Entretien avec Cécile Térouanne

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Propos recueillis et mis en forme par Sonia de Leusse-Le Guillou

Sonia de Leusse-Le Guillou : Cécile Térouanne, vous dirigez Hachette Romans depuis 2004, pourriez-vous nous rappeler en quelques mots votre parcours professionnel ? 

Cécile Térouanne : Je suis tombée dans l’édition un peu par hasard, après des études de lettres et une spécialisation en russe. J’ai démarré chez Actes Sud en tant que traductrice de russe, puis j’ai été associée au lancement d’Actes Sud Junior dès 1996. Ensuite j’ai travaillé 6 ans au Père Castor, chez Flammarion, où j’ai contribué au lancement de la collection « Tribal ». Ma familiarisation avec le public adolescent et jeune adulte date de cette période. J’entame désormais ma 10e année chez Hachette où j’ai d’abord été embauchée comme directrice éditoriale de la collection Livres de poche jeunesse. Puis on m’a confié le développement des grands formats (5 par an à l’époque). Charlotte Ruffault, la directrice du département déjà très sensibilisée au public adolescent, m’a ensuite proposé de développer une offre en direction des jeunes adultes.

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Sonia de Leusse : Cécile Térouanne, comment la collection Black Moon a-t-elle démarré ?

Cécile Térouanne : Le premier manuscrit que j’ai lu en en arrivant chez Hachette en décembre 2004, était Fascination(1)Stephenie Meyer, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2005., que l’on a publié fin 2005. A l’époque personne ne connaissait Stephenie Meyer. Le tirage initial de Twilight ne s’est fait qu’à 10 000 exemplaires. La grande vague du fantastique initiée par Harry Potter(2)J.K.Rowling, T. 1 à T. 6, Gallimard, 1998 à 2005. avait déferlé avec des succès comme Ewilan(3)Pierre Bottero, trilogie La Quête d’Ewilan, Rageot, 2006. . Le retentissement de Twilight est venu progressivement jusqu’à la dimension phénoménale qu’il a prise avec le film(4)Catherine Hardwicke, Twilight, chapitre I : Fascination, 2008. en 2008-2009, qui a contribué à faire une immense publicité pour la littérature destinée aux jeunes adultes.

 

SLG : Il a donc fallu attendre 4 ans pour que le succès arrive. C’était un vrai pari…

CT : Tout à fait, un éditeur travaille d’abord avec son intuition : j’ai eu un coup de cœur en 2004 ; 10 ans plus tard, il y a une collection qui contient 150 titres. Elle s’est constituée de manière assez spontanée. Parallèlement à la sortie de Fascination, j’ai travaillé avec Claude Merle(5) Claude Merle, Dark, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2009. sur un polar construit sur le modèle de 24 Heures chrono, tout en publiant une traduction de l’américain Les larmes noires(6) Julius Lester, Les larmes noires, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2007. qui raconte la dernière grande vente d’esclaves dans l’Amérique sudiste au XIXe siècle. Les choix étaient donc très hétéroclites. Puis nous avons fédéré ces livres sous un label que nous souhaitions positionner en face de Fleuve Noir et des Gossip Girl(7)Cecily von Ziegesar, Gossip Girl, T. 1, Fleuve noir, 2006., gros succès à l’époque, que nous voulions concurrencer. L’intitulé de la collection, lui, est venu d’un album des Pink Floyd que j’écoutais adolescente,The Dark Side of the Moon. Notre graphiste nous a alors proposé Black Moon, qui nous a convaincus.

 

SLG : Comment concevez-vous votre rôle auprès du lectorat ?

CT : On dit souvent qu’un éditeur est un passeur. Je pense que c’est le rôle des enseignants, des bibliothécaires, des médiateurs. Pour ma part, je me considère comme un « infuseur »  ou plutôt comme une théière dans laquelle je tente des infusions. Parfois, la boisson se révèle délectable ; d’autres fois, c’est assez raté ! Chaque livre est comme une combinaison différente grâce à laquelle nous espérons que l’alchimie avec le lectorat fonctionnera.

 

SLG : A quoi la rencontre entre un titre et son public peut-elle tenir ?

CT : En 2000, « J’ai lu » avait publié les quatre premiers tomes de la série Journal d’un vampire(8)Lisa-Jane Smith, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2009., et avait totalisé quelque 20 000 ventes. J’ai racheté les droits huit ans plus tard, et nous avons vendu à ce jour 1,5 millions d’exemplaires. Parfois, le succès repose sur une question de temps, sur le choix d’un moment opportun. L’une des facettes de notre métier est effectivement d’être en phase avec une temporalité, des modes et des âges. L’autre est de créer un fonds.

 

SLG : Est-ce la raison pour laquelle vous ajoutez à votre catalogue de romans la publication de textes patrimoniaux ?

CT : L’aventure Black Moon est une tentative pour essaimer et faire des expériences : les lectrices de Fascination ont découvert Catherine et Heathcliff des Hauts de Hurlevent. Elles se sont mises à lire Emily Brontë, puis Charlotte Brontë, voire Jane Austen. Nous avons voulu remettre en avant les classiques, les œuvres prescrites par l’Education Nationale, en les rhabillant et en les abrégeant au passage.

 

SLG : Pourquoi n’offrir que des versions abrégées de ces œuvres ?

CT : Nous voulions apporter un nouveau produit sur le marché et sensibiliser les enseignants. Les jeunes ont des difficultés à lire des textes du patrimoine quand ils pourraient les aborder plus simplement dans des versions abrégées. Pour ma part, je suis convaincue que la lecture d’un ouvrage abrégé n’empêchera jamais celle de l’œuvre intégrale. De plus, j’ai la prétention de soutenir que nos choix n’abîment pas les textes. Je tiens à préciser que nous ne réécrivons pas les œuvres mais y pratiquons des coupes claires, avec l’aide d’enseignants. Il me semble que c’est une manière de rendre accessible le patrimoine à un grand nombre de lecteurs.

 

SLG : N’y a-t-il pas une forte réticence de la part des professionnels ?

CT : Le recours à ces publications n’est pas encore largement plébiscité, je ne le cache pas ! Pour autant, les listes officielles de l’Education Nationale précisent en toutes lettres que les éditions abrégées voire réécrites dans l’esprit de l’auteur sont autorisées. Je comprends que le sujet puisse faire polémique. Lectrice passionnée et ancienne étudiante de lettres, je suis personnellement très attachée à ces textes. Mais mon rôle d’éditeur est de les rendre accessibles. Je serais ravie qu’un adolescent se rue sur les « classiques » et les dévore dans leur intégralité. Mais si par ailleurs, grâce à son volume abrégé en 224 pages et à sa couverture présentant un jeune homme mystérieux et attirant, La Peau de chagrin attire une lectrice de « romances », voire l’envoûte, il me semble que le pari est gagné.

 

SLG : Vous avez ainsi abrégé une trentaine d’œuvres. Trouvent-elles effectivement leur public ?  

CT : Il est trop tôt pour se prononcer puisque nous avons élaboré notre offre à destination des enseignants. Or il y a un temps de latence entre, d’une part, l’émission des listes de titres recommandées par l’Education nationale en 2008, la réception des listes par les professeurs et leur intégration dans leur pratique pédagogique. Les ventes restent encore modestes, même si Gatsby[10] a bénéficié d’un coup de projecteur avec la sortie du film[11], et que Dracula[12] a profité de l’attractivité de la comédie musicale[13]. Nous allons bientôt publier un abrégé des Liaisons dangereuses.

 

SLG : Offrez-vous toujours de nouvelles traductions des œuvres étrangères ?

CT : Oui, ainsi, nous venons de travailler une nouvelle version d’Orgueil et préjugés. Toute traduction « vieillit ». Elle témoigne de l’état de la langue au moment où elle est produite. Même si elles peuvent être magnifiques, les traductions sont vraiment inscrites dans un contexte donné, linguistique, socio-culturel…

 

SLG : Black Moon comporte également d’autres genres, dont des nouvelles…

CT : Pour ces textes courts, nous avons lancé le petit label Black Moon nouvelles et nous avons également publié des thrillers. Une collection comme Black Moon est un lieu d’expériences. Nous avons la chance d’avoir un public très fidèle et réactif qui nous suit dans nos explorations éditoriales !

 

SLG : Comment expliquez-vous cette très forte implication des fans ?

CT : En même temps que le phénomène Twilight est apparu, je pense pour la première fois dans cette proportion-là, ce que l’on appelle le buzz, c’est-à-dire la dimension virale d’un succès. Le phénomène Twilight a ainsi commencé avant même la sortie du film en France : les lecteurs français lisaient ce que racontaient les Américains, les blogs s’en sont emparés et le phénomène a alors pris une ampleur considérable.

 

Lecture academySLG : Pensez-vous que les réseaux sociaux ont modifié votre façon de travailler et d’être en lien avec votre lectorat ?

CT : Notre métier chez Hachette, a radicalement changé. Quand je suis arrivée en 2004, il n’y avait pas de site internet. En 2008, nous avons lancé Lecture Academy(9)http://www.lecture-academy.com/, devenu le site de référence de la littérature jeunesse, au point que d’autres éditeurs nous demandent d’héberger leurs livres et de faire de la publicité pour eux. Les jeunes y échangent leurs idées de lecture, des commentaires, viennent y regarder des actualités. Nous avons une vraie force de fréquentation avec 100 000 visiteurs uniques par mois et autant de fans sur notre page Facebook Black Moon(10)https://www.facebook.com/BlackMoonOfficiel.

 

SLG : Quelle est la taille de votre équipe ?

CT : S’il appartient à un groupe plus important, le département « Hachette Romans » est en fait une petite maison d’édition, constitué d’une équipe de 12 personnes que je dirige. 3 éditrices et moi-même travaillons avec les auteurs, 4 personnes gèrent l’aspect administratif, 5 autres s’occupent du marketing et de la communication. J’englobe bien sûr dans ces domaines l’animation du site et de la page facebook, ce qui témoigne bien de leur importance désormais.  

 

SLG : Comment définiriez-vous aujourd’hui le lectorat majoritaire de Black Moon ?

CT : Il est d’abord jeune adulte, féminin et recherche surtout ce que l’on appelle communément de la romance : ce ne sont pas tant les vampires qui ont plu dans Twilight que l’histoire d’amour entre Edward et Bella, évidemment. En revanche, même avec des personnages féminins, les thrillers et la SF n’ont pas reçu l’accueil que l’on espérait. Nous les avons donc abandonnés. Mais à chaque fois que l’on revient à la romance forte, nous répondons aux attentes de nos lectrices. Ainsi, nous n’avons pas intégré Les effacés(11)Bertrand Puard, T. 1 à T. 6, Hachette Jeunesse, 2012 à 2013. ou Seuls au monde(12)Emmy Laybourne, Hachette Jeunesse, 2013., qui ciblent un public d’adolescents et de jeunes adultes, à la collection Black Moon, mais les avons sortis sous la marque Hachette Romans, puisque nous visions un lectorat mixte, voire masculin. Nos différentes expériences prouvent que l’humeur de Black Moon reste du côté du féminin, des émotions, qui nous conduisent également à y faire paraître Dracula(13)Bram Stoker, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2011. ou Orgueil et préjugés(14)Jane Austen, texte abrégé, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2013..

 

SLG : Vous glanez de nombreux textes à l’étranger, n’est-ce pas ?

CT : Un des axes majeurs de développement du catalogue d’Hachette Romans est celui de la création française avec la publication d’auteurs comme Bertrand Puard, Pauline Alphen, Jacques Cassabois, Jean-Luc Marcastel. Mais pour nourrir un programme de 90 à 100 nouveautés par an, je dois aussi publier des textes issus de langues étrangères. Il serait impossible de ne reposer que sur des talents français. Non seulement, nous ne trouverions pas 100 textes de qualité, mais le temps que réclame le travail sur la copie d’un traducteur est moins important que le suivi d’un manuscrit inédit.

 

SLG : Comment, face à une grande concurrence, repérez-vous ces manuscrits étrangers ?

CT : Quand j’étais chez Flammarion, je publiais 80% d’auteurs français, 20% d’auteurs traduits. J’ai découvert la dimension internationale du métier en arrivant chez Hachette qui comptait alors seulement 5% de textes français mais 95% de textes étrangers – presque tous anglo-saxons –, qui lui parvenaient grâce à des agents littéraires. Pour filtrer ces propositions, nous faisons appel à un « scout », un « éclaireur », Natasha Farrant qui vit à Londres, et qui exerce une veille constante auprès des agents anglais et américains, des éditeurs, pour suivre les projets depuis leur naissance. Elle les trie, les sélectionne puis me rabat les meilleurs. C’est elle qui m’a mis Twilight entre les mains en me recommandant sa lecture.

 

SLG : Comment s’opère le choix de publier un texte en « Black Moon » ou en Livre de poche ?

CT : C’est une question d’opportunité.

 

SLG : Achetez-vous régulièrement les droits de livres qui ne sont pas encore sortis dans leur pays ?

CT : Il est rare de pouvoir sélectionner des textes qui ont déjà un certain historique de vente, car la concurrence est telle que tout ce qui était de bonne qualité a été acquis, à de rares exceptions près ! La plupart des livres que nous achetons ne sont donc pas encore sortis. Les projets nous sont soumis à l’état de manuscrit, parfois inachevés. En revanche, je refuse les propositions sur pitch : je ne prends pas le risque de m’engager sur un titre sans même avoir lu 2 ou 3 chapitres. Si le texte s’avère vraiment mauvais au final, ce sont les traducteurs qui devront en partie le réécrire… Vous n’imaginez pas le travail remarquable que peuvent faire les traducteurs, à qui je tiens vraiment à rendre hommage !

 

SLG : Les Salons de littérature jeunesse sont-ils importants lorsque l’on publie beaucoup de littérature étrangère ?

CT : Nous avons 4 temps forts dans l’année. Le Salon du livre de Bologne, au printemps, est la grande rencontre des éditeurs jeunesse en Italie, même si la Foire du livre de Londres, en avril, devient de plus en plus importante. Ensuite, Natasha Farrant et moi-même allons une fois par an à New-York pour rencontrer agents et éditeurs. Enfin, nous nous rendons à l’immense Salon du Livre de Francfort qui réunit tous les domaines de l’édition internationale.

 

SLG : Quelle politique numérique adoptez-vous chez Hachette ?

CT : Depuis 3 ans, nous avons vraiment adopté une politique systématique : 80% de nos titres disponibles le sont au format numérique, soit près de 900 références. Toutes les nouveautés sortent simultanément en papier et en numérique. Enfin, j’acquiers systématiquement des droits sur les deux formats. C’est même un mot d’ordre d’Hachette : quand on ne peut pas avoir les droits numériques, on abandonne le projet.

 

SLG : Quelle est la part de chiffre d’affaire réalisée avec l’offre numérique ?

CT : Aujourd’hui, la part des e-books représente 2 à 3% du chiffre d’affaire de l’édition française. Elle monte à 6% pour Black Moon : nos livres sont lus par de jeunes adultes qui sont désormais de plus en plus familiers avec ce mode de lecture. Nous sommes en forte croissance parce qu’il y a eu le film Sublimes créatures(15)Richard LaGravenese, 2013. qui a entraîné la promotion de la saga des Lunes(16)Kami Garcia, Margaret Stohl, T. 1 à T. 18, Livre de Poche Jeunesse, Univers Black Moon, Jeunes Adultes, 2011 à 2013.. Depuis peu, nous voyons clairement apparaître un lectorat adulte sur ces supports, qui présentent par exemple l’avantage de pouvoir lire un titre en toute discrétion. La politique de prix que nous avons développée consiste à indexer le prix de l’e-book sur celui du grand format en l’abaissant de 20 à 30%. Ce prix est ensuite aligné sur celui du poche à la sortie de ce dernier. Nous ne pouvons pas descendre en-deçà sans endommager gravement l’économie de ce secteur, qui est un lieu essentiel de promotion du livre et de démocratisation de la lecture. En revanche, nous effectuons des opérations promotionnelles ; ainsi, au mois de juin 2013, en proposant les tomes 1 des 15 principales séries Black Moon à 2,99€ pendant un mois, nous avons vu décoller les ventes des séries en question, non seulement des tomes 1 bien sûr, mais surtout, plus intéressant, des tomes suivants.

Cécile Térouanne

Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, d’abord traductrice de russe, Cécile Térouanne a attrapé le virus de l’édition pour la jeunesse chez Actes Sud Junior, puis Flammarion/Père Castor. Elle dirige à présent le département Hachette Romans/Livre de Poche Jeunesse, dont elle développe les catalogues depuis près de 10 ans.

   

Fascination_Meyer_148







larmes noires_Julius Lester





Journal vampire_LJ Smith_T1







Peau chagrin_Balzac





Gatsby_Scott Fitzgerald





Dracula_Bram Stoker





16 lunes_Kami Garcia
Propos recueillis et mis en forme par Sonia de Leusse le Guillou, article paru dans la revue Lecture Jeune n° 148 (décembre 2013).

References   [ + ]

1. Stephenie Meyer, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2005.
2. J.K.Rowling, T. 1 à T. 6, Gallimard, 1998 à 2005.
3. Pierre Bottero, trilogie La Quête d’Ewilan, Rageot, 2006.
4. Catherine Hardwicke, Twilight, chapitre I : Fascination, 2008.
5. Claude Merle, Dark, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2009.
6. Julius Lester, Les larmes noires, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2007.
7. Cecily von Ziegesar, Gossip Girl, T. 1, Fleuve noir, 2006.
8. Lisa-Jane Smith, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2009.
9. http://www.lecture-academy.com/
10. https://www.facebook.com/BlackMoonOfficiel
11. Bertrand Puard, T. 1 à T. 6, Hachette Jeunesse, 2012 à 2013.
12. Emmy Laybourne, Hachette Jeunesse, 2013.
13. Bram Stoker, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2011.
14. Jane Austen, texte abrégé, Hachette Jeunesse, Black Moon, 2013.
15. Richard LaGravenese, 2013.
16. Kami Garcia, Margaret Stohl, T. 1 à T. 18, Livre de Poche Jeunesse, Univers Black Moon, Jeunes Adultes, 2011 à 2013.