Rencontre avec… Arnaud Cathrine

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En 2007, un numéro de Lecture Jeune était consacré à Arnaud Cathrine. Avec à l’époque une quinzaine de romans à son actif, une myriade de nouvelles, des chansons et des scénarios de films, l’auteur n’était déjà plus un débutant. Rencontre avec un écrivain sensible, sincère et enthousiaste.

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Lecture Jeunesse : Quelle est votre histoire personnelle avec la lecture et l’écriture ?
Arnaud Cathrine : J’ai découvert de façon concomitante la lecture et l’écriture. Je n’étais pas un grand lecteur, adolescent. Seule la musique comptait. Mon grand-père est organiste et facteur d’orgues. C’est l’artiste, le saltimbanque de la famille, mon modèle. J’ai débuté le piano très tôt, je jouais tout le temps. Les livres n’avaient pas leur place dans ma vie, la musique occupait tout l’espace. De plus, la littérature de jeunesse était pitoyable à l’époque, et ce qu’on étudiait en classe m’ennuyait profondément. Les livres me semblaient morts, ils ne parlaient pas de nous, c’était de la poussière. En 2nde, mon professeur de français m’a proposé de participer à un concours de nouvelles, que j’ai gagné. Tout s’est alors déclenché. Je me suis mis à écrire des nouvelles et à beaucoup lire, de la littérature contemporaine essentiellement. Je suis devenu gros lecteur ensuite. J’ai dévoré Faulkner, Carson McCullers, Sartre, Camus… La lecture de L’étranger a été une révélation stylistique : j’y ai découvert une phrase vivante, une modernité qui allait à l’encontre de ce que je croyais être les canons de la littérature. Après ce concours je n’ai jamais cessé d’écrire, des nouvelles, des poèmes, des chansons…
 
LJ : Quand avez-vous envisagé d’être publié ?
AC : Lorsque j’étais étudiant en lettres, la plupart des métiers dont j’entendais parler m’angoissaient d’avance. Je me demandais si on pouvait vivre de sa plume. J’avais envie d’être lu, de porter mon travail en place publique… J’ai commencé beaucoup de romans que je n’ai pas terminés, tous ressemblaient à du pastiche : c’était du Annie Saumont, du Lydie Salvayre… Ce qui est aussi une façon de se former. Lorsque j’ai achevé Les yeux secs(1)Verticales, 1998., écrit en trois semaines, j’ai eu l’intuition d’avoir trouvé ma voix, un embryon de voix. En 1996, l’éditrice pour laquelle je travaillais chez Denoël m’a présenté à Bernard Wallet qui souhaitait créer une nouvelle maison d’édition (Verticales, ndlr) et cherchait des lecteurs de manuscrits. Bernard avait vécu deux ans à Beyrouth en pleine guerre civile, une expérience qui lui a inspiré son récit Paysages avec palmiers(2)Gallimard, 1992.. Il a été troublé par la lecture des Yeux secs, un premier roman qui n’était pas autobiographique, sur une guerre civile. Il m’a proposé de le publier si j’acceptais de le retravailler. C’était exaltant de débuter chez un nouvel éditeur, audacieux, avec des projets sublimes.
 
LJ : Comment s’est passée la rencontre avec la littérature de jeunesse ?
AC : Elle s’est déroulée plus tard, par le biais d’auteurs que j’appréciais en littérature générale : Geneviève Brisac, Agnès Desarthe, Guillaume Le Touze… Leur bibliographie m’indiquait qu’ils écrivaient également pour les enfants. J’aimais tellement leur univers que j’ai lu tout ce qu’ils publiaient en jeunesse. J’ai découvert qu’il se jouait là de la littérature, avec une écriture et une audace thématique que je n’aurais pas soupçonnées. J’ai commencé à en lire beaucoup, et j’ai adoré. A cette époque j’avais envie de faire de la radio – toujours cette question « qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? » – J’ai rencontré Geneviève Brisac qui était productrice à France Culture et directrice de collection à L’école des loisirs. Elle m’a proposé de lui écrire un texte. Cela me semblait impossible. Dans ce domaine, comme en musique, j’avais des modèles écrasants… Mais Geneviève a un vrai talent pour porter les auteurs, leur dire qu’ils sont attendus, alors j’ai essayé.
 
LJ : L’expérience vous a plu…
AC : Geneviève Brisac m’avait dit pour me mettre à l’aise que je pouvais me lâcher, que les romans pour la jeunesse ne sont que très peu chroniqués dans la presse. La littérature de jeunesse était et elle est encore aujourd’hui dépréciée, il y a toujours un travail militant à mener. Alors, je me suis senti libre, sans la pression qui existe en littérature générale. Et il s’est passé quelque chose d’imprévu : quatre verrous de la porte blindée ont sauté en termes stylistiques et thématiques. Sans Mon démon s’appelle Martin(3)L’école des loisirs, « Médium, 2000., je n’aurais pas écrit La route de Midland(4)Verticales, 2001..
 
LJ : Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté sur le plan stylistique ?
AC : L’écriture en jeunesse est pour moi un champ exploratoire. Elle m’a aidé à trouver ma voix. C’est difficile de s’autoriser à utiliser sa propre voix. La mienne est assez ténue, c’est une petite voix de tête – un peu comme celle de Keren Ann en chanson. Chacun d’entre nous a ses propres cordes vocales. Il peut les travailler, mais ne peut pas tout faire avec. La littérature de jeunesse m’a permis également d’aller vers des lexiques que je ne m’autorisais pas auparavant, utiliser des gros mots par exemple. J’ai mis du vivant dans la phrase, j’ai réussi à tordre le coup à la belle phrase. Lorsque je relis Les yeux secs ou L’invention du père(5)Verticales, 1999. je trouve cela assez ampoulé. Les auteurs américains, eux aussi, m’ont appris la sobriété. En littérature de jeunesse il faut « aller à l’os », comme dit Olivier Adam, parce que le regard adolescent est intransigeant. Les ados ne composent pas et n’admettent pas que nous le fassions, ils sont dans l’immédiateté au réel, là où doit être la littérature. J’écris en jeunesse pour « mettre les pieds dans le plat », dire ce qu’on ne dit pas ailleurs.
Cathrine © Alph B. Seny

Arnaud Cathrine

Né en 1973 dans la Nièvre, Arnaud Cathrine a fait des études de lettres modernes et d’anglais à Paris. Plongé dans la musique (piano et chant), la lecture de Camus, Faulkner et Annie Saumont provoque un déclic : il commence à écrire à l’âge de quinze ans et publie son premier roman, Les Yeux secs, en 1998 aux Editions Verticales. Depuis, il a fait paraître plus de vingt livres (en littérature générale et en littérature jeunesse) dont, récemment, Je ne retrouve personneLes Garçons perdus ou encore Je suis l’idole de mon père.

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quote-02-02-02Les ados ne composent pas et n’admettent pas que nous le fassions, ils sont dans l’immédiateté au réel, là où doit être la littérature.

LJ : Vous écrivez les livres que vous auriez aimé lire adolescent ?
AC : Oui, cela m’aurait fait infiniment de bien de lire un Brisac à 15 ans. J’ai été chercher cela ailleurs, en musique et en littérature générale. Cela étant, c’est intéressant aussi de lire des livres qui nous résistent. Lorsque j’ai lu Le bruit et la fureur(6)William Faulkner, Folio, 1991. à l’adolescence, j’ai été déstabilisé et je ne le regrette pas. Reste que la littérature jeunesse, telle qu’elle s’écrit aujourd’hui, m’a vraiment manqué.
 
LJ : Vous vous êtes longtemps inscrit dans une narration de récit, séquentielle. Avec La disparition de Richard Taylor(7)Verticales, 2007 vous expérimentez une narration de discours…
AC : Sweet home(8)Verticales, 2005. est le livre que je cherchais à écrire depuis dix ans. Je sentais qu’après, il y aurait forcément un virage. En 2005, j’ai écrit une nouvelle pour la revue Remix, d’après les premières pages du Contentement de Jennifer Wilson de A.L. Kennedy(9)L’Olivier, 2004., Gymnastique. Certains lecteurs m’ont fait remarquer qu’il y avait là une veine ironique, sarcastique, un ton nouveau qui m’allait bien. Ce ton, une fois encore, venait de la littérature jeunesse où je m’étais autorisé l’humour, qui n’est pas inné chez moi. J’ai eu envie d’écrire un recueil de nouvelles dont le texte inaugural serait Gymnastique (rebaptisé L’infortune de Susan Taylor, ndlr) et je n’ai pas pu m’empêcher d’en faire un roman. J’ai écrit très vite la première partie, en un été. Ce nouveau ton, un peu méchant parfois, était jubilatoire. J’avais également envie d’explorer une narration de discours. C’était un pas de plus vers la liberté d’écriture. Endosser la peau de femmes m’a permis de me sentir très libre : plus les personnages sont loin de moi plus je m’autorise des libertés, c’est un travail de comédien. Pour la première fois, je ne pensais pas du tout au lecteur en écrivant ce livre, il n’y a eu aucune autocensure.
 
LJ : L’humour de La disparition de Richard Taylor est grinçant alors que dans vos romans jeunesse on rit franchement…
AC : Comme dit Agnès Desarthe en substance : « Devenir adulte, c’est tout de même un tragique accident. » Il y a un peu de cela : dépasser l’adolescence est un tel naufrage, comment ne pas être grinçant ? En littérature adulte, l’humour ne peut être que cruel. Je ne veux pas maltraiter les adolescents… En revanche, je veux bien me moquer d’eux. Après avoir pris en grippe l’instance adulte, qui fait subir au pauvre ado les silences et les non-dits, je me suis rappelé que les jeunes adoptent parfois des poses ridicules. J’ai voulu voir ce qui se passait quand on leur prêtait des préoccupations d’adultes, et s’il n’y avait pas là une brèche comique : j’ai 12 ans et j’ai raté ma vie – Je suis la honte de la famille(10)L’Ecole des loisirs, « Neuf », 2006. – ou Papa, Maman je suis amoureux je pars – Nous ne grandirons pas ensemble(11)L’Ecole des loisirs, « Neuf », 2006..
 
LJ : Dans chacun de vos ouvrages vous multipliez les procédés narratifs : monologue, dialogue, lettre, enregistrement de voix… Est-ce un travail sur le rythme ou une manière différente d’éclairer un même sujet ?
AC : Cela me passionne toujours de voir qu’un interlocuteur ne dit pas la même chose de visu, au téléphone, par lettre, par mail… C’est pareil pour les procédés narratifs : on place plusieurs caméras sur le plateau pour voir quelles vérités on va attraper. La littérature aide à se confronter à la complexité du réel, forer en profondeur, en finir avec l’univoque et ces cases dans lesquelles on nous enferme et qui nous étouffent chaque jour. Ces vérités peuvent d’ailleurs être contradictoires, comme c’est le cas pour Richard Taylor. Certains lecteurs m’ont dit : ce Richard Taylor n’existe pas, c’est un fantasme de femmes, un fantasme d’écrivain. Ces procédés narratifs me permettent aussi d’explorer des formes différentes et de ne pas m’ennuyer.
 
LJ : C’est donc un plaisir d’écriture…
AC : Oui. Dans un autre ordre d’idée, j’ai également pris un grand plaisir à écrire Nous ne grandirons pas ensemble et Je suis la honte de la famille. Je riais comme un sale gosse ! Je pouvais enfin raconter ce que je pensais des garçons. Quand j’étais adolescent je ne les trouvais pas très sympathiques, je me sentais tellement différent d’eux. Aujourd’hui, en revanche, j’éprouve pour les ados une grande affection, je « fonds ».
 
LJ : Pourquoi écrivez-vous toujours à la première personne ?
AC : Parce que je suis incapable d’écrire à la troisième ! Cela sonne faux. La troisième personne de narration me met à distance du personnage et m’empêche d’investir le rôle. Or je me sens très comédien, il faut que je sois le personnage. La première personne me met dans une immédiateté et une proximité de corps. Spontanément je travaille sur la voix. C’est ce qui m’intéresse le plus dans l’écriture : trouver les rythmes et les sonorités qui expriment le mieux le grain de voix de mes personnages. Mon influence musicale y est sans doute pour beaucoup. C’est aussi la première chose qui m’a passionné en littérature. Le bruit et la fureur de Faulkner débute dans la tête d’un malade mental, la langue se contorsionne en écho au regard distordu du jeune garçon… L’écriture porte une vision du monde.

 quote-02-02-02Certaines phrases ont surgi sous ma plume et elles m’ont étonné. L’écriture sait beaucoup de choses sur nous que nous ignorons.

LJ : Est-ce qu’il vous arrive de vous documenter ?
AC : Jamais. Je me plonge dans un corps tout prêt. Les personnages que j’invente travaillent en moi depuis longtemps. Leur voix surgit lorsqu’elle est prête. Comme celle de l’écrivain Sarah Kane dans Richard Taylor. Cela faisait six ans que je lisais ses pièces, j’en étais complètement imprégné, les couches s’étaient sédimentées. Pour ma biographie de Munch(12)Edvard Munch, L’Ecole des loisirs, « Belles Vies »,2007., c’est un peu différent, j’ai beaucoup lu, c’est une sorte d’exception. Mais j’ai utilisé le même procédé stylistique que pour Richard Taylor. J’ai convoqué des personnages qui l’avaient connu, il s’agit donc d’un portrait mosaïque. Tous mes livres communiquent en fait, ils se nourrissent les uns des autres et me font avancer. Il y a une chronologie, mais pas d’espaces séparés.
 
LJ : Comment naissent vos romans ?
AC : Cela dépend. Les premiers partaient souvent d’un lieu ou d’une image, comme le décor en carton-pâte de Bagdad café(13)Percy Adlon. pour La route de Midland. D’autres comme Sweet home s’inspirent de films que j’ai aimés (Festen(14)Thomas Vinterberg., This side of paradise(15)Jonas Mekas., Bord de mer(16)Julie Lopes-Curval., Petits arrangements avec les morts(17)Pascale Ferran.. Faits d’hiver(18)L’Ecole des loisirs, « Medium », 2004. est né de mon expérience de la vie alternative à Berlin et d’un fait divers lu dans la presse. Exercices de deuil19 a été écrit après un voyage à Philadelphie. L’histoire se déroule ensuite selon mes désirs, mes fantasmes, des images qui s’imposent à moi. Les choses sont assez atmosphériques, je n’écris jamais de scénario à l’avance. C’est ennuyeux de savoir ce qui va arriver ! Je suis mon premier lecteur, j’ai besoin d’être surpris. La lutte contre l’ennui est une vraie névrose chez moi, je suis quelqu’un qui s’ennuie très facilement. Heureusement, de ce point de vue, la vie me comble.
 
LJ : Peut-on évoquer vos références à présent ? Quelle est l’influence de la musique sur votre œuvre ?
AC : Elle est essentielle. Il y a dans mes livres de nombreux clins d’œil aux musiques que j’aime : Brigitte Fontaine, Dominique A, Autour de Lucie… D’un point de vue pratique, je fonctionne beaucoup « à l’oreille ». Quand j’étais enfant, j’avais du mal à déchiffrer les partitions, mais j’avais une bonne oreille musicale. Je travaille mon écriture comme de la musique : je lis à haute voix mes textes, en veillant aux sonorités, au rythme…
 
LJ : Et vos influences littéraires ?
AC : En ce moment Sarah Kane, Sarah Kane et encore Sarah Kane ! Et une bonne partie du théâtre contemporain anglais : Edward Bond, Martin Crimp… Il y a chez Sarah Kane une crudité de parole très adolescente. Comme les ados, c’était quelqu’un de très entier, qui ne transigeait pas sur ses désirs de vie. Elle s’est d’ailleurs suicidée à l’âge de 29 ans. Je lui rends hommage dans Richard Taylor en lui donnant la parole. Son écriture est très minimaliste, syncopée. Pour ne pas la singer, j’ai pris le parti inverse. Elle s’exprime chez moi en une seule et très longue phrase.
 
LJ : Pourquoi l’adolescence vous inspire-t-elle tant ?
AC : Je n’ai pas aimé cette période de ma vie. Je me sentais en pleine mue, sans peau, vulnérable… Mais l’adolescence, c’est aussi le moment où on découvre la vie, où on se découvre soi-même, où on s’ouvre aux autres. C’est une période paradoxale et dense. Enfin je crois que j’ai gardé en moi une part d’adolescent, idéaliste, qui ne transige pas et ne se résigne pas, c’est mon côté Antigone ! On m’a reproché d’écrire des choses noires. Ce n’est pas de la complaisance, c’est au contraire un acte de résistance, la preuve que je suis en vie. J’ai écrit Richard Taylor pour exorciser les moments de tunnel passés, éviter et surmonter ceux qui pourraient m’arriver. La littérature a un énorme pouvoir libérateur.
 
LJ : Pourquoi vos personnages sont-ils toujours sur le départ ?
AC : Ils font ce que je fais toute la journée. Quand je lis, quand j’écris ou que je vais au cinéma, je m’évade, je vis une autre vie. On en revient toujours à l’ennui… Que le départ soit fantasmé ou réel, qu’il soit littéraire ou amoureux, il a pour objet de chercher l’autre pour ne plus être seul, tristement seul. L’écriture contribue aussi à découvrir notre part manquante, ces zones d’ombre qui nous échappent. Certains les cherchent dans la psychanalyse, d’autres dans la religion, l’amour ou la musique, moi c’est l’écriture. « Pour écrire, il faut deux secrets. Dont un qu’on ne connaît pas », dit Vincent dans Sweet home. C’est le deuxième qui m’intéresse, l’acte manqué. Certaines phrases ont surgi sous ma plume et elles m’ont étonné. L’écriture sait beaucoup de choses sur nous que nous ignorons.
 
LJ : Pour conclure, peut-on aborder l’une de vos collaborations artistiques, le travail mené avec Eric Caravaca sur Le passager, l’adaptation de La route de Midland ?
AC : Eric Caravaca souhaitait réaliser un film depuis longtemps. Il m’a contacté, car il avait aimé mes premiers romans. Nous nous sommes découvert de nombreuses affinités, des mythologies intimes communes, des épisodes de vie miroirs… Nous avons écrit le scénario ensemble, nous sommes partis en repérage, c’était la première fois que je travaillais à deux. Un pur bonheur, même si c’était un casse-tête d’adapter La route de Midland, qui est moins cinématographique qu’il n’y paraît. Comme il était impossible et assez vain de reproduire le décor et l’atmosphère de Bagdad café, nous avons transposé le roman en France, dans une ville de bord de mer, en plein hiver. Rien à voir avec l’original donc, mais elle rappelle étrangement Bénerville, la petite ville normande où j’ai ma maison… Au final, le scénario prend ses distances par rapport au roman, mais cela ne me dérange pas. Ce qui m’intéressait alors, c’était de comprendre pourquoi Eric avait choisi de l’adapter et comment il se l’était approprié.
 
LJ : Avez-vous aimé écrire ce scénario, voir le film ?
AC : Oui, vraiment. Même si c’est très ingrat d’écrire un scénario : les dialogues mis à part, cela s’apparente plutôt à une fiche technique ! Ce qui est passionnant en revanche, c’est de partager ça avec quelqu’un, et puis d’adapter les dialogues pour qu’ils sonnent vrai. Tous les soirs, nous les lisions à haute voix pour nous en assurer. Depuis cette expérience, je traque dans mes romans tout ce qui s’apparente à une didascalie : il se lève, il prend son manteau, etc. Autant de platitudes en moins ! En revanche, voir pour la première fois mes personnages incarnés et entendre mon texte a été très violent sur le plan émotionnel. J’éprouvais pour les comédiens un mélange de reconnaissance et de trouble. J’ai ressenti la même chose avec l’adaptation de Sweet home au théâtre à la Comédie de Reims en décembre 2006.
 
LJ : Quels sont vos projets ?
AC : Ecrire un livre-CD à quatre mains avec mon ami Florent Marchet et adapter Sweet home au cinéma avec Christophe Chiesa. L’écriture du scénario est achevée, il ne nous reste plus qu’à trouver un producteur. J’aimerais le réaliser avec lui. Quant à l’écriture d’une pièce de théâtre, je ne me sens pas encore prêt. Je me sens trop écrasé encore par le théâtre contemporain anglais.
Propos recueillis par Hélène Sagnet, directrice de Lecture Jeunesse et de la rédaction de Lecture Jeune, et Anne Lanchon, rédactrice en chef de Lecture Jeune, initialement paru dans le n°123 de Lecture Jeune, « Arnaud Cathrine » (septembre 2007).
Publications
Littérature
  • Les Yeux secs, Verticales, 1998
  • L’Invention du père, Verticales, 1999.
  • La Route de Midland, Verticales, 2001.
  • Les Vies de Luka, Verticales, 2002.
  • Exercices de deuil, Verticales, 2004.
  • Sweet Home, Verticales, 2005.
  • La Disparition de Richard Taylor, Verticales, 2007.
  • Les Histoires de frères, Les éditions du chemin de fer, 2007.
  • Frère Animal, livre musical avec Florent Marchet, Verticales, 2008.
  • Le Journal intime de Benjamin Lorca, Paris, Verticales, 2010.
  • Nos vies romancées, Paris, Stock, 2011.
  • Je ne retrouve personne, Paris, Verticales, 2013.
Littérature jeunesse
  • Mon démon s’appelle Martin, L’École des loisirs, « Médium », 2000.
  • Je suis un garçon, L’École des loisirs, « Neuf », 2001.
  • Vendredi 13 chez tante Jeanne, L’École des loisirs, « Médium », 2001.
  • Les Choses impossibles, L’École des loisirs, « Médium », 2002.
  • Faits d’hiver, L’École des loisirs, « Médium », 2004.
  • Pas de printemps pour Charlie, nouvelle in recueil La cinquième saison, L’École des loisirs, « Médium », 2006.
  • Je suis la honte de la famille, L’École des loisirs, « Neuf », 2006.
  • Nous ne grandirons pas ensemble, L’École des loisirs, « Neuf », 2006.
  • La Vie peut-être, L’École des loisirs, « Médium », 2006.
  • Edvard Munch – L’enfant terrible de la peinture, L’École des loisirs, « Belles vies », 2007.
  • Moi je, L’École des loisirs, « Médium », 2008.
  • Coquillette la Mauviette, Livre disque avec Florent Marchet, 2012.
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References   [ + ]

1. Verticales, 1998.
2. Gallimard, 1992.
3. L’école des loisirs, « Médium, 2000.
4. Verticales, 2001.
5. Verticales, 1999.
6. William Faulkner, Folio, 1991.
7. Verticales, 2007
8. Verticales, 2005.
9. L’Olivier, 2004.
10, 11. L’Ecole des loisirs, « Neuf », 2006.
12. Edvard Munch, L’Ecole des loisirs, « Belles Vies »,2007.
13. Percy Adlon.
14. Thomas Vinterberg.
15. Jonas Mekas.
16. Julie Lopes-Curval.
17. Pascale Ferran.
18. L’Ecole des loisirs, « Medium », 2004.

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