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Cross-média, transmédia, des termes barbares ? Ouverture du colloque du 18 novembre 2014

Cross-média, Transmédia, ces néologismes barbares fascinent et inquiètent. Quelle réalité recouvrent-ils ? Quels enjeux ? C’est ce que la brève introduction de ce colloque vise à montrer.

quote-02-02-02Le champ des possibles ouvert par ces termes fait galoper l’imagination.

Mes premiers mots iront à la Gaîté lyrique, le lieu des cultures numériques à Paris, que je remercie vivement de nous accueillir pour ce colloque à mi-chemin entre technologie et lecture, entre culture et divertissement, entre pratiques réelles et usages fantasmés d’adolescents et de jeunes adultes, entre tentatives innovantes pérennes et projets expérimentaux éphémères.

C’est bien de transmédia, de cross-média, de numérique et de technologie au service du loisir culturel et de la lecture, que nous parlerons aujourd’hui. Mais n’attendez ni chiffres ni statistiques ni grandes études sociologiques lors de ce colloque (je vous renvoie à celles d’Olivier Donnat et surtout à celles de Sylvie Octobre, pour le DEPS du Ministère de la Culture).

A travers les communications théoriques et les points de vue professionnels que nous entendrons, se dessineront je l’espère, en filigranes, les nouveaux modes d’appropriation des univers culturels et de loisirs qui sont offerts au public et plus particulièrement aux jeunes.

Pourquoi l’association Lecture Jeunesse s’est-elle emparée d’un tel sujet ? Pourquoi une association, qui a 40 ans d’expertise sur les pratiques de lecture et sur l’édition destinée aux adolescents et aux jeunes adultes suit-elle de près les pratiques numériques des jeunes ou lance-t-elle aujourd’hui cette discussion ? (A ce propos, je signale qu’un numéro de revue sur les « jeunes et les inégalités numériques » vous a été remis à  l’entrée pour approfondir la réflexion sur les usages du numérique par les adolescents. Il s’agit des actes d’un colloque que nous avons organisé il y a deux ans. Il me semblait en effet très important de rappeler que les usages des jeunes sont loin d’être uniformes. Si nous nous penchons aujourd’hui sur des pratiques de fans, de geek parfois, nous prendrons également en compte celles du spectateur lambda, mais ce dossier sur les inégalités numériques complétera ce panel en rappelant la diversité des pratiques des adolescents et des jeunes adultes).

Pourquoi, donc, l’association Lecture Jeunesse s’empare-t-elle de tels sujets ? Sans doute est-il utile de rappeler brièvement ici les principales activités de l’association : non seulement, elle sélectionne des titres de l’actualité éditoriale pour les jeunes mais elle analyse de près, à travers ses formations professionnelles et sa revue trimestrielle Lecture Jeune, les évolutions et les tendances de l’édition, ainsi que celles des pratiques culturelles des jeunes – la lecture étant désormais une pratique de divertissement ou une pratique culturelle parmi d’autres. Lecture Jeunesse est convaincue qu’au-delà d’un simple loisir, la lecture peut avoir un rôle majeur à jouer pour chaque individu. Dès lors, il convient de s’intéresser à ses différentes formes, papier/numérique, Il convient de repérer les projets expérimentaux qui peuvent modifier le rapport des lecteurs au texte, au support, au média, aux univers narratifs et ouvrir la voie à de nouvelles pratiques culturelles. Voilà pourquoi, même si le nom de l’association semble restrictif, Lecture Jeunesse est bien au cœur de son domaine de compétences avec un tel thème.

Je parlais de formation, car en effet, Lecture Jeunesse est organisme de formation, et propose des stages à Paris, en province et parfois à l’étranger. Or cette connaissance du terrain, cette proximité avec les interrogations des professionnels du livre au sens large, expliquent également ce colloque. Au-delà du buzz parisien autour des néologismes de cross-média et de transmédia, ces termes sont fréquemment utilisés parfois avec forfanterie et envie, souvent avec déférence et inquiétude par les médiateurs du livre. On le comprend : le champ des possibles ouvert par ces termes fait galoper l’imagination. Et c’est aussi pour réduire cet écart entre fantasme et réalité, entre offre réelle et expériences ponctuelles, entre révolution bruyante et évolution lente des pratiques culturelles et de lecture, que j’ai pensé cette journée. Et au vu de la longueur de la liste d’attente pour s’y inscrire, il faut croire qu’elle a su poser les questions de nombre de professionnels. Espérons qu’elle pourra, en partie du moins, y répondre, ou tout au moins y substituer de nouvelles interrogations…

quote-02-02-02Le transmédia n’est pas l’oeuvre – ou ne devrait pas l’être..

Je parlais à l’instant de fantasme. Je tiens effectivement à insister sur la part fantasmatique associée à ces termes, part grisante, certes, mais décourageante à la fois : comment un professeur-documentaliste dans un CDI mal équipé, un bibliothécaire dans une petite annexe sans wifi, sans ordinateur ou avec des postes bridés, ou comment un micro-éditeur indépendant peuvent-il ne pas être inquiets face à ce qui se présente, dans les médias, dans le discours commun, comme une révolution ? Quel décalage parfois démotivant, entre l’équipement, la capacité donc, du terrain et le potentiel lié au « transmédia », comme il se fait appeler !

Le transmédia deviendra-t-il le nouveau pouvoir tyrannique, la voie de salut pour faire exister une œuvre ? Sauf que Sauf que le transmédia est un dispositif et non une fin en soi. Il prend sens avec et par les spectateurs, par les lecteurs qu’il mobilise.

Et il n’est pas l’œuvre – ou ne devrait pas l’être…

Alors, de quoi allons-nous parler aujourd’hui ? De transmédia, de cross-média, de multiécrans, de multisupports, de numérique, de stratégies, stratégies marketing, éditoriales, narratives. Mais aussi d’œuvres ! Nous définirons ces termes, la genèse de leurs processus et nous soulèverons leurs enjeux : je disais qu’un dispositif transmédia existe par ses utilisateurs. Se pose la question fondamentale de l’implication du spectateur, du lecteur, et pour nous un peu plus particulièrement, des adolescents et des jeunes adultes. S’il requiert la participation du public, modifiant ainsi les modes de réception d’une œuvre, un dispositif « transmédia » transforme également, en amont, l’écriture et la création d’un univers. Nous aurons l’occasion d’en parler : notamment avec un invité « surprise », si j’ose dire, puisque nous accueillerons James Frey, l’auteur américain d’Endgame aux côtés de son éditeur, Thierry Laroche, lors de la 2e table ronde.

Pour autant, les exemples qui seront présentés, analysés, tout au long de cette journée ne relèveront pas tous du champ du transmédia ou du cross-média, mais ils serviront à exposer les contraintes, les apports, les perspectives qu’ils ouvrent. La matinée ne portera pas spécifiquement sur le livre et la lecture, puisqu’il sera notamment beaucoup question de l’audiovisuel. Théorique, cette première partie de journée vise à poser des jalons pour envisager le sujet sous différentes facettes, et à ouvrir la discussion, sachant que les 4 chercheurs qui interviendront, connaissent leurs travaux réciproques sans pour autant adopter les mêmes hypothèses, ni partager les mêmes points de vue, c’est bien pour cela que je les ai conviés. Merci d’avoir accepté de contribuer à cette journée.

Cet après-midi, la parole sera donnée aux professionnels de terrain et recentrée sur la lecture et l’écriture à travers des projets éditoriaux ou des projets en lien avec l’univers du livre. Nos invités des tables rondes n’ont pas tous développé des projets cross-média ou transmédia. Mais il nous a semblé intéressant qu’ils exposent leur démarche : à sa manière, chacun tente de se saisir de cette vague d’évolution des pratiques de lecture et de l’offre, pour proposer des voies éditoriales différentes de celles que l’on connaît traditionnellement, soit parce que ces entrepreneurs ne sont pas issus de ce secteur, soit parce qu’ils sont éditeurs mais explorent des voies nouvelles à travers des projets qui dépassent le cadre du livre, espérant, pour certains, toucher un nouveau public. A travers les différents points de vue de nos intervenants, nous réfléchirons donc à la nature et aux enjeux des dispositifs transmédia, au positionnement, en amont, des éditeurs et des créateurs d’œuvres, à la possibilité d’un modèle économique viable pour ces œuvres expérimentales qui cherchent parfois encore leur public.

Par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse et de la rédaction de la revue Lecture Jeune
 

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