Langue et identité : comment marquer son identité en stigmatisant les autres ?

Comme le souligne Bruno de la Salle, les adolescents « auront toujours le besoin de se forger de nouvelles paroles pour se reconnaître et être reconnus ». Jean-Pierre Goudaillier s’interroge sur le langage comme un signe identitaire, partagé par le groupe de pairs. Il souligne la créativité de cette parole « jeune » toujours réinventée.

Identification et identisation des jeunes par le langage

L’intégration linguistique des jeunes des cités d’origine étrangère fait débat. Quelles en sont les données ? Rappelons en premier lieu qu’il ne s’agit pas de considérer comme des données indépendantes l’appartenance à un groupe social et les comportements langagiers liés à la fonction identitaire du langage. En effet, une telle appartenance est aussi construite à travers les actes de langage, qui sont de véritables actes d’identité correspondant à un processus qui comprend à la fois un mouvement d‘identification (appartenance à un groupe) et un autre d‘identisation (affirmation d’une spécificité). Les jeunes des cités françaises mais aussi les moins jeunes, qu’ils soient ou non issus de l’immigration, construisent leur identité selon un tel processus dynamique double, qui leur permet à la fois de marquer leur appartenance à un groupe, en l’occurrence au groupe de pairs, et d’affirmer leur spécificité, leur différence par rapport aux autres, à ceux qui sont extérieurs au monde des cités et de manière plus générale par rapport à la communauté nationale.  

À la recherche d’une contre-légitimité linguistique

Depuis les années 80, les formes langagières utilisées dans les cités françaises reflètent la violence sociale (ou galère) qui est « ressentie » par les jeunes qui y vivent, qu’ils soient français d’origine ou non, issus de l’immigration ou étrangers. De ce fait, il peut être constaté l’émergence d’une contre-légitimité linguistique. Celle-ci s’affirme, si l’on reprend les thèses de Pierre Bourdieu, « dans les limites des marchés francs […] c’est-à-dire dans des espaces propres aux classes dominées, repaires ou refuges des exclus dont les dominants sont de fait exclus, au moins symboliquement »(1)Pierre Bourdieu, «Vous avez dit « populaire »», dans Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°46, Paris, Minuit, 1983, p. 98-105, (ici, p.103). voir aussi du même auteur, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1ère éd. 1982, 243 p.. Les pratiques langagières des jeunes participent à leur propre construction identitaire. Celle-ci leur est nécessaire pour résister, ne serait-ce que de manière symbolique, aux rapports d’exclusion exercés sur eux, à savoir, entre autres, l’existence d’une exclusion sociale subie dans ces lieux de relégation que sont bien souvent les quartiers (à l’intérieur même des villes) et les cités (à la périphérie des villes). Le sentiment d’exclusion sociale est renforcé par le fait que les adolescents issus de l’immigration perçoivent à leur égard un double rejet : certains d’entre eux, à tort ou à raison, ne se sentent pas entièrement acceptés d’une part en France par les Français d’origine, d’autre part dans leur pays d’origine par leurs propres communautés(2)Voir à ce sujet Fabienne Melliani, La langue du quartier. Appropriation de l’espace et identités urbaines chez des jeunes issus de l’immigration maghrébine en banlieue rouennaise, Paris, L’Harmattan, coll. « Espaces discursifs », 2000, p.67..  

Le processus de construction identitaire

L’appartenance des individus à un groupe leur permet d’obtenir une identité sociale positive, s’ils peuvent se comparer à leur avantage à d’autres groupes, ce qui les amène à se comporter de manière discriminatoire envers ces mêmes groupes. Toute identité se construit en termes a) spatiaux, b) sociologiques, voire socio-économiques, et c) socio-culturels. Dans le cas des jeunes de cités, ces divers types de construction identitaire leur permettent de se distinguer en tant que :
  •  jeunes de cités, de quartiers, de banlieue vs. jeunes du centre-ville, des quartiers pavillonnaires (identité spatiale) ;
  • jeunes issus des classes populaires vs. jeunes issus de la petite bourgeoisie, des classes moyennes, de la bourgeoisie (identité sociologique, socio-économique) ;
  • jeunes de culture des rues vs. jeunes de culture bourgeoise (identité culturelle).
Une identité « banlieue » est ainsi revendiquée(3)Note de la rédaction : ajoutons que désormais « beaucoup d’expressions qui viennent des jeunes de rues sont adoptées ensuite par les jeunes des classes moyennes, voire supérieures. Manier et connaître ce langage est à la fois ludique, et de l’ordre de la transgression. L’univers de la banlieue a beaucoup d’influence dans le domaine du comique ainsi que dans d’autres secteurs artistiques », comme souligne le sociologue Thomas Sauvadet, L’humour. Qu’est-ce qui fait rire les adolescents ?, Lecture Jeune, n°130, p. 13 et sur notre site.  

À violence sociale, violence réactive

Les jeunes de cités construisent bien leur identité grâce au processus dynamique double d’identification et d‘identisation mentionné plus haut et leurs comportements individuels doivent être considérés comme des « actes d’identité », grâce auxquels chacun d’entre eux se positionne en référence à différents pôles identitaires, un tel positionnement variant selon les individus et leur âge. Les deux principaux pôles de référence de la construction identitaire des jeunes de cités issus de l’immigration sont le pays d’origine de leurs parents et la France, le pays d’accueil. Le quartier, la cité où ils habitent sont pour eux une transition entre ces deux pôles, étant bien entendu qu’ils ne peuvent véritablement s’approprier le pays d’accueil qu’au bout d’un certain temps, plus ou moins long. Ceci a des répercussions sur les constructions identitaires de l’ensemble des jeunes vivant dans des cités à la périphérie des grandes villes et/ou des quartiers au sein même des villes(4)Voir, entre autres, Jacqueline Billiez, L’insertion des jeunes issus de l’immigration algérienne : aspects sociolinguistiques et discursifs, Centre de didactique de langues, Université Grenoble III, 1988, 128 p., ainsi que David Lepoutre, Cœur de banlieue, Codes, rites et langages, Paris, Odile Jacob, 1997, 362 p.. Lors des événements de novembre 2005, « les jeunes émeutiers, largement issus de l’immigration, sont avant tout venus signifier leur déception et leurs frustrations de vivre dans un pays qui leur promet la liberté, l’égalité et la fraternité, mais qui de fait leur laisse subir le racisme, les discriminations, l’exclusion sociale, le chômage massif, la ghettoïsation dans les quartiers de relégation »(5)Michel Wieviorka, Pour la prochaine gauche, Paris, Laffont, 2011, 292 p., p.132 . La déception, les frustrations des jeunes, mais aussi des moins jeunes, n’ont fait que s’amplifier ces cinq dernières années, plus particulièrement au sein de la population d’origine immigrée, et ce malgré le désir d’intégration – et non d’assimilation – de celle-ci. Du fait de la violence sociale exercée, entre autres, sur cette population et de la violence réactive qu’elle renvoie à son tour, on constate l’émergence au sein même des réseaux de pairs, de moyens de communication linguistique, qui sont autant de marchés francs, tels qu’ils sont définis par Pierre Bourdieu (cf. plus haut)(6)Pierre Bourdieu, « « Vous avez dit populaire » », op. cit., p. 103..  

L’émergence d’une culture interstitielle créatrice

De ce fait une culture « interstitielle » apparaît et se développe en France au cours des années 80-90, entre tours et barres des cités et des quartiers, parmi les jeunes, qu’ils soient ou non d’origine immigrée. La principale manifestation de cette culture de l’« interstice » est la revendication d’une identité spécifique à travers différents vecteurs, tels la musique (rap), la danse (hip-hop), les vêtements, les graphismes « banlieue » (tags, grafs), mais aussi à travers tout un ensemble de pratiques langagières discursives propres. Les plus caractéristiques en sont, entre autres, – sur le plan lexical, la verlanisation(7)Jean-Pierre Goudaillier, Comment tu tchatches ! Dictionnaire du français contemporain des cités, Paris, Maisonneuve et Larose, 2001 (1ère éd., 1997), 305 p., p.24-26 plus particulièrement. Voir aussi Christian Bachmann et Luc Basier, « Le verlan :  argot d’école ou langue des keums ?», dans Mots n°8, 1984, pp. 169-187.  d’un très grand nombre de mots, plus particulièrement de ceux ayant trait à la vie quotidienne ; – sur le plan phonique, tout un ensemble de particularités phonétiques, voire phonologiques, constituant le fameux accent banlieue(8)Note de la rédaction : « Chez les jeunes de rues (…) il peut y avoir entre 20 et 30 individus dans une bande et il y a une forte compétition entre eux. Par conséquent, il faut souvent parler avec un débit rapide, élever la voix, être un peu comédien, occuper l’espace, aller chercher les gens et toucher pour capter leur attention. Il faut qu’il y ait une présence physique. Il s’agit quasiment d’un combat, bien qu’il soit symbolique » (entretien avec Thomas Sauvadet, Lecture Jeune n°130, p. 12.). Dans l’univers des cités, l’analyse des pratiques discursives des jeunes permet d’établir que c’est, entre autres, la créativité lexicale(9)Denise François-Geiger, « Les paradoxes des argots »dans Actes du Colloque « Culture et pauvretés », Tourette (L’Arbresle), 1985, Antoine Lion et Pedro de Meca (éd.), La Documentation Française, 1988, p.17-24. particulièrement intense et l’emploi des unités, qui en sont le résultat, même si elles sont éphémères, qui fondent l‘identité des groupes de pairs et en maintiennent la cohésion.  

Le développement d’une interlangue

Le registre de langue interstitiel est devenu au fil des années une véritable interlangue, qui émerge entre le français véhiculaire dominant et l’immense variété des vernaculaires qui composent la mosaïque linguistique des cités : arabe maghrébin, berbère, langues africaines et asiatiques, langues de type tzigane, créoles des DOM-TOM, turc, pour ne citer que ces langues ou parlers. Cette interlangue comporte des séries entières de termes et d’expressions d’origine étrangère, qui sont autant de preuves de l’existence d’un brassage linguistique quotidien. Mais elle incorpore aussi, ne l’oublions pas, des formes linguistiques issues des français régionaux, du français populaire et de l’argot traditionnel. Ce registre insterstitiel, que l’on nomme français contemporain des cités(10)Jean-Pierre Goudaillier, op.cit., p. 6-16., permet à la plupart des locuteurs le pratiquant d’affirmer une identité linguistique forte par rapport au français normé (celui de l’école), elle-même corrélée à leur identité ethnique, en faisant un emploi important de mots empruntés aux langues de leurs cultures d’origine. Ceci s’opère non seulement de manière intercommunautaire mais aussi par rapport à l’extérieur de la cité, du quartier où l’on réside.  

Une révolte langagière avant tout sociale

Les jeunes issus de l’immigration, pour un grand nombre d’entre eux, tiennent ainsi à se distinguer, d’un point de vue social, de ceux qui ont un mode de socialisation lié au travail alors qu’eux-mêmes se sentent exclus du monde du travail et marginalisés. Par ailleurs, la langue d’origine revêt une valeur symbolique très importante, même si «[…] cette représentation « lignagière » de la langue d’origine ne va pas obligatoirement de pair avec un usage intensif de cette langue ni même sa connaissance »(11)Louise Dabène et Jacqueline Billiez, « Le parler des jeunes issus de l’immigration », dans France, pays multilingue, Geneviève Vermes et Josiane Boutet (éd.), Paris, L’Harmattan, Tome II, 1988, p. 62-77, ici p. 65..  Les formes linguistiques relevées en français contemporain des cités font de celui-ci un niveau de langue interstitiel entre la langue française circulante socialement légitimée et un certain nombre de parlers non légitimés, entre autres ceux connus des personnes issues de l’immigration. Par instillation dans le système linguistique dominant (français normé) de traits spécifiques provenant du niveau identitaire lié à la culture d’origine se met en place une diglossie (utilisation dans une société de deux systèmes linguistiques, dont l’un a un statut supérieur par rapport à l’autre), qui est bien la manifestation langagière d’une révolte avant tout sociale(12)Jean-Pierre Goudaillier, op. cit., p. 8. et d’un refus de la langue des dominants(13)Jean-Pierre Goudaillier, « Français contemporain des cités (FCC) : langue en miroir, langue du refus de la société », dans Adolescence, 2007, n° 59, 2007, p. 119-124.. L’environnement socioéconomique immédiat des cités vécu au quotidien est défavorable et parallèlement à la fracture sociale est apparue une autre fracture, la fracture linguistique. Cette dernière fracture peut inquiéter car elle pose la question de l’intégration linguistique des jeunes des cités d’origine étrangère, donc de leur intégration tout court. L’appartenance à un groupe de pairs permet aux jeunes de renforcer leur identité sociale, qui se transforme de ce fait en identité sociale positive, en se comparant à d’autres groupes, ceci à leur avantage. C’est ainsi que des comportements discriminatoires sont relevés entre les diverses communautés, qui vivent entre tours et barres, et leurs dénominations les unes par les autres sont très révélatrices de ces comportements, ce que montrent, parmi d’autres, les exemples(14)Les listes de termes ne sont pas exhaustives. qui suivent.  

La créativité lexicale des jeunes

Pour désigner les Arabes maghrébins, les termes beurs, rabzas(15)Le verlan de les arabes ([lezarab])., rabzouilles (avec son suffixe -ouille particulièrement dépréciatif), reubeus et sidis sont, entre autres, employés. Pour les Marocains, camaros est fréquemment utilisé(16)Il s’agit d’un terme neutre construit à partir d’un jeu de mots avec camarade : marocain > cainmaro > camaro.. Par aphérèse(17) On ne retient que la dernière syllabe du mot., les adjectifs tunisien et algérien deviennent respectivement zien et rien, les Pakistanais (et tous ceux qui leur ressemblent) des ouettes (aphérèse de cacahouètes(18)Il s’agit là de l’un des produits qu’ils vendent dans les couloirs du métro et du RER en région parisienne. On les identifie donc, par métonymie, à leur pratique de vente.). Les Chinois, et de manière plus générique toutes les communautés d’origine asiatique, sont dénommés, entre autres, bridés, Jackys, jaunes, miaous , niacoués(19)La manière de parler des Chinois étant perçue par les Européens, entre autres, comme un miaulement. Une telle hypothèse est acceptable, même si les Miaos constituent en Chine une ethnie minoritaire, forte cependant de plusieurs millions de personnes, car rien n’atteste un rapprochement réel entre le nom de cette ethnie et miaou. (niacs en abrégé), noiches, oinichs, tchounes, pikatchous ou pokemons. Pour les Africains et les Antillais, le lexique utilisé dans les cités comporte un nombre relativement important de mots, plus ou moins péjoratifs, parmi lesquels black, son dérivé blackos (avec suffixe argotique -os) et son verlan keubla(20)Autres exemples : Blanche-Neige (la figure de style de type antinomique – blanc à la place de noir – est ici ludique), cainfri (verlan d’africain) et son apocope cainf’, caincain (aphérèse d’africain avec redoublement), nègre, négro (et son apocope en nèg’), greune (verlan de nègre), nombo de leurcou (verlan de bonhomme de couleur), reunoi (verlan de noir) qui est resuffixé en reunous.. Les Français de souche (de souches, par aphérèse), appelés aussi souchiens, n’en sont pas pour autant oubliés par les autres communautés : ils deviennent des toubabs(21)De l’arabe abīb, « savant », arabe maghrébin algérien bib, « sorcier » (cf., entre autres, Mohamed Ben Smail, Dictionnaire des mots français d’origine arabe, Tunis, Ster, 1994, p. 135) ; ce terme était utilisé pendant la période coloniale par les autochtones de langue arabe pour désigner non seulement le médecin (le « sorcier ») mais aussi tout homme blanc européen; c’est ce dernier sens qui est ici maintenu. et en verlan babtous (apocopé en babs) et boubtas. Leur teint clair et leurs cheveux blonds donnent lieu à une série de stéréotypes ludiques, parmi lesquels on peut noter blonblons, blondins, fromages blancs (ou froms), pots de yaourt, fesses d’aspirine (ou d’oignon), aspirine, cotons-tiges. Les désignations gaulois, fils de Clovis, Chaber(22)L’image de l’officier français, le Colonel Chabert, après la projection du film d’Yves Angelo (1994) a été reprise dans les cités pour représenter les Français de souche. font référence à l’histoire de France. Les habitudes alimentaires, en particulier celle qui consiste à manger du porc (pratique interdite par la religion musulmane), sont elles aussi stigmatisées, ce que confirme l’appellation pâté-rillettes et son aphérèse rillettes.

 

Stigmatiser pour exister

Toutes les désignations, qui viennent d’être présentées, montrent bien comment les jeunes des cités, en les utilisant, procèdent par stigmatisation de l’Autre. C’est un des moyens qu’ils se donnent pour pouvoir forger leur propre identité sociale positive. Marquer ainsi son identité, sa différence n’est pas pour autant refuser son appartenance, sa nationalité, ce dont témoigne la majeure partie des entretiens effectués lors d’enquêtes de terrain. Il y est beaucoup plus question d’une identité sociale revendiquée haut et fort et non pas de la recherche d’une identité ethnique, ce qui est la conséquence de ce que nos cités et quartiers au cours des trois dernières décennies sont devenus dans bien des cas de vastes zones de relégation, car « la crise économique s’avérant durable », les politiques suivies et les contrats d’agglomérations n’empêchent pas que « le chômage croissant contribue à faire » de la concentration des immigrés dans des cités HLM dégradées « une relégation à la fois sociale et spatiale »(23)Patrick Weil, La République et sa diversité, Paris, Éditions du Seuil, coll. « La République des Idées », 2005, 112 p., p. 56..
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Jean-Pierre Goudaillier

professeur de linguistique, est doyen honoraire de la Faculté des sciences humaines et sociales – Sorbonne de l’Université René-Descartes (Paris-V). Il effectue des recherches dans le domaine de la description linguistique, plus précisément phonético-phonologique, du français (variétés québecoises comprises) et de diverses langues. Il s’intéresse par ailleurs aux problèmes posés à la planification linguistique par les mots d’emprunt anglais en français ainsi qu’aux phénomènes argotiques. Jean-Pierre Goudaillier a notamment publié Comment tu tchatches ! – Dictionnaire du français contemporain des cités, Paris, Maisonneuve et Larose, 1997, 3e édition (nouvellement revue et augmentée + 8 illustrations), 2001, 305 p..

    goudaillier-comment-tu-tchatches-1997-1           CeQueParlerVeutDire - PierreBourdieu                                                             Oui a une societe jeunes des cites - Joelle Bordet  
Par Jean-Pierre Goudaillier, article paru initialement dans la revue Lecture Jeune n° 141 (mars 2012)
Références bibliographiques complémentaires
  • Bordet Joëlle, Oui à une société avec les jeunes des cités! Sortir de la spirale sécuritaire, Les Éditions de l’Atelier, 2007, 207 p.
  • Décugis Jean-Michel et Zemouri Aziz, Paroles de banlieues, Paris, Plon, 1995.
  • Favier Gilles et Kassovitz Mathieu, Jusqu’ici tout va bien… Scénario et photographies autour du film La haine, Actes Sud, 1999, p. 117-118.
  • Goudaillier Jean-Pierre, « Les mots de l’immigration en français contemporain des cités (FCC) », dans Dictionnaire de l’immigration, Larousse, à paraître en avril 2012.
  • Guène Faïza, Kiffe kiffe demain, Paris, Hachette Littératures, 2004, 194 p, p. 135.
  • Smaïl Paul, Ali le Magnifique, Denoël, 2001, p. 361.
 

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References   [ + ]

1. Pierre Bourdieu, «Vous avez dit « populaire »», dans Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°46, Paris, Minuit, 1983, p. 98-105, (ici, p.103). voir aussi du même auteur, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, Fayard, 1ère éd. 1982, 243 p.
2. Voir à ce sujet Fabienne Melliani, La langue du quartier. Appropriation de l’espace et identités urbaines chez des jeunes issus de l’immigration maghrébine en banlieue rouennaise, Paris, L’Harmattan, coll. « Espaces discursifs », 2000, p.67.
3. Note de la rédaction : ajoutons que désormais « beaucoup d’expressions qui viennent des jeunes de rues sont adoptées ensuite par les jeunes des classes moyennes, voire supérieures. Manier et connaître ce langage est à la fois ludique, et de l’ordre de la transgression. L’univers de la banlieue a beaucoup d’influence dans le domaine du comique ainsi que dans d’autres secteurs artistiques », comme souligne le sociologue Thomas Sauvadet, L’humour. Qu’est-ce qui fait rire les adolescents ?, Lecture Jeune, n°130, p. 13 et sur notre site
4. Voir, entre autres, Jacqueline Billiez, L’insertion des jeunes issus de l’immigration algérienne : aspects sociolinguistiques et discursifs, Centre de didactique de langues, Université Grenoble III, 1988, 128 p., ainsi que David Lepoutre, Cœur de banlieue, Codes, rites et langages, Paris, Odile Jacob, 1997, 362 p.
5. Michel Wieviorka, Pour la prochaine gauche, Paris, Laffont, 2011, 292 p., p.132
6. Pierre Bourdieu, « « Vous avez dit populaire » », op. cit., p. 103.
7. Jean-Pierre Goudaillier, Comment tu tchatches ! Dictionnaire du français contemporain des cités, Paris, Maisonneuve et Larose, 2001 (1ère éd., 1997), 305 p., p.24-26 plus particulièrement. Voir aussi Christian Bachmann et Luc Basier, « Le verlan :  argot d’école ou langue des keums ?», dans Mots n°8, 1984, pp. 169-187.
8. Note de la rédaction : « Chez les jeunes de rues (…) il peut y avoir entre 20 et 30 individus dans une bande et il y a une forte compétition entre eux. Par conséquent, il faut souvent parler avec un débit rapide, élever la voix, être un peu comédien, occuper l’espace, aller chercher les gens et toucher pour capter leur attention. Il faut qu’il y ait une présence physique. Il s’agit quasiment d’un combat, bien qu’il soit symbolique » (entretien avec Thomas Sauvadet, Lecture Jeune n°130, p. 12.
9. Denise François-Geiger, « Les paradoxes des argots »dans Actes du Colloque « Culture et pauvretés », Tourette (L’Arbresle), 1985, Antoine Lion et Pedro de Meca (éd.), La Documentation Française, 1988, p.17-24.
10. Jean-Pierre Goudaillier, op.cit., p. 6-16.
11. Louise Dabène et Jacqueline Billiez, « Le parler des jeunes issus de l’immigration », dans France, pays multilingue, Geneviève Vermes et Josiane Boutet (éd.), Paris, L’Harmattan, Tome II, 1988, p. 62-77, ici p. 65.
12. Jean-Pierre Goudaillier, op. cit., p. 8.
13. Jean-Pierre Goudaillier, « Français contemporain des cités (FCC) : langue en miroir, langue du refus de la société », dans Adolescence, 2007, n° 59, 2007, p. 119-124.
14. Les listes de termes ne sont pas exhaustives.
15. Le verlan de les arabes ([lezarab]).
16. Il s’agit d’un terme neutre construit à partir d’un jeu de mots avec camarade : marocain > cainmaro > camaro.
17. On ne retient que la dernière syllabe du mot.
18. Il s’agit là de l’un des produits qu’ils vendent dans les couloirs du métro et du RER en région parisienne. On les identifie donc, par métonymie, à leur pratique de vente.
19. La manière de parler des Chinois étant perçue par les Européens, entre autres, comme un miaulement. Une telle hypothèse est acceptable, même si les Miaos constituent en Chine une ethnie minoritaire, forte cependant de plusieurs millions de personnes, car rien n’atteste un rapprochement réel entre le nom de cette ethnie et miaou.
20. Autres exemples : Blanche-Neige (la figure de style de type antinomique – blanc à la place de noir – est ici ludique), cainfri (verlan d’africain) et son apocope cainf’, caincain (aphérèse d’africain avec redoublement), nègre, négro (et son apocope en nèg’), greune (verlan de nègre), nombo de leurcou (verlan de bonhomme de couleur), reunoi (verlan de noir) qui est resuffixé en reunous.
21. De l’arabe abīb, « savant », arabe maghrébin algérien bib, « sorcier » (cf., entre autres, Mohamed Ben Smail, Dictionnaire des mots français d’origine arabe, Tunis, Ster, 1994, p. 135) ; ce terme était utilisé pendant la période coloniale par les autochtones de langue arabe pour désigner non seulement le médecin (le « sorcier ») mais aussi tout homme blanc européen; c’est ce dernier sens qui est ici maintenu.
22. L’image de l’officier français, le Colonel Chabert, après la projection du film d’Yves Angelo (1994) a été reprise dans les cités pour représenter les Français de souche.
23. Patrick Weil, La République et sa diversité, Paris, Éditions du Seuil, coll. « La République des Idées », 2005, 112 p., p. 56.

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