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Portraits de bénévoles

Elsa Bastien, journaliste, est allée à la rencontre de bénévoles investis dans les bibliothèques et dresse le portrait de trois d’entre elles.

Maryse Bourgeois 

Maryse Bourgeois a  toujours lu. Elle s’occupe de la  bibliothèque de La  Capelle-lès-Boulogne mais fait par ailleurs partie de l’association Opalivres, qui promeut les livres pour la jeunesse sur la Côte d’Opale depuis les années 80. Voilà onze ans que la bibliothèque de la commune de 1600 habitants existe. Ses filles y étaient scolarisées. La présidente des parents d’élèves lui avait donné carte blanche pour acheter des ouvrages. Celle-ci est ensuite devenue maire et le projet de bibliothèque est né. « J’ai fait toutes les formations proposées », explique Maryse. Mais ce n’était pas suffisant aussi a-t-elle suivi une formation d’assistante bibliothécaire. La médiathèque est ouverte au public dix heures par semaine auxquelles il faut ajouter les animations, accueil des centres de loisirs, des écoles… C’est donc du bénévolat à temps plein. Les écoliers, justement, font partie de son public favori. « Ce que j’aime, c’est leur faire connaître l’art par l’intermédiaire des illustrations d’albums. Il y a des choses superbes. A l’école, c’est de la lecture imposée, ici c’est de la lecture plaisir », insiste-t-elle. Elle adopte la même technique pour les adolescents : « Au collège, les gamins qui ne sont pas déjà passionnés par la lecture ne s’y intéresseront pas en lisant le type d’ouvrages proposés, trop « classiques ». J’ai donc acheté des livres sur le Moyen-âge qui sont adaptés : historiques mais avec des textes très clairs et beaucoup d’illustrations. Ils adorent ! Il faut pouvoir trouver des livres qui les accrochent, ludiques, sympas et modernes ». Lorsque les élèves viennent se procurer les livres demandés par leurs professeurs, elle en profite pour leur suggérer aussi ses nouveautés. « C’est un lectorat difficile, on le perd régulièrement, souligne-t-elle. Les jeunes fréquentent la bibliothèque jusqu’en cinquième ou quatrième puis ils ne viennent plus. Mais il faut dire qu’ils rentrent tard ». La désertion des adolescents est une question à laquelle les bénévoles réfléchissent constamment. L’autre solution trouvée par Maryse ? Commander des romans qui ciblent tout particulièrement les adolescents bien sûr, mais aussi constituer un petit fond de DVD. « Je travaille avec la bibliothèque départementale de prêt pour proposer aux jeunes des films ou des séries mais aussi des CD, l’idée est de les attirer dans les locaux puis de les ramener ensuite vers la lecture ». La bénévole a bien conscience des particularités de ce lectorat dont les loisirs et les passions changent en permanence. Elle a donc bénéficié d’une formation sur les mangas, elle qui ne connaissait rien à ce genre « particulièrement complexe »sur lequel elle peinait à répondre aux demandes. « Il vaut mieux être formé pour pouvoir cibler les séries qui peuvent les intéresser.  La difficulté, c’est d’investir dans ces mangas, qui se vendent souvent par gros volumes. Du coup, j’achète trois tomes. S’ils aiment, ils peuvent aller se les procurer ou alors nous les commandons à la BDP ». A La Capelle-lès-Boulogne, la bibliothèque possède donc une riche sélection. Elle ne serait cependant pas aussi dynamique si elle n’était aussi agréable : en milieu d’après-midi, le soleil envahit la petite pièce parquetée, éclairant les enfants assis sur des coussins de couleurs posés au sol. C’est une belle structure, ou l’on se sent toutefois à l’étroit. La place, tel est l’un des principaux problèmes pour Maryse. Elle regrette également ne pas avoir une collègue bibliophile pour l’aider, en plus de l’employée qui l’épaule pour les tâches plus techniques. « Je n’ai pas envie que ce soit ma bibliothèque ! J’aimerais échanger des conseils de lecture avec quelqu’un, être à deux pour monter des animations… Toute seule, je ne sais pas où donner de la tête ». Et puis, elle pense à l’avenir aussi. « Ca me plait toujours, sinon je ne le ferais pas ! Mais j’ai 60 ans, j’aimerais superviser quelqu’un puis m’effacer progressivement », et que la bibliothèque garde toujours comme mot d’ordre, le partage de l’amour du livre pour que tous les lecteurs y trouvent leur compte.
  
  

Anne-Marie Billet

Le village compte seulement deux cent âmes et pourtant sa bibliothèque, toute habillée de pierres bleues et de quelques briques rouges, ne sommeille jamais. A Wallers en Fagne, le long de la frontière du Hainaut Belge, Anne-Marie Billet travaille bénévolement depuis l’ouverture de la structure, onze ans auparavant. « J’ai appris à lire tôt avec ma tante, qui était institutrice. Mes parents étaient furieux parce que je lisais trop… Aujourd’hui, ma passion est d’arriver à faire vivre le livre», souligne cette militante. Le « faire vivre » ? C’est le prendre dans sa globalité.  Elle ne se limite donc pas au prêt d’ouvrages, car le livre est aussi un objet. Le mois dernier, Anne-Marie Billet a organisé une animation autour de la création de livre en tissus, en invitant une auteur. Un groupe d’adultes, dont beaucoup de brodeuses, se sont donc pliés au jeu et ont créé un ouvrage  entier. Celles et ceux qui n’aimaient pas particulièrement lire ou écrire ont tout de même du inventer tout un scénario. «  Le  livre et l’écrit sont des outils d’ouverture,  de réflexion et d’émancipation », assure-t-elle. Deux passions  qu’elle parvient à faire coexister dans la  petite bibliothèque. « J’ai lancé des ateliers d’écriture  qui ont très bien marché et rassemblé  des dizaines de personnes. Cela fait cinq ans qu’on en fait et certains récits ont  été publiés », explique cette retraitée aux cheveux châtains coupé au carré, qui fût tantôt assistance sociale, tantôt professeur. Après avoir suivi une formation, elle anime maintenant  elle-même des ateliers.  L’atelier fiction a abouti à l’écriture d’un polar à plusieurs mains, l’atelier haïku à un joli petit ouvrage aux reliures japonaises… C’était l’occasion de faire travailler adultes et adolescents ensemble. « Le public adolescent est le plus difficile à atteindre. Le collège est loin. En descendant du bus, certains viennent à la bibliothèque. Ils restent attachés au lieu pendant un ou deux ans, puis on les perd vers 14-15 ans », estime la bénévole. Même les mangas ou la sérieTwilight ne suffisent pas à les faire venir. « Avant, la connexion Internet pouvait les attirer mais ils en ont tous une désormais. J’essaye de créer des ateliers ludiques, comme celui sur la récupération de livres : nous avons créé des objets avec des vieux volumes, des formes animalières ou végétales par exemple ». Elle organise également des ateliers et des animations à foison, un partenariat avec l’école… La commune abrite une bibliothèque dynamique, que visitent une trentaine de lecteurs adultes actifs et une cinquantaine d’enfants. Anne-Marie  tient la permanence des lieux cinq heures  par semaine, gère trois grosses  animations par an, vient un samedi par  mois… Elle n’est  pas seule ; la bibliothèque peut compter sur six bénévoles, mais deux d’entre elles s’occupent des permanences. « J’ai toujours été tournée vers la vie collective, explique-t-elle. C’est une manière  d’exercer ma citoyenneté ou du moins, c’est la façon dont je la conçois ».
  

 

Colette Trouillet

« Je n’ai pas de montre », assure Colette Trouillet, assise derrière l’ordinateur  de la médiathèque de Prisches, petit village typique de l’Avesnois.  « Je me suis toujours dit : le jour où cela me pèsera, j’arrêterai. Même si j’ai raté des choses, des mariages ou des rendez-vous parce que je devais assurer la permanence de la bibliothèque, cela me fait toujours autant plaisir ».  À 70 ans, elle passe une quinzaine d’heures en moyenne par semaine entourée de livres. « J’ai toujours fait du bénévolat, toujours été impliquée dans tout ce qui se rapporte au village. J’ai réduit mon temps mais je fais quand même une vingtaine d’heures de bénévolat par semaine ». Dans la médiathèque de Prisches, Colette Trouillet a plusieurs casquettes. Elle peut se charger des animations, de l’accueil, des commandes de livres…  « Quand j’ai commencé ma vie professionnelle, on n’en parlait pas. Il n’y avait pas de bibliothèque, sinon j’aurais choisi ce métier. Les livres me passionnent. Je suis partie dans les chiffres à la place », explique aujourd’hui cette ancienne responsable de stocks, lunettes sur le nez, enthousiasme vissé au cœur. « J’ai donné le goût de la lecture à beaucoup de personnes grâce à Marie-Paul Armand par exemple, une romancière du terroir. Et ils reviennent ! Je connais bien mes lecteurs donc je leur mets des livres de coté. Cela me chagrine quand je ne les vois plus… » Il faut dire que c’est elle qui a impulsé la création de la bibliothèque. « On m’a regardée bizarrement, en me disant « crois-tu qu’on lit à Prisches ? » ma réponse était claire « Si on ne lit pas, on va lire » ». C’était il y a quinze ans. Le « placard » s’est transformé en une vaste et magnifique médiathèque qui emploie une salariée.  Si c’est sa passion pour le livre qui a toujours motivée Colette Trouillet à s’investir dans la structure, elle est aussi en quête de ces « moments de vie », quand parents et enfants envahissent les lieux, pour une animation par exemple. En quelques clics, elle retrouve les photos d’une exposition sur les vieux métiers : « J’adore quand ça grouille de monde », sourit-elle. Son bureau est encombré ? Qu’à cela ne tienne, « Il faut que ça remue, que ça bouge ! Quand c’est rangé c’est un mouroir ! ». Heureusement, il y a du passage tout le temps, notamment à l’étage qui abrite une ludothèque − un plus pour cette médiathèque, qui a elle aussi des difficultés à faire venir les adolescents dans ses locaux. Colette a aussi trouvé une technique bien à elle : lorsque des auteurs sont invités à l’école, elle repère ceux qui peuvent intéresser les plus grands. « Quand l’auteur Claire Mazard est venue, les enfants ont accrochés. Je me suis rendue compte qu’elle avait du potentiel, et que si certains livres étaient un peu difficile pour les CM1 ou les CM2, ils seraient parfaits pour les classes supérieures », explique la bénévole. Tous les moyens sont bons pour diversifier le public car les quelques adolescents qui fréquentent régulièrement la bibliothèque sont des fidèles de toujours.  « Ces jeunes-là me connaissent depuis qu’ils marchent. C’est vrai que cela facilite les rapports. Je lis moi-même beaucoup, donc j’essaye de lire aussi ces livres pour adolescents pour pouvoir en parler avec eux, promouvoir un auteur qu’ils ne le connaissent pas ».  Dernière idée en date pour élargir le cercle des lecteurs : créer un « coin lecture » agréable et calme avec coussins, fauteuils confortables  et livres soigneusement choisis, le tout réservé aux lecteurs adolescents…
Par Elsa Bastien, journaliste, novembre 2012.

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