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Radio Campus Paris

Portée par l’association « une radio étudiante à Paris », Radio Campus Paris a pour objectif de proposer un média alternatif, local, indépendant et citoyen à destination des jeunes franciliens. Rencontrer le président de l’association qui donne vie à cette radio faite par des jeunes pour des jeunes semblait tout à fait approprié dans ce dossier sur la musique quand on sait la place importante qu’occupe encore aujourd’hui la radio dans les pratiques musicales des adolescents. Sonia de Leusse-Le Guillou a rencontré Félix Paties afin de l’interroger sur les activités et le fonctionnement de Radio Campus Paris.

Sonia de Leusse : Felix Paties, comment définiriez-vous Radio Campus Paris, la radio associative(1)On dénombre 650 radios associatives en France. Le réseau des Radio Campus en compte 25, réparties dans les grandes villes. que vous présidez depuis un an ?

Félix Paties : RCP est une radio culturelle au sens large. Nous sommes fiers d’y proposer des programmes pointus et décalés. Je dirais qu’elle est avant tout une radio curieuse, qui traite les sujets en profondeur, avec sérieux, sans pour autant se prendre au sérieux. La dimension associative de cette aventure est également très importante. J’ai eu à cœur de renforcer les liens entre les bénévoles, pour que les animateurs des différentes émissions se connaissent, partagent un esprit commun et que règne un climat amical.

 

SLG : De la petite radio créée par trois étudiants des Mines qui diffusaient depuis une chambre, à l’obtention d’une fréquence sur la bande FM en 2004, RCP s’est considérablement développée. Quelle place occupe-t-elle aujourd’hui ?

FP : Les deux événements majeurs ont été l’installation du bureau et du studio à la Maison des Initiatives Etudiantes (MIE)(2)La MIE a été créée en 2002 à l’initiative de Bertrand Delanoë pour soutenir et favoriser les initiatives étudiantes. 150 associations – dont 5 y résident– y sont domiciliées. Une deuxième MIE, LABO13, axée sur le développement durable et la solidarité internationale a été créée dans le quartier Paris Rive Gauche (13e arrondissement). en 2003. Puis, un an après, RCP, qui se proposait de devenir la radio des 13 facultés et 90 campus éclatés de Paris s’est vue dotée d’une ½ fréquence(3)La fréquence est partagée avec Vivre FM. RCP peut être écoutée en direct et en streaming sur le site Internet www.radiocampusparis.org 24h/24. RCP n’était pas la première Radio Campus puisque celle de Lille, pionnière des radios libres, a été créée en 1969. RCP fait pourtant souvent office de vitrine du réseau, même si Radio Grenouille (Radio Campus Marseille), qui compte une équipe fixe de 10 personnes, a le plus fort taux d’écoute, supérieur à Nova ou au Mouv’., de 17h30 à 5h30. Nous touchons environ 40 000 auditeurs réguliers dans Paris intra muros et environ 60 000 si l’on considère la totalité de la zone couverte, de Versailles à l’Ouest, à quelques kilomètres de Chelles, à l’Est.

 

SLG : Il s’agit donc d’une radio créée par des jeunes, exclusivement destinée à des étudiants ?

FP : Les 600 000 étudiants parisiens constituent effectivement notre cible première, mais nous nous adressons plus largement aux 15-35 ans. RCP apparaît en effet comme une radio éclectique, ouverte à tous types de musiques et expressions de courants artistiques.

 

SLG : Outre son esprit alternatif, quelle est la spécificité de cette radio ?

FP : Nous reposons sur une équipe de 220 bénévoles(4)Dont environ 60% d’hommes pour 40% de femmes., qui compte plus de 2/3 d’étudiants. La majorité provient des filières de sciences humaines (philosophie, histoire notamment) ou suit des études de communication ou de médiation culturelle. Sans doute par manque de temps, les étudiants en médecine, mathématiques, physique et chimie sont sous représentés. Le dernier tiers est constitué de jeunes en situation précaire, en stage, en recherche d’emploi, ou de diplômés qui viennent de décrocher un premier CDD.

 

SLG : Une équipe fixe encadre-t-elle les bénévoles ?

FP : Grâce au soutien de la Région et du Fonjep(5)Fonds de Coopération de la Jeunesse et de l’Education Populaire (FONJEP), qui existe depuis 1964., trois postes en emplois tremplins, assistés par trois volontaires civiques se répartissent l’antenne et la coordination, le développement, et la communication. Notre souhait est de parvenir à pérenniser les soutiens financiers ainsi que l’association. C’est la raison pour laquelle une équipe salariée est essentielle : le statut d’étudiant des bénévoles fragilise la stabilité de la structure ou des programmes. Nous sommes en effet confrontés à un turn over important causé par la grande mobilité de chacun pendant ses études. Notre plus grand problème est donc la déperdition de savoir et de compétences.

 

SLG : En plus des partenaires financiers que vous venez de citer, on peut rappeler le soutien de le Mairie de Paris qui héberge l’association et finance en partie la radio.

FP : La confiance de la Ville est tout a fait remarquable. Nous lui sommes reconnaissants tout en étant fiers de la qualité de l’offre de RCP, qui compte, en plus de la programmation musicale, 70 émissions et une vingtaine de hors-les-murs chaque année. Dotés d’une enveloppe de 150 000 euros, nous devons rivaliser avec des radios qui ont des budgets dix fois supérieurs. Nous travaillons de façon la plus professionnelle possible et avons les mêmes exigences que nos concurrentes sur les ondes. Notre fréquence est par exemple juste à côté de celle de France Culture : les auditeurs ne doivent pas changer de station s’ils tombent sur la nôtre ! Cependant, nous sommes limités dans notre démarche parce que nous ne bénéficions pas d’un prime time; nous jouons du coup sur un décalage de ton en commençant notre matinale à… 19h !

radio campus

 

SLG : La part du FSER(6)Fonds de soutien à l’expression radiophonique qui attribue une somme aux radios associatives (40 000€ par an pour RCP) percevant moins de 20% de revenus commerciaux sur la totalité de leur chiffre d’affaire. que vous recevez ainsi que les subventions vous permettent de vous affranchir de la publicité.

FP : C’est un point fondamental, nous ne voulons pas vendre notre temps d’antenne.

 

SLG : Quelle est la répartition de la grille des programmes entre les émissions culturelles et la musique ?

FP : La part de rédactionnel est d’environ un tiers, pour deux tiers de musique. Nous nous acquittons d’un forfait – que toutes les radions associatives paient – de 5000€ par an à la Sacem mais nous ne diffusons pas les tubes commerciaux. RCP propose une programmation musicale singulière. Un groupe qui a déjà du succès n’a pas besoin de Radio Campus. Nous aimons être des découvreurs de talents, soutenir la création. Le trio Gossip(7)Trio composé de la chanteuse Beth Ditto, du guitariste Nathan « Brace Paine » Howdeshell et de Hannah Blilie à la batterie., par exemple, désormais diffusé sur de grandes radios nationales ne l’est plus sur RCP, qui l’avait reçu en session bien avant qu’il rencontre une telle audience. Enfin, contrairement aux autres radios pour la jeunesse aux taux de rotation invraisemblables, nous ne passons jamais deux fois le même morceau par jour.

 

SLG: Comment concevez-vous le programme musical de la nuit ?

FP : Nos trois programmateurs, Aymeric Martin, Florent Thaillandier et Jonathan Melgar ont chacun un domaine de prédilection : la musique pop, hip hop et rock pour le premier, le groove et la musique électronique pour le second tandis que le dernier est plus spécialisé dans le rock. Ils font des propositions artistiques sans pour autant qu’il y ait de critères prédéfinis. Leur sélection fonctionne au coup de cœur, grâce à leur expérience et à leur veille particulièrement active. Comme la radio est reconnue par les maisons  de disques et les labels, nous recevons tous les services de presse.

Felix Patiès

Président de Radio Campus Paris.

Récemment, Mélanie Péclat lui a succédé à la présidence de la radio associative.

Radio Campus Paris est une association loi 1901 fondée en 1998 avec pour volonté de créer un nouveau média alternatif pour tous les étudiants franciliens. La radio est structurée autour de quatre salariés, trois volontaires et près de 200 membres actifs, en majorité étudiants et tous bénévoles : animateurs, chroniqueurs, réalisateurs, techniciens et administrateurs.

 
 

Site de Radio Campus Paris

quote-02-02-02En effet, les radios associatives sont très importantes pour les labels car elles représentent des canaux essentiels pour faire connaître leurs artistes.

SLG : Etes-vous également en lien avec des salles de spectacles ?

FP : Le Point Ephémère(8)Centre de dynamiques artistiques situé dans le 10e arrondissement de Paris, sur la rive du Canal St Martin. Son projet mêle résidences d’artistes, diffusion publique et intervention active dans la ville., par exemple, est notre partenaire « historique » : RCP y a fêté ses 5 ans, ses 10 ans et vient d’y célébrer ses 15 ans. Nous sommes en relation avec de nombreuses autres salles parisiennes(9)Comme, entre autres, le Divan du Monde, le Café de la Danse, La Flèche d’Or, Le Glazart, Le Centre Fleury Goutte d’Or, La Maroquinerie, Le Rex Club, le Batofar, Le Nouveau Casino…. Avec leur accord, nous offrons des places ou coproduisons parfois des concerts – nous en organisons 3 à 4 par an – avec elles puis partageons les bénéfices.

 

SLG : Selon vous, le podcast(10)Les émissions les plus podcastées (jusqu’à 450-500 podcasts) de RCP : Bam Salute, autour de la musique jamaïcaine, (www.radiocampusparis.org/bamsalute/), Dessine-moi un mouton, magazine de sciences humaines et sociales (www.radiocampusparis.org/dessinemoiunmouton/) et Geek me five sur la culture geek et multimedia (www.radiocampusparis.org/geekmefive/). a-t-il changé le mode d’écoute ou de diffusion de RCP ?

FP : Je vois les réseaux sociaux, Facebooket Twitter, comme les principaux acteurs du changement. La vitesse à laquelle les informations, les formats courts (1’30), humoristiques, que nous postons, s’échangent, est incroyable. C’est une des raisons pour lesquelles nous en produisons de plus en plus. Non seulement ils ponctuent la grille pour ne pas imposer une concentration continue à l’auditeur mais ils sont également d’excellents vecteurs de communication.

 

SLG : Ces types de formats courts sont chronophages à concevoir. Comment procédez-vous ?

FP : Nous les avons développés depuis que nous avons créé en 2010 une rédaction, qui comprend aujourd’hui une vingtaine de bénévoles. Nous pouvons donc insérer des reportages sur des sujets d’actualité dans le flash quotidien mais aussi fortement les relayer sur les réseaux sociaux. D’autre part, la rédaction fonctionne comme un sas de formation à toute la chaîne du montage par lequel passent les nouvelles recrues de sorte qu’on puisse éventuellement leur confier, à terme, une émission.

 

SLG : La formation semble occuper une place très importante dans les activités de l’association.

FP : C’est la politique que nous menons depuis 5 ans au moins, avec deux objectifs phares, diffuser de l’information vers les étudiants pour leur présenter un Paris jeune et alternatif et former aux métiers de la radio. Nous sommes dans une dynamique d’éducation populaire et nous reconnaissons dans des mouvements comme La ligue de l’enseignement(11)Elle réunit des membres qui agissent au quotidien pour faire vivre la citoyenneté en favorisant l’accès de tous à l’éducation, la culture, les loisirs ou le sport.à laquelle nous adhérons, ou Animafac(12)Réseau national d’associations étudiantes visant à promouvoir l’engagement associatif et à accompagner les bénévoles étudiants dans la réalisation de leurs projets., par exemple. Il y a une démarche de transmission et de partage : RCP est à mi-chemin entre un média et une école.

 

SLG : RCP fête en ce moment-même ses 15 ans. Quel bilan pouvez-vous en tirer et quels projets souhaitez-vous mener à bien pour les prochaines années ?

FP : L’audience a grimpé en même temps que les effectifs. Nous recevons au moins deux demandes de bénévolat par jour et plus de 200 projets chaque été, dont nous devons rejeter la moitié. Il est très important que nous puissions intégrer les bénévoles au mieux pour ne pas imploser. Leur formation reste donc une préoccupation première ainsi que celle de publics de collégiens et lycéens – nous avons actuellement au moins une demande de visite par semaine émanant d’un établissement scolaire. Le CLEMI(13)Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information chargé de l’éducation aux médias dans l’ensemble du système éducatif français  depuis 1983. Il a pour mission d’apprendre aux élèves une pratique citoyenne des médias.nous sollicite également chaque année, aussi envisageons-nous un partenariat à l’avenir. Enfin, parmi les 1001 projets, citons la reconfiguration de notre site Internet. Nous avons toujours gardé une double émission, sur les ondes et sur Internet, où l’on trouve les podcast, l’agenda, la grille, toute la vie de RCP. Or, le site est pour le moment conçu comme une excroissance de la radio. Si nous recensons 30 000 visiteurs uniques par mois, nous savons qu’il y a une forte attente d’un véritable contenu rédactionnel. Pourquoi ne pas le développer en profitant des autres associations de la MIE ?

  RCP_nuit_USA1(c)Thibaud_Delavigne                 RCP_nuit_USA3(c)Thibaud_Delavigne
Propos recueillis et mis en forme par Sonia de Leusse-Le Guillou, article paru dans la revue Lecture Jeune 146 (juin 2013)
Pour en savoir plus

References   [ + ]

1. On dénombre 650 radios associatives en France. Le réseau des Radio Campus en compte 25, réparties dans les grandes villes.
2. La MIE a été créée en 2002 à l’initiative de Bertrand Delanoë pour soutenir et favoriser les initiatives étudiantes. 150 associations – dont 5 y résident– y sont domiciliées. Une deuxième MIE, LABO13, axée sur le développement durable et la solidarité internationale a été créée dans le quartier Paris Rive Gauche (13e arrondissement).
3. La fréquence est partagée avec Vivre FM. RCP peut être écoutée en direct et en streaming sur le site Internet www.radiocampusparis.org 24h/24. RCP n’était pas la première Radio Campus puisque celle de Lille, pionnière des radios libres, a été créée en 1969. RCP fait pourtant souvent office de vitrine du réseau, même si Radio Grenouille (Radio Campus Marseille), qui compte une équipe fixe de 10 personnes, a le plus fort taux d’écoute, supérieur à Nova ou au Mouv’.
4. Dont environ 60% d’hommes pour 40% de femmes.
5. Fonds de Coopération de la Jeunesse et de l’Education Populaire (FONJEP), qui existe depuis 1964.
6. Fonds de soutien à l’expression radiophonique qui attribue une somme aux radios associatives (40 000€ par an pour RCP) percevant moins de 20% de revenus commerciaux sur la totalité de leur chiffre d’affaire.
7. Trio composé de la chanteuse Beth Ditto, du guitariste Nathan « Brace Paine » Howdeshell et de Hannah Blilie à la batterie.
8. Centre de dynamiques artistiques situé dans le 10e arrondissement de Paris, sur la rive du Canal St Martin. Son projet mêle résidences d’artistes, diffusion publique et intervention active dans la ville.
9. Comme, entre autres, le Divan du Monde, le Café de la Danse, La Flèche d’Or, Le Glazart, Le Centre Fleury Goutte d’Or, La Maroquinerie, Le Rex Club, le Batofar, Le Nouveau Casino…
10. Les émissions les plus podcastées (jusqu’à 450-500 podcasts) de RCP : Bam Salute, autour de la musique jamaïcaine, (www.radiocampusparis.org/bamsalute/), Dessine-moi un mouton, magazine de sciences humaines et sociales (www.radiocampusparis.org/dessinemoiunmouton/) et Geek me five sur la culture geek et multimedia (www.radiocampusparis.org/geekmefive/).
11. Elle réunit des membres qui agissent au quotidien pour faire vivre la citoyenneté en favorisant l’accès de tous à l’éducation, la culture, les loisirs ou le sport.
12. Réseau national d’associations étudiantes visant à promouvoir l’engagement associatif et à accompagner les bénévoles étudiants dans la réalisation de leurs projets.
13. Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information chargé de l’éducation aux médias dans l’ensemble du système éducatif français  depuis 1983. Il a pour mission d’apprendre aux élèves une pratique citoyenne des médias.

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