Rencontre avec... Anaïs et Aude de l'agence Sélène

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L’agence littéraire Sélène, lancée en septembre 2016, a pour ambition de faire émerger des auteurs français de littérature Young Adult. Pour ce faire, la start-up propose deux types de services. D’un côté, elle promeut auprès des maisons d’édition les auteurs qu’elle a repérés en amont puis soumis à sa communauté de lecteurs. L’autre volet de l’activité consiste en une offre en communication digitale pour les éditeurs.

Marieke Mille : Comment l’idée de Sélène est-elle née ?

Aude : J’ai constaté la difficulté de faire émerger un manuscrit lorsque je travaillais dans l’édition – d’autant plus que certaines maisons ne publient que des traductions de l’anglais. J’écris moi-même et, en bénéficiant du regard critique d’amis sur mon texte, je me suis dit qu’ils pourraient être mes meilleurs ambassadeurs pour en faire la promotion. La seconde envie que j’avais était celle de débusquer des auteurs. Les éditeurs n’ont pas forcément le temps de lire tous les manuscrits tant ils sont nombreux. Ils ne dépassent parfois pas les premiers chapitres alors que l’auteur peut avoir raté son début, qui est le plus difficile à rédiger, et proposer tout de même une bonne histoire. Mon idée était de dénicher la perle rare, notamment sur le web. Les sites de fanfictions et d’histoires originales représentent un vivier considérable de plumes assez douées pour être publiées, parfois même meilleures que celles de certaines publications. Je voulais être cette amie qui contacte la maison d’édition pour proposer un roman qui, avec quelques retouches car un texte n’est jamais tout prêt à être publié, peut devenir un vrai succès. J’ai rencontré Amandine, qui travaille dans l’édition et qui a tout de suite adhéré à l’idée, puis Anaïs, qui avait le profil parfait car elle aimait lire et écrire, mais surtout qui avait la fibre digitale. Nous exerçons toutes les deux le métier de community manager ; elle connait les réseaux et les plateformes donc elle a parfaitement saisi les enjeux de Sélène.

 

MM : Comment avez-vous structuré votre offre ?

Anaïs : Il a fallu nous interroger sur le modèle économique, le public que nous souhaitions toucher, les chiffres de l’édition. Lors de notre phase de recherche, nous avons étudié la concurrence pour vérifier si nous étions les seules sur ce créneau ou non, quelle offre s’en rapprochait et s’il était judicieux de se positionner sur le Young Adult.

Aude : Nous nous sommes posé la question de ce que nous pouvions apporter de différent. Si personne n’avait développé ce concept, c’était peut-être pour une bonne raison… En soi, il est innovant mais nous voulions vraiment investir sur le secteur du Young Adult, quitte à diversifier notre offre ensuite. Nous devions vérifier sa pertinence.

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MM : Pouvez-vous nous détaillez l’activité de Sélène ?

Anaïs : Sélène est une agence de communication spécialisée dans l’édition Young Adult. Nous avons deux approches, la première est de chercher des talents pour les aider à parvenir à la publication. Nous voulons vraiment créer un label de qualité avec des textes triés sur le volet. A partir de là, nous sommes la passerelle entre les auteurs qui ne savent pas bien s’y prendre et les maisons d’édition. Notre second domaine d’activité est celui de la communication digitale pour aider les éditeurs à développer les réseaux en fonction de leurs besoins afin qu’ils gagnent en notoriété.

Aude : La création de notre label qualitatif permettra de rassurer les éditeurs. Nous voulons prouver, grâce à l’appui de notre communauté, que les manuscrits que nous défendons fédèrent des lecteurs, qui attendent la suite et qui les ont plébiscités sur nos réseaux. Pour la communication, nous voulons mettre en avant le digital car il n’est pas très bien exploité par les maisons. Nous souhaitons créer un univers de marque, pas seulement un relai du résumé de la quatrième de couverture, mais une présentation du livre avec une approche très marketing tout en restant prudentes car c’est un gros mot dans le domaine de la littérature. Sans parler de produit, nous proposons un bien culturel. Ce mode de communication cible parfaitement le public ultra-connecté des jeunes adultes.

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Aude

Après un bac littéraire art plastique, Aude a fait un détour en droit privé. Cependant, une fois son diplôme à l’école supérieure de notariat de Rouen obtenu, elle décide de changer de voie et se tourne vers la communication en intégrant l’ISCOM Rouen. Elle déménage à Paris pour la dernière année. Cette même année, elle se décide finalement à coucher sur le papier une histoire qui lui trotte dans la tête depuis des mois. A la fin de son cursus, elle décide de partir à l’étranger pour perfectionner son anglais. Elle s’envole donc pour San Francisco puis pour Mexico. C’est là bas, pendant la saison des pluies, qu’elle termine son histoire : Babel. Une fois rentrée en France, elle débute une alternance à SUP de Pub Paris et tente de faire publier Babel. Malheureusement, elle se heurte aux nombreux obstacles qui composent le chemin vers la publication. A SUP de PUB, elle rencontre Anaïs et Vanessa et leur expose son projet d’agence littéraire un peu particulière. Grâce à leurs enthousiasmes et leurs motivations, l’idée de Aude prend finalement vie et en septembre 2016 Sélène est née.

 

quote-02-02-02Je voulais être cette amie qui contacte la maison d’édition pour proposer un roman qui, avec quelques retouches car un texte n’est jamais tout prêt à être publié, peut devenir un vrai succès.

MM : Quelle est votre définition du jeune adulte ? Car les éditeurs n’ont pas tous la même…

Aude : C’est un terme fourre-tout ! Le fait que personne n’ait la même définition nous laisse une grande marge de manœuvre, car d’une maison à l’autre, les livres mis en avant par Sélène seront différents. Ce qui nous intéresse, c’est justement de pouvoir nous adapter.

 

MM : Avez-vous déjà démarché des éditeurs ?

Aude : Nous avons surtout parlé aux lecteurs, puisque ce sont eux qui nous rendront visibles auprès des éditeurs. Pour l’instant, nous n’avons pas de texte à proposer, notre stratégie est de laisser la communauté parler de nous.

Anaïs : Ce sera beaucoup plus facile pour les éditeurs de visualiser le concept. Si nous nous présentons seules, ils trouveront peut-être l’idée intéressante mais rien de concret ne pourra en découler. Nous installons Sélène pour démarcher les éditeurs une fois que nous aurons une offre sérieuse avec de la presse et des partenaires.

 

MM : Pourquoi avez-vous choisi de valoriser les auteurs français ?

Anaïs : Dans ce secteur, une grande part des publications sont des traductions. Or, en faisant des recherches et en fréquentant des forums, on se rend compte que beaucoup d’auteurs francophones écrivent sans savoir comment parvenir à se faire connaître. Ils sont un peu boudés par les maisons d’édition qui préfèrent traduire un titre qui a fonctionné à l’étranger pour prendre moins de risques. Nous pensons que c’est dommage et qu’il y aurait peut-être beaucoup à gagner, justement, à prendre ce risque.

Aude : Sur les réseaux d’écriture sur internet, il y a presque autant d’histoires écrites en français qu’en espagnol, même si les textes en anglais sont bien plus nombreux, pas forcément parce que les auteurs sont anglophones, mais parce qu’ils écrivent dans cette langue pour toucher plus de lecteurs. Quelques maisons publient de la littérature jeune adulte française, mais ils traduisent majoritairement des textes dont la qualité laisse parfois penser que leur choix est uniquement guidé par le marketing.

Anaïs : Les lecteurs s’y retrouveront peut-être aussi davantage… Ils peuvent échanger avec l’auteur, avoir d’autres références.

Aude : Pour avoir discuté avec des éditeurs, c’est vrai qu’un nom d’auteur français se vend moins bien. Je pense que c’est une tendance. Comme toute tendance, elle s’inverse. A partir du moment où l’on présente les arguments nécessaires, un nom n’empêchera pas un livre de rencontrer des lecteurs. C’est un cliché qu’il faut surmonter et je pense que nous pouvons y arriver.

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Anaïs

Après avoir obtenue son Bac Littéraire Anaïs prend la décision d’entamer des études en communication. Elle fera une licence en Information et Communication à l’Université de Nice Sophia-Antipolis ainsi que sa première année de master avant d’emménager à Paris pour sa dernière année d’étude. Elle débute alors une alternance à l’école SUP de PUB Paris. C’est au cours de cette année là qu’elle rencontra Aude et Vanessa et c’est ainsi que Sélène prend vie. Depuis toujours Anaïs est une amoureuse des livres et affectionne tout particulièrement le Young Adult qui n’est à son goût pas assez représenté par les auteurs francophones. C’est donc avec plaisir qu’elle relève le défi de les mettre en avant de la scène de la littérature pour jeunes adultes.

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Vanessa

Vanessa est la dernière à s’intégrer à l’équipe. Avec une ample vision de l’expression artistique grâce à son parcours dans l’audiovisuel, Vanessa a trouvé en Sélène l’opportunité d’explorer le monde de la littérature et ainsi apporter plus de diversité artistique à ce marché du YA avec une dimension internationale. Toutes les heures que Vanessa passe dans le train ou dans l’avion entre Paris et Caracas sont l’occasion de tourner les pages des meilleurs bouquins du moment. Naturellement Vanessa n’allait pas passer à côté de l’aventure Sélène !

Propos recueillis en juin 2016 par Marieke Mille, rédactrice en chef de la revue Lecture Jeune.
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