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Pratiques d’information des jeunes : quelques éléments pour un état des lieux

 

Après plus d’une décennie d’études sur les usages numériques des adolescents, il existe aujourd’hui un nombre significatif de résultats de recherches et ce, dans différentes disciplines : sciences de l’éducation, sciences de l’information et de la communication, sociologie, sciences de gestion, sciences cognitives, psychologie voire médecine et neurosciences, par exemple. Toutes ces études, précieuses quant aux connaissances accumulées, permettent également de dessiner un cadre de réflexion sur les jeunes et le numérique. Ce sujet suscite en effet beaucoup d’interrogations, en particulier de la part des institutions de médiation et de transmission comme l’éducation et la culture. Le caractère controversé, presque polémique, de ce thème tient en grande partie à l’approche tranchée opposant les « natifs » du numérique (digital natives) aux « immigrants » du numérique (digital immigrants) popularisée par le consultant américain Marc Prensky. Ce point de vue défend la thèse d’une attirance naturelle, et par-là même d’une maîtrise spontanée, des jeunes générations pour les outils informatiques ou technologiques en général. Cette position a des racines politiques qui dépassent la seule question numérique : elle ne met pas seulement dos à dos jeunes et moins jeunes pour une nouvelle et énième querelle des anciens et des modernes, elle interroge la possibilité pour les nouveaux (au sens « premiers ») habitants de ce monde de s’y retrouver (eux-mêmes et entre eux). La question des usages numériques des jeunes pose ainsi la question des compétences et de l’expertise pensées comme « maîtrise ». Il interroge directement le savoir-faire professionnel des médiateurs (enseignants, documentalistes, bibliothécaires, journalistes…) face à la diffusion des usages numériques dans la vie quotidienne. Parmi ces usages, foncièrement entremêlés, les pratiques informationnelles impliquent de susciter des apprentissages et de mettre en œuvre des stratégies de médiation. Mais qu’entendre aujourd’hui par la dite « maîtrise de l’information », notion élevée au niveau des droits humains fondamentaux (Unesco 2005) et cependant vieillissante lorsque les enjeux se situent avant tout dans l’acceptation et la gestion de l’incertitude(1)Aillerie, Karine, « Pratiques juvéniles d’information : de l’incertitude à la sérendipité ». Documentaliste-sciences de l’information, mars, n°1, p.62-69, 2012. Cordier, Anne, « Et si on enseignait l’incertitude pour construire une culture de l’information ? » Colloque Spécialisé en Sciences de l’Information COSSI, Juin, Poitiers (France), 2012. http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00803091/document. Ces travaux montrent que l’expertise internaute se situe aujourd’hui dans la capacité à sortir des ressources connues (Wikipédia par exemple) et à se questionner plutôt qu’à chercher la réponse toute faite à une question. ?

 

L’indispensable médiation

Les travaux de tous horizons qui observent et décrivent les pratiques numériques juvéniles se sont très tôt rejoints sur la grande diversité individuelle de ces usages, voire sur leur hétérogénéité discriminante(2)Voir Lecture Jeune n°143, « Les jeunes et les inégalités numériques », septembre 2012.. En effet, dès lors que l’on s’attache à décrire ces usages de manière qualitative plutôt que seulement quantitative, ce sont les différences d’un individu à l’autre qui ressortent. Cette hétérogénéité est valable pour les pratiques informationnelles mais elle est également constatée pour les usages de socialisation, communicationnels et participatifs, via les réseaux sociaux par exemple, très liés aux appartenances sociales ou ethniques(3)Boyd, Danah, It’s Complicated: The Social Lives of Networked Teens, Yale University Press, 2014.. Il faut entrevoir ici une strate profonde de « fracture numérique », habitée par l’usage individuel qui est fait des outils techniques et des nombreux facteurs qui le conditionnent. Ces différences dans le degré d’appropriation d’un dispositif renvoient aux aptitudes et au-delà, aux moyens divers dont la personne dispose pour les stimuler : éléments des contextes sociaux, scolaires… dispositions particulières de chacun à accéder et à bénéficier de l’apport quotidien, pragmatique et cognitif, des technologies dans le cadre de ses préoccupations personnelles et de ses obligations. Il peut être à ce titre pertinent, comme le font certains auteurs, de convoquer la notion bourdieusienne d’habitus, et de parler alors d’« habitus informationnel(4)Robinson, Laura,“A taste for the necessary”, Information, Communication & Society, vol.12, n°4, p.488-507, 2009. ».

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Karine Aillerie

Philosophe de formation, après avoir été une quinzaine d’années documentaliste certifiée en établissement scolaire et en charge de la formation continue des enseignants documentalistes, Karine Aillerie a soutenu en 2011 une thèse en sciences de l’information et de la communication traitant des pratiques informationnelles informelles d’adolescents sur le web. Elle est aujourd’hui chargée d’études à la Direction R&D usages du numérique éducatif (Réseau Canopé). Elle est également chercheur associé à l’équipe TECHNE (EA6316 – Université de Poitiers) et membre de l’ANR TRANSLIT (« La translittératie: vers la transformation de la culture de l’information »).

quote-02-02-02A l’opposé d’une représentation globale et mythifiée des « digital natives », cette hétérogénéité des usages numériques des adolescents, et de leurs usages informationnels en particulier, réaffirme la nécessité de l’apprentissage et de la médiation de la part des institutions de culture et d’éducation, comme de la part des familles.

 

Les usages informationnels sont particulièrement concernés par cette fracture. Ceci tient au statut académique, voire normatif, de l’utilisation informationnelle ou documentaire d’internet(5)Par exemple : « academic computer use » Eamon, 2004 ; « capitalenhancing activity » Hargittai Hinnant, 2008 ; « the dominant internet use » Boonaert Vettenburg 2011.. Les usages informationnels sont en effet porteurs d’enjeux sociaux, citoyens, culturels, majeurs par rapport au savoir et à la construction de l’individu, d’autant plus que les usages internautes juvéniles, et certains des apprentissages qu’ils peuvent occasionner, s’exercent en grande partie au domicile – « culture de la chambre » décrite par Sonia Livingstone en Angleterre et Hervé Glévarec en France. Ils font l’objet d’exigences scolaires et sociales fortes tout autant qu’implicites. A l’opposé d’une représentation globale et mythifiée des « digital natives », cette hétérogénéité des usages numériques des adolescents, et de leurs usages informationnels en particulier, réaffirme la nécessité de l’apprentissage et de la médiation de la part des institutions de culture et d’éducation, comme de la part des familles. Cette médiation et les postures qui la fondent sont à repenser toutefois, de manière non pas uniquement transmissive et non pas seulement basée sur l’approche expert/novice qui a largement prédominé ces dernières années(6)Boubée, Nicole et Tricot, André, L’activité informationnelle juvénile, Hermès Lavoisier, 2011.. La connaissance des usages réels des jeunes peut ainsi contribuer à définir les contours de cette médiation, non pas pour les reproduire tels quels ni pour y opposer toute une batterie de « bonnes pratiques » mais pour s’y adapter, remédier et, surtout, donner du sens à cette médiation.

 

Que sait-on des usages informationnels des adolescents ?

Gardant à l’esprit l’individualité foisonnante des usages numériques adolescents, il est toutefois possible de dresser quelques traits communs de leurs pratiques informationnelles. Par exemple : la primauté accordée par les jeunes chercheurs d’information au critère d’accessibilité sur celui de validité/fiabilité de l’information. Ce point n’est d’ailleurs pas propre aux jeunes générations(7)UCL CIBER group, Information behaviour of the researcher of the future, University College, CIBER Briefing paper, Janvier 2008. http://www.jisc.ac.uk/media/documents/programmes/reppres/gg_final_keynote_11012008.pdf.

En outre, les usages réels des adolescents en quête d’information sur le web sont très souvent éloignés de la représentation de surabondance et de vastitude de l’information en ligne. En effet, ils naviguent au quotidien en terres connues, se constituant une géographie documentaire personnelle, et un ensemble plus ou moins étendu de sites repères auxquels ils recourent systématiquement. Parmi ces balises, Google et Wikipédia occupent une place évidemment centrale. La capacité de certains à s’éloigner au large de ces repères connus et à assumer un sentiment d’incertitude ou une possible perdition est la marque d’une expertise notoire. En effet, en grande partie « grâce à » Google et à la confiance qu’ils lui accordent, les adolescents ne se déclarent pas toujours désorientés, et donc demandeurs d’accompagnement, lors des recherches qu’ils mènent. Ceux qui s’écartent de la première page de résultats de Google, ceux qui fondent leur quête sur une posture intellectuelle faite à la fois de précision et d’ouverture, d’attente et de curiosité, sont ceux-là même qui contrôlent le plus leurs sessions de recherches et nourrissent un projet informationnel personnel. C’est précisément cette possibilité de sortir des sentiers battus ou de l’itinéraire que l’on tente de se fixer qui, décrite parfois comme un risque, constitue une richesse et un atout. Ainsi, « Savoir s’informer, c’est accepter de remettre en cause ses connaissances antérieures et être prêt à intégrer ce qui n’irait pas dans le sens de ce que l’on connaît déjà (ou de ce que l’on croit savoir)(8)Simmonot, Brigitte, « Être usager de l’information en ligne nécessite-t-il de nouvelles compétences ? » Dinet Jérôme, Usages, usagers et compétences informationnelles au 21e siècle, Lavoisier, 2008. https://halshs.archives-ouvertes.fr/sic_00497448/document ». En ce sens, ce sont les recherches à vocation scolaire et imposées par un enseignant qui, bien souvent, obligent les jeunes à faire l’expérience de cette recherche véritable qui ne se satisfait pas de la quête d’une réponse toute faite ou de l’illusion du « document parfait ». Par « document parfait », il faut entendre la ressource conforme à leurs attentes et à la représentation qu’ils se font de la « réponse » à la question posée. Les jeunes espèrent la trouver par le biais d’un moteur de recherche, le plus souvent dans le cadre d’une recherche demandée par un enseignant. Cette attitude se rencontre à un autre niveau, dans les conclusions d’études centrées sur les étudiants telle celle menée par Brigitte Simonnot : « Lors de nos observations en situation de recherche, nous avons pu constater que leurs sessions de recherches sont plutôt courtes, ponctuelles et peu construites stratégiquement : il s’agit de trouver le plus vite possible la réponse à une question plutôt que d’accumuler des indices et de construire des collections de documents autour d’un sujet(9) Simmonot, Brigitte, « De l’usage des moteurs de recherche par les étudiants » in Simmonot, Brigitte ; Gallezot, Gabriel, (dir). L’Entonnoir : Google sous la loupe des sciences de l’information et de la communication, C & F éditions, 2009. », remarque faisant suite à un constat similaire formulé plus tôt : « Un nombre non négligeable d’étudiants croient qu’ils vont trouver “le” document répondant à une question complexe(10) Simonnot, Brigitte, op.cit, 2008. ». Cette conduite renvoie enfin au statut très particulier de la recherche d’information scolaire, sur prescription enseignante, qui peut être dans une certaine mesure comparée à une tâche d’ordre professionnel et venir contredire la définition traditionnelle de la recherche d’information comme réponse à un besoin ressenti et exprimé par l’individu chercheur.

quote-02-02-02Gardant à l’esprit l’individualité foisonnante des usages numériques adolescents, il est toutefois possible de dresser quelques traits communs de leurs pratiques informationnelles. Par exemple : la primauté accordée par les jeunes chercheurs d’information au critère d’accessibilité sur celui de validité/fiabilité de l’information.

 

Ces comportements, souvent qualifiés de novices, ont été largement décrits dans la littérature et en particulier grâce aux études de psychologie cognitive. Complémentaires à cette approche modélisante, d’autres travaux tendent vers une conception écologique et holistique, au sens où le chercheur mettra l’accent sur les différents contextes y compris les plus fugaces ou les plus anodins (les transports en commun par exemple) dans lesquels s’expriment des motivations et des interactions informationnelles. Cette démarche permet de tenir compte de la mobilité et de l’individualité qui marquent les pratiques numériques d’aujourd’hui (smartphones). Il s’agit, à propos des adolescents, de comprendre leurs pratiques informationnelles non pas uniquement lorsqu’ils interagissent avec un système d’information en tant qu’élève ou en tant qu’enfant d’une famille par exemple, mais de prendre en compte l’ensemble de la singularité individuelle et des éléments avec lesquels elle se construit (outils à disposition, entourage social, sources accessibles, situations politiques, etc. …). Ainsi peut-on voir apparaître un entrelacement des motivations informationnelles personnelles et scolaires, ainsi que des pratiques informationnelles, y compris scolaires, au sein de dispositifs qui ne sont au départ pas directement conçus pour ces pratiques.

 

Pratiques informationnelles à l’heure des réseaux sociaux numériques

L’usage informationnel des réseaux sociaux concernant les motivations de santé des internautes a été assez tôt mis à jour(11)PwC’s Health Research Institute, Social media « likes » healthcare : from marketing to social business, 2012. http://download.pwc.com/ie/pubs/2012_social_media_likes_healthcare.pdf. Sato, Azusa et Costa-i-Font, Joan, « Social networking for medical information : a digital divide or a trust inquiry ? » Health Policy and Technology, 2013.. Il est à noter aujourd’hui la place importante occupée par les réseaux sociaux type Facebook ou Youtube, dans le rapport à l’information des adolescents et, parmi eux, l’importance particulière accordée à la vidéo. La dernière enquête suisse James(12)Willemse, Isabel ; Waller, Gregor ; Genner, Sarah ; Suter, Lilian ; Oppliger, Sabine ; Huber, Anna Lena and Süss, Daniel ; JAMES – Jeunes, activités, médias: enquête Suisse, Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), 2014. donne ainsi à voir les portails vidéo et les réseaux sociaux à la première et à la deuxième place des outils internet utilisés à des fins d’information par les 12-19 ans. Les adolescents cherchent et trouvent sur les réseaux sociaux des informations personnelles (sur leurs amis, sur l’actualité nationale et internationale, sur la beauté, la mode ou les jeux). Mais ils y cherchent, trouvent et partagent également des informations à vocation scolaire, sur prescription enseignante ou non, pour prolonger un point vu en cours ou pour l’orientation scolaire et professionnelle par exemple(13)Aillerie et McNicol (à paraître).. Cet aspect peut paraître évident voire anecdotique mais il met en question les recherches sur les pratiques informationnelles ainsi que les méthodologies mises en œuvre. En effet, le spectre des usages des réseaux sociaux s’élargit notablement depuis la pratique la plus largement décrite de communication/socialisation au sein d’un réseau d’individus plus ou moins proches jusqu’aux stratégies de diffusion de l’information, de réception, de partage et de production de l’information. La dimension sociale et participative de ces pratiques est d’importance. Elle remet au premier plan la place de la relation sociale dans les processus informationnels, y compris chez les jeunes(14)Agosto, Denise E and HughesHassell, Sandra, Toward a Model of the Everyday Life Information Needs of Urban Teenagers, Part 1: Theoretical Model. Journal of the American Society for Information Science, 57(10), p.1394-1403, 2006.. Il est crucial à ce propos, lorsque l’on se pose la question des usages informationnels des jeunes d’aujourd’hui, de ne pas se contenter d’un prisme uniquement numérique. Il faut alors replacer ces usages dans la multiplicité des interactions quotidiennes avec différents supports d’information et de connaissance, y compris, voire en premier lieu, les autres (famille, pairs, enseignants, référents, professionnels, etc.).

 

Le défi de la translittératie

L’évolution rapide des outils (émergence des réseaux sociaux fondés sur l’image et l’éphémère par exemple Snapchat) ainsi que le renouvellement permanent des pratiques bouleversent les cadres formels qui structurent la formation des usagers en général et des élèves en particulier. S’amorce ainsi depuis quelques années une nouvelle forme d’expertise, qui pointe l’habileté nécessaire à non seulement maîtriser les codes spécifiques à chaque support médiatique (de l’imprimé aux contenus en ligne y compris les blogs ou les comptes Twitter par exemple), mais aussi et surtout l’agilité à passer de l’un à l’autre et à les exploiter tous ensemble et ce dans divers contextes. Ce cadre de pensée est celui de la « translittératie » (transliteracy) dont la définition la plus citée est celle proposée par Sue Thomas et ses collègues : « L’habileté à lire, écrire et interagir par le biais d’une variété de plateformes, d’outils et de moyens de communication, de l’iconographie à l’oralité en passant par l’écriture manuscrite, l’édition, la télé, la radio et le cinéma, jusqu’aux réseaux sociaux(15)Sue, Thomas ; Joseph, Chris : Lacetti, Jess ; Mason, Bruce ; Mills, Simon ; Perril, Simon et Pullinger, Kate ; Transliteracy : Crossing divides. First Monday, 2007.». Le terme de « littératie » (literacy) revient lui-même aujourd’hui en force. Dans les discours et les représentations, il est souvent associé aux compétences exigées par le numérique. Ceci tend hélas à gommer les racines ethnographiques de la notion, initialement décrite sous l’angle des contextes socio-culturels des pratiques de la lecture et de l’écriture et de leurs significations symboliques(16)Voir Hoggart, Richard, La Culture du Pauvre : Etude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, Editions de Minuit, 1970 et Jack Goody, La raison graphique, La domestication de la pensée sauvage, Editions de Minuit, 1979..

quote-02-02-02S’amorce ainsi depuis quelques années une nouvelle forme d’expertise, qui pointe l’habileté nécessaire à non seulement maîtriser les codes spécifiques à chaque support médiatique (…), mais aussi et surtout l’agilité à passer de l’un à l’autre et à les exploiter tous ensemble et ce dans divers contextes. Ce cadre de pensée est celui de la « translittératie » (…)

 

L’exigence d’aptitudes nouvelles engendrées par le développement technologique et sa diffusion sociale s’accompagne de tout un ensemble de littératies dites émergentes : media literacy, digital literacy, cyberliteracy, visual literacy, mobile literacy, ICT literacy, computer literacy, library literacy, information fluency, etc. qui obligent la notion d’information literacy à évoluer et à rencontrer celle de translittératie. Ce concept est en effet susceptible d’englober une bonne partie de ces littératies multiples – celles-ci risquant parfois de ne prendre un sens qu’associées à une technologie ou à un domaine de compétence particulier. La translittératie présente ainsi un caractère fédérateur, à la hauteur des enjeux sociotechniques du moment et pouvant permettre de rompre avec des approches disciplinaires par trop étanches. Des chercheurs français s’emparent ainsi de cette notion et proposent de définir la translittératie à la lumière des cultures de l’information comme « l’ensemble des compétences d’interaction mises en œuvre par les usagers sur tous les moyens d’information et de communication disponibles : oral, textuel, iconique, numérique,… essentiellement dans des environnements et contextes numériques(17)Delamotte, Eric ; Liquète, Vincent et Frau-Meigs, Divina, « La translittératie, à la convergence des cultures de l’information : supports, contexte et modalités ». Spirale, p.145-156, 2014. ». La translittératie représente un défi à la fois majeur et double. En effet, si elle dessine très clairement un horizon d’expertise, elle n’est pas liée à une volonté explicite de formation et ne se décline pas, pour le moment, dans des modèles prescriptifs ou des référentiels formels. Du côté de la recherche, reste également encore à la définir d’un point de vue épistémologique, et à mettre en œuvre les méthodologies susceptibles d’en exploiter les principes. La translittératie fait ainsi l’objet de programmes de recherche à long terme : projet français Translit porté par l’ANR(18)http://translit.espe-aquitaine.fr ; http://translit.univ-paris3.fr. ; initiative internationale Transmedialiteracy(19)http://transmedialiteracy.org.. Ces deux entreprises visent à décrire les usages des jeunes et à décrypter ce qui, dans ces usages, aurait du sens pour la médiation. La translittératie représente ainsi un vaste chantier d’avenir qui interroge le rôle des jeunes eux-mêmes et de leurs capacités de production dans la définition des programmes de formation.

Rapport JAMES 2014 img1 Rapport JAMES 2014 img2

Source : Willemse, Isabel, Waller, Gregor ; Genner, Sarah ; Suter, Lilian ; Oppliger, Sabine ; Huber, Anna Lena ; et Süss, Daniel, Enquête JAMES – Jeunes, activités, médias : enquête Suisse, Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), 2014.

Par Karine Aillerie, article paru dans la revue Lecture Jeune n° 156 (hiver 2015)

References   [ + ]

1. Aillerie, Karine, « Pratiques juvéniles d’information : de l’incertitude à la sérendipité ». Documentaliste-sciences de l’information, mars, n°1, p.62-69, 2012. Cordier, Anne, « Et si on enseignait l’incertitude pour construire une culture de l’information ? » Colloque Spécialisé en Sciences de l’Information COSSI, Juin, Poitiers (France), 2012. http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00803091/document. Ces travaux montrent que l’expertise internaute se situe aujourd’hui dans la capacité à sortir des ressources connues (Wikipédia par exemple) et à se questionner plutôt qu’à chercher la réponse toute faite à une question.
2. Voir Lecture Jeune n°143, « Les jeunes et les inégalités numériques », septembre 2012.
3. Boyd, Danah, It’s Complicated: The Social Lives of Networked Teens, Yale University Press, 2014.
4. Robinson, Laura,“A taste for the necessary”, Information, Communication & Society, vol.12, n°4, p.488-507, 2009.
5. Par exemple : « academic computer use » Eamon, 2004 ; « capitalenhancing activity » Hargittai Hinnant, 2008 ; « the dominant internet use » Boonaert Vettenburg 2011.
6. Boubée, Nicole et Tricot, André, L’activité informationnelle juvénile, Hermès Lavoisier, 2011.
7. UCL CIBER group, Information behaviour of the researcher of the future, University College, CIBER Briefing paper, Janvier 2008. http://www.jisc.ac.uk/media/documents/programmes/reppres/gg_final_keynote_11012008.pdf
8. Simmonot, Brigitte, « Être usager de l’information en ligne nécessite-t-il de nouvelles compétences ? » Dinet Jérôme, Usages, usagers et compétences informationnelles au 21e siècle, Lavoisier, 2008. https://halshs.archives-ouvertes.fr/sic_00497448/document
9. Simmonot, Brigitte, « De l’usage des moteurs de recherche par les étudiants » in Simmonot, Brigitte ; Gallezot, Gabriel, (dir). L’Entonnoir : Google sous la loupe des sciences de l’information et de la communication, C & F éditions, 2009.
10. Simonnot, Brigitte, op.cit, 2008.
11. PwC’s Health Research Institute, Social media « likes » healthcare : from marketing to social business, 2012. http://download.pwc.com/ie/pubs/2012_social_media_likes_healthcare.pdf. Sato, Azusa et Costa-i-Font, Joan, « Social networking for medical information : a digital divide or a trust inquiry ? » Health Policy and Technology, 2013.
12. Willemse, Isabel ; Waller, Gregor ; Genner, Sarah ; Suter, Lilian ; Oppliger, Sabine ; Huber, Anna Lena and Süss, Daniel ; JAMES – Jeunes, activités, médias: enquête Suisse, Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), 2014.
13. Aillerie et McNicol (à paraître).
14. Agosto, Denise E and HughesHassell, Sandra, Toward a Model of the Everyday Life Information Needs of Urban Teenagers, Part 1: Theoretical Model. Journal of the American Society for Information Science, 57(10), p.1394-1403, 2006.
15. Sue, Thomas ; Joseph, Chris : Lacetti, Jess ; Mason, Bruce ; Mills, Simon ; Perril, Simon et Pullinger, Kate ; Transliteracy : Crossing divides. First Monday, 2007.
16. Voir Hoggart, Richard, La Culture du Pauvre : Etude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, Editions de Minuit, 1970 et Jack Goody, La raison graphique, La domestication de la pensée sauvage, Editions de Minuit, 1979.
17. Delamotte, Eric ; Liquète, Vincent et Frau-Meigs, Divina, « La translittératie, à la convergence des cultures de l’information : supports, contexte et modalités ». Spirale, p.145-156, 2014.
18. http://translit.espe-aquitaine.fr ; http://translit.univ-paris3.fr.
19. http://transmedialiteracy.org.

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