Sélectionner une page

Error. Page cannot be displayed. Please contact your service provider for more details. (30)

Le centre musical Barbara Fleury Goutte d’Or

Le centre musical Barbara Fleury Goutte d’Or offre, depuis plus de cinq ans, les équipements et les accompagnements nécessaires pour permettre aux jeunes groupes de travailler leur répertoire. Lucie Brugier, chargée de la communication, et Karim Kanal Saïdani, accompagnateur, ont répondu aux questions de la rédaction dans le numéro 146 de Lecture Jeune consacré à la musique. Marieke Mille prolonge ici cet entretien.

Marieke Mille : Quelles sont les lignes directrices de l’espace Fleury Goutte d’Or, établissement dédié aux musiques actuelles et au soutien des jeunes talents ?

Karim Kanal Saïdani : Nous privilégions une pratique en amateur de la musique. Je fais souvent l’analogie avec une piscine olympique : on peut aller y nager sans préparer les Jeux. Le principe est le même à FGO, même si cette pratique est moins ancrée dans les mentalités : le centre est équipé avec du matériel de qualité et les collectifs composés de professionnels, mais la professionnalisation des groupes n’est à aucun moment le but visé. Là est l’originalité de notre site, à l’échelle nationale.

 

MM : Plus qu’original, il me semble même qu’il est unique. Existe-t-il d’autres structures de ce genre qui vous auraient inspirés ?

KKS : Il me semble que ce concept n’est répandu nulle part ailleurs dans le monde. Nous sommes resté longtemps l’unique établissement pédagogique sur les musiques actuelles en France, et peut-être même à l’étranger.

Certes, d’autres lieux en France perçoivent un financement public parce qu’ils offrent un volet pédagogique. Mais pour cela, il faut un grand nombre de studios, une scène, une salle de concert – ce qui n’est généralement pas leur cas. Cependant, ces cinq dernières années, nous avons reçu un nombre incalculable d’élus de province qui venaient se renseigner sur le coût du matériel, l’organisation des modules, les besoins auquel nous répondons, les statistiques de fréquentation… Le concept s’est alors doucement répandu : aujourd’hui, on trouve le 106 à Rouen, la Paloma à Nîmes. Un petit nouveau, le Métronome, est prévu pour 2017 à Toulouse. Toutes ces salles sont basées sur le même principe : une pédagogie non-directive sur les musiques actuelles avec scène et studios de répétitions et d’enregistrement. Par ailleurs, notre collaboratrice Vanessa a mis au point un outil de travail très utile : la mallette. Cet objet, au départ une véritable valisette, est devenue, avec l’expansion du net, la « e-mallette ». Ce site compile tous les documents nécessaires à un porteur de projet en musique actuelle, de la conception initiale jusqu’aux questions administratives. Ces fiches sont réalisées par des professionnels, conseillers aux ressources ou membres de Pôle Emploi Spectacle, qui offrent un regard sur le projet sans prémâcher le travail.

 

MM : Votre centre a donc beaucoup de succès. Comment l’expliquez-vous ?

KKS : C’est vrai, nous fonctionnons très bien. Nous recevons à peu près 50 nouveaux groupes par an, qui peuvent être reconduits pendant 3 ans. Par conséquent, nous avons en permanence environ 90 groupes participants.

logo-centre musical barbara fleury

Le centre musical Barbara Fleury Goutte d’Or

Lucie Brugier, chargée de la communication
Karim Kanal Saïdani, accompagnateur
Retrouvez plus d’informations sur l’équipe du centre musical Barbara Fleury

quote-02-02-02 Pour expliquer ce succès, je dirais que nous répondons à une demande sur les musiques actuelles que les conservatoires et les écoles de musique délaissent souvent,

et aussi que nous nous adressons autant à des jeunes diplômés qu’à des artistes qui se clament autodidactes. J’enseigne à FGO depuis 25 ans, et j’ai bien observé que les jeunes prennent de moins en moins de cours, parce qu’ils y ont accès en ligne ou en DVD, mais ils ont toujours besoin d’une structure pour tout ce qui concerne le savoir-faire, la transmission du métier de musicien, le travail de la scène, etc.

 

MM : Par conséquent, j’imagine que vous n’avez pas besoin de faire de publicité. Communiquez-vous tout de même à l’extérieur ?

LB : Non, notre réputation s’est faite sur le bouche à oreille. C’est la meilleure façon de communiquer, parce qu’un musicien conquis par l’établissement sera son meilleur porte-parole. Cependant, si nous ne communiquons pas sur la structure, nous le faisons sur nos groupes, surtout lorsqu’ils sont programmés dans notre salle de concert lors des FGO Lab’– un événement mensuel qui présente deux ou trois de nos groupes, rassemblés autour d’un même style ou un même thème.

KKS : Cela dit, le bouche à oreille est largement suffisant. Personnellement, j’ai toujours été confiant dans le projet. J’ai grandi à Paris, j’y ai appris la musique, j’y ai travaillé. Je savais qu’il y avait un besoin et que cette structure répondrait à cette attente. Un établissement aussi complet, avec autant de studios et d’accompagnateurs, ne pouvait que prendre rapidement de l’ampleur. J’étais sûr qu’il aurait du succès ! Tout n’était qu’une question de confiance, dans notre raison d’être et dans notre réputation, et la ville de Paris a cru en nous : nous avons signé un premier accord sur 4 ans, puis nous avons été reconduit jusqu’en 2015.

 

MM : Puisque vous l’évoquez, comment s’est passée la création du centre ?

KKS : La ville de Paris a lancé un appel d’offre, et l’école ATLA a été retenue pour y répondre. A l’époque, il existait déjà des écoles, comme ATLA, SIM (le syndicat intercommunautaire de musique), ACP, la manufacture chanson, ainsi que des conservatoires. Par ailleurs, il existait déjà des structures de coaching, plutôt réservées à des professionnels. Mais ATLA proposait un projet original, entre l’enseignement et le coaching.

LB : L’école ATLA est donc le gestionnaire du centre Fleury Goutte d’Or. Elle a été créée par Noëlle Tatiche, qui travaillait à l’époque pour une boîte de conseil éthique pour les entreprises, et qui voulait remettre l’humain au cœur de la pratique professionnelle. Elle a alors quitté son emploi et fondé l’école avec son frère, Antoine Tatiche, un professeur de guitare, et Luiz de Aquino, dont les initiales composent le nom de l’établissement. Ils se sont basés à Pigalle, haut lieu de la musique, parce qu’ils souhaitaient une dynamique de quartier. Au début, ils offraient surtout des cours de guitare, qu’elle soit manouche, jazz ou classique. Mais depuis 15 ans, l’école a évolué, elle propose notamment des formations diplômantes ou des cours du soir, pour permettre un enseignement pas trop long qui réponde à la demande. La formation la plus récente s’appelle MAC (management artistique et culturelle), fondée il y a 10 ans, très axée sur le professionnalisme. Par conséquent, l’école ATLA est devenue une structure plus complexe, notamment avec la création de la coopérative d’entrepreneurs salariés CLARA, qui aide ses membres à gérer la multiplication des statuts. En effet, être artiste n’est pas toujours rentable, et beaucoup maintiennent une activité professionnelle à côté, ce qui complique la comptabilité et la gestion du temps. CLARA sert justement à endiguer cette difficulté, sur un principe cher à Noëlle Tatiche : le bénéfice que les activités complémentaires, voire contraires, peuvent s’apporter mutuellement. Se rattache encore à l’école la structure de conseil ATLABEL e-pôle, qui aide les anciens élèves de l’école à monter des concerts, à former des groupes, etc. Enfin, le « village ATLA » se compose aussi d’un centre pour les enfants autistes.

 

MM : L’école ATLA est donc le gestionnaire de FGO. Avez-vous par ailleurs des partenariats avec d’autres structures ?

KKS : Pour ce qui est de l’accompagnement, nous sommes indépendants, mis à part quelques sorties très ponctuelles, comme par exemple avec un centre au Maroc, ou dans le cadre d’un festival en Italie. Les partenariats concernent plutôt la diffusion et la programmation des groupes plutôt que le centre lui-même. Je suis en contact avec l’équipe de l’Autre Canal à Nancy, et avec celle de Trempolinoà Nantes, mais ils ont souvent une vocation plus ou moins professionnalisante et nos échanges restent purement informels. Il faut dire que nous ne donnons pas la priorité aux habitants de la municipalité : tout le monde peut s’inscrire à FGO. Un de nos groupes vient même de l’île de la Réunion ! Ils ont entendu parler de nous via un réseau de concert, la Fée du Rock, avec lequel nous travaillons beaucoup, et dont l’une des salles est basée là-bas. Je participe aussi, parfois, à des tables rondes autour des nouvelles pédagogies : je suis beaucoup sollicité parce que, fort de mes 250 groupes accompagnés sur 5 ans, j’ai une expérience assez révélatrice.

LB : Néanmoins, nos partenariats sont de plus en plus nombreux. Outre les contrats avec le MAP, réseau des Musiques Actuelles de Paris, et les départements d’Île de France, l’IRMA (centre d’Information et de Ressources pour les Musiques Actuelles) travaille beaucoup avec nous, ils publient notamment beaucoup de livres sur la musique. Paris Mix est un réseau de mise en commun des savoir-faire, axé sur la diffusion et les médias. Enfin, pour ce qui est de la visibilité, nous coopérons avec Main d’Œuvre à Saint-Ouen, un studio de répétition et une résidence, qui ne fait pas d’accompagnement, mais dispose de ressources, de studios, et surtout d’une immense salle de concert.

 centre fgo barbara_credits gc                   studio barbara fleury                 gallerie_barbara fleury
Par Marieke Mille, e-dossier de la revue Lecture Jeune n° 146 (juin 2013)

This site is protected by wp-copyrightpro.com