatifs et les usages utilitaires. Ils peuvent aussi révéler d’autres fragilités par rapport au marché du travail.

Il existe donc un décalage entre l’expérience des jeunes sur Internet et les attentes de la société à leur égard en matière d’usages des TIC dans la sphère socioéconomique. Les jeunes en risque de marginalisation numérique sont caractérisés par des usages limités d’Internet et des services en ligne qui témoignent d’un compromis entre, d’une part, des obstacles matériels ou cognitifs restreignant le développement de leurs pratiques, et d’autre part, le besoin et la volonté de ne pas se marginaliser par rapport à leur groupe de référence, d’affirmer leur identité, de se distinguer de leur milieu familial. En revanche, ces jeunes sont confrontés à des difficultés lorsqu’ils sont soumis à des épreuves imposées par le contexte socioéconomique ou institutionnel : rédiger un document, remplir un formulaire en ligne, postuler pour un emploi, organiser une activité, etc.

La marginalisation numérique des jeunes n’est donc pas une mise à l’écart des TIC mais une situation de décalage profond entre leur expérience limitée des TIC et les attentes de leurs employeurs éventuels, ou les pré-requis nécessaires pour vivre de façon autonome en société. C’est précisément ce hiatus que pointent les acteurs de terrain, car il peut compromettre l’autonomie et l’insertion socioéconomique de certains jeunes.

Le défi de l’inclusion numérique des jeunes consiste donc à construire des passerelles entre ces deux univers. Les individus en situation de marginalisation numérique ont besoin de découvrir ces ponts, apprendre comment les emprunter avec succès et être accompagnés pour surmonter ce qui constitue, pour les plus défavorisés d’entre eux, un véritable parcours d’obstacles.

Valenduc

Gérard Valenduc

dirige le Centre de recherche de la Fondation Travail-Université (FTU, Namur, www.ftu-namur.org), est professeur invité à l’université de Louvain-la-Neuve (UCL, école de communication) et à l’université de Namur (FUNDP, faculté d’informatique). Physicien et docteur en informatique, il s’est spécialisé dans la recherche sur la dimension humaine et sociale des changements technologiques. Il a créé une unité de recherche sur le travail et les technologies à la FTU dès 1984 et a participé à de nombreux projets concernant les aspects sociaux de l’innovation technologique, à l’échelle régionale, nationale ou européenne. Ses recherches et publications concernent les mutations du travail, les métiers des TIC, l’exclusion et l’inclusion numériques, les relations entre technologie et société.

Par Gérard Valenduc, article paru dans la revue Lecture Jeune 143 (septembre 2012)
Pour aller plus loin
  • Les Loisirs culturels des 6 – 14 ans, La Documentation française, 2004.
  • « Les loisirs culturels des 6 -14 ans », Développement culturel, n° 144, 2004 (sur www.culture.gouv.fr/deps).
  • Enfants et littérature : encore beaucoup à dire, Actes du colloque des 4 et 5 avril 2005, Centre de promotion du livre de jeunesse en Seine-Saint-Denis, 2005. 
  • « La fabrique sexuée des goûts culturels : construire son identité de fille ou de garçon à travers les activités  culturelles », Développement culturel, n° 150, 2005.
  • « Les loisirs culturels des 6 -14 ans. Contribution à une sociologie de l’enfance et de la prime adolescence »,  revue Enfance, Famille, Génération (http://www.uqtr.ca/efg), n° 4, printemps 2006.
  • « Les jeunes et les “N Yic” », numéro spécial « Cultures à égalité », Diversité Ville-École-Intégration, n° 148, CNDP, mars 2007.
  • •« Les loisirs culturels des 6 -14 ans, réflexions et résultats », dans Panorama Art et Jeunesse, INJEP/Centre Georges Pompidou, 2007.
  • « La construction intra-familiale des différenciations de “genre” à travers les loisirs culturels », Agora Débats Jeunesse, n° 47, 2008.
  • « Tels parents, tels enfants ? Une approche de la transmission culturelle », (avec Yves Jauneau), Revue française de sociologie, 2008-49-4, octobre-décembre 2008.
  • « Les horizons culturels des jeunes », Revue française de pédagogie, n° 163, 2008.
  • « Pratiques culturelles chez les jeunes et institutions de transmissions : un choc de cultures ? », Culture prospective, 2009-1, (sur www.culture.gouv.fr/deps) ;  texte également présent dans « La culture au cœur de l’enseignement, un vrai défi démocratique », Actes du colloque organisé le 17 novembre 2008 à Bruxelles, « Culture et Démocratie ».

References   [ + ]

1. Statistiques sur l’usage des TIC par les individus et par les ménages, Statbel, SPF économie, Bruxelles, 2011.
2. Les jeunes off-line et la fracture numérique – Les risques d’inégalités dans la génération des « natifs numériques », P. Brotcorne, L. Mertens, G. Valenduc, rapport pour le Ministère fédéral de l’Intégration sociale, 2009. Téléchargeable ici http://www.ftu-namur.org/fichiers/Jeunes-fracture-num%C3%A9rique.pdf.
3. « The digital divide : current and future research directions », S. Dewan, F-J. Riggins, Journal of the Association for information systems, vol. 6, n° 12, Atlanta, 2005 ; Digital inequality : from unequal access to differentiated use, P. DiMaggio, E. Hargittai, C. Celeste, S. Shafer dans Social inequality, K. Neckerman, Russel Sage Foundation, 2004 ; « Reconsidering political and popular understandings of the digital divide », N. Selwyn, New Media and Society,  vol. 6, n° 3, Sage publications, 2004. « Fractures numériques, inégalités sociales et processus d’appropriation des innovations », P. Vendramin, G. Valenduc, Terminal, n° 95-96, L’Harmattan, 2006.
4. Le néologisme de natif numérique a été inventé en 2001 par Marc Prensky pour désigner une génération d’apprenants qui, par leur immersion dans les nouvelles technologies et les jeux vidéo, aurait développé des capacités cognitives peu ou mal exploité par les enseignants des générations précédentes.
5. La population de l’enquête européenne sur les forces de travail commence à 15 ans, tandis que la population de l’enquête sur la société de l’information commence à 16 ans. C’est ce qui explique la coexistence de références aux « 15-24 ans » et aux « 16-24 ans »
6. EU Youth report, DG Education and culture, European Commission, 2009.
7. Jongeren in cijfers en letters – Bevindingen uit de JOP-monitor 2, N. Vettenburg, J. Deklerck, J. Siangers, Acco, 2010.
8. « Digital natives, digital immigrants », M. Prensky, On the Horizon, vol. 9 n° 5, 2001.
9. « Jeunes internautes avertis ou l’ordinaire des pratiques », A. Messin et J. Jouet dans Internet : une utopie limitée. Nouvelles régulations, nouvelles solidarités, B. Conein, F. Massit-Foléa, S. Proulx, Presse de l’Université de Laval, 2005.
10. Facer et Furlong, 2001 ; Livingstone et al., 2005 ; Livingstone et Helsper, 2007.
11. Voir note 1.
12. La Culture de la chambre. Préadolescence et culture contemporaine dans l’espace familial, Hervé Glévarec, La Documentation française, 2009.
13. « Jongeren en ICT, een divers publiek », T. Boonaert, N. Vettenburg, Jongeren binnenstebuiten, Jeudg Onderzoeksplatform (JOP), Acco, 2009.
14. Les pourcentages du graphique se rapportent à la population utilisatrice d’internet dans chaque tranche d’âge.
15. « Digital Inequality : Differences in Young Adults’ Use of the Internet », E. Hargittai et A. Hinnant, Communication Research, vol. 35 n° 5, 2008.
16. « Mieux comprendre les situations de non-usage des TIC – Le cas de l’informatique et d’internet », A. Boutet et J. Trémembert, Les Cahiers du Numérique,  vol. 5,  n° 1, Hermès Lavoisier, 2009.