Regards d’éditeurs : rencontre avec… Eva Grynszpan (Nathan)

entretiens_icon

 » La tendance est au réalisme contemporain »…

Sonia de Leusse-Le Guillou : Eva Grynszpan, pouvez-vous nous brosser les grandes lignes de votre parcours professionnel ?
Eva Grynszpan : Je crois faire partie des rares personnes qui ont toujours voulu être éditrices, alors que depuis le lycée, je n’ai cessé de rencontrer des éditeurs qui m’expliquaient qu’ils étaient là par hasard ! On m’avait conseillé de faire une école de commerce pour avoir un regard plus polyvalent, j’ai donc fait l’Essec (il y a une vingtaine d’années maintenant !), et comme le milieu est assez petit, j’ai eu du mal à entrer dans l’édition tout de suite. Après avoir travaillé dans le secteur du multimédia et d’internet, j’ai décidé de reprendre une licence de lettres et de faire des stages, car c’est un métier qui privilégie le savoir-faire. Je suis passée chez Hachette en stages, puis 2 ans chez Nathan technique, et enfin, j’ai rejoint le secteur de la jeunesse (+ de 8 ans), où je suis depuis 10 ans.
 
SLG : Comment s’organise Nathan jeunesse par rapport aux publications scolaires, souvent les mieux identifiées ?
EG : Nathan est un des leaders de l’édition scolaire, qui a fait sa renommée, mais il ne faut pas oublier que les publications jeunesse existent également depuis très longtemps. Pour vous donner un exemple, la collection des Contes et légendes, dont je suis responsable, appartient bien au département jeunesse et va fêter ses 100 ans ! De même,  L’œil du Loup(1)Daniel Pennac, L’œil du Loup, Nathan, publié pour la première fois en 1984. ne date pas d’hier… bien souvent, le grand public ne connait pas l’éditeur, contrairement aux professionnels qui y accordent de l’attention. Pourtant, si Nathan semble moins identifié pour ses fictions, c’est la maison d’édition la plus connue. Elle a en effet une très forte notoriété, supérieure même à celle de Gallimard. Ensuite, il y a eu « Nathan les jeux intelligents », slogan qui a contribué à la diffusion de la marque – que nous ne possédons plus aujourd’hui. Même si nous travaillons ensemble, le département jeunesse est divisé en en 2 pôles depuis 5 ou 6 ans, avec d’un côté, les 0-7 ans, de l’autre, les plus de 8 ans, dirigé par Céline Charvet. Le grand changement a été le lancement de titres pour un lectorat de grands adolescents et de jeunes adultes.
 
SLG : A quelle tranche d’âge faites-vous référence ?
EG : Disons que je parle des plus de 14 ans, à partir de la fin du collège ou du début du lycée, mais il est toujours très difficile de cerner ce lectorat. Les anglo-saxons sont leaders sur les terminologies : les termes « jeunes adultes » ne sonnent pas de la même façon en France où ils font davantage penser aux 18-20 ans, aux adultes bien plus qu’aux adolescents. Les grands ados se situeraient en dessous de cette frontière-là. Or le terme young adult regroupe un peu toutes ces tranches d’âge. Quant aux Américains, ils sectionnent vraiment le marché avec d’abord la catégorie middle grade puis les young adults.
 
SLG : Pourquoi avoir voulu cibler ce lectorat ?
EG : La sortie de Comment je suis devenue célèbre malgré moi(2)Robin Benway, Comment je suis devenue célèbre malgré moi, Nathan, Grand Format, 2009. a marqué le début de cet élargissement. Nous avions une présence auprès des prescripteurs et une légitimité auprès des enseignants. Nous nous sommes rendu compte qu’un basculement consacrait le grand format. Or Nathan est tourné vers les tendances et l’évolution de la société : manifestement, le marché évoluait pour les plus âgés. Nous avons donc publié cette traduction d’un roman américain, une comédie romantique qui porte les germes de ce que nous éditons chez Nathan, c’est-à-dire un texte dynamique, enlevé, avec une voix et un ton – en d’autres termes, un livre qui fait entendre un auteur. Après ce titre, nous avions toute crédibilité pour continuer à nous adresser à de grands adolescents et à de jeunes adultes. Lorsque nous avons augmenté le rythme de publication, nous avons voulu créer un nom de collection. Blast n’a cependant pas duré car nos livres se sont imposés facilement sous la marque Nathan qui, pour se lancer, couplait le sérieux au divertissement.
Eva_Grynszpan

Eva Grynszpan

Après plusieurs années dans l’édition multimédia et scolaire, Eva Grynszpan travaille depuis dix ans chez Nathan Jeunesse. Responsable d’édition de la Fiction des plus de 8 ans, elle a contribué au développement de la littérature jeunesse et jeunes adultes, où sont publiés des auteurs étrangers comme des auteurs français.

Retrouvez tous les entretiens

        Celebre_Robin Benway  

quote-02-02-02J’ai appris comment raconter des histoires en écrivant mais, au fond de moi, je suis une conteuse.

   
SLG : Vous n’identifiez pas vos livres comme « jeunes adultes ». Ce segment correspond-il pour vous à un lectorat ou vous semble-t-il artificiel ?
EG : Loin d’être un segment étroit, il se révèle bien périlleux à cerner. Doit-on spécifier les âges sur les couvertures ? Ils n’apparaissent plus sur les grands formats aujourd’hui, destinés aux adolescents qui préfèrent ne pas être cantonnés à des cases, mais figurent encore en poche. Le marché « jeune adulte » ne me semble pas être une niche. Au contraire, certains livres commencent à avoir une aura autour d’eux, comme Nos étoiles contraires(3)John Green, Nos étoiles contraires, Nathan, Grand Format, 2013., par exemple. Je vois ce secteur comme une chance pour des romans qui trouvent justement un écho en dehors de la sphère jeunesse. Petit à petit, la littérature jeunesse sort de l’ombre. Les adultes se rendent compte qu’elle peut leur parler et que le jeune adulte, en fin de compte, est tout lecteur, l’adolescent comme l’adulte.
 
SLG : Pour vous, ce sont donc des livres « cross-over », pour toutes les générations confondues.
EG : Tout à fait. Ce qui va les séparer de la littérature générale, c’est l’esprit. Claude Simon ne sera jamais classé en « jeune adulte », James Joyce non plus. Nous voulons juste que les adultes se rendent compte que les romans young adults représentent une littérature de plus en plus transgenre, avec une touche de magie, d’uchronie, qui peut intéresser un très grand nombre de lecteurs. A l’inverse, elle abrite aussi une littérature de genre ou populaire, qu’elle réhabilite. En France, l’utilisation du terme de dystopie pour désigner de façon plus noble de la science-fiction illustre très bien la nécessité de sacraliser la littérature. Or, peu à peu, la littérature de genre gagne une forme de légitimité.
 
SLG : Quels liens entretenez-vous avec vos lecteurs ?
EG : La communication se fait désormais beaucoup par internet, aussi avons-nous une idée de leurs profils : des blogueurs entrent en contact avec nous ; une nouvelle sphère de communication existe désormais. Lire en live est notre lieu privilégié d’échanges avec les lecteurs. Il est volontairement différencié du site de Nathan sur lequel la navigation est plus compliquée. Cette génération de lecteurs n’est pas dupe du marketing. On ne pense plus la communication avec elle comme on la pratiquait auparavant, lorsqu’il n’y avait que les prescripteurs directement en lien avec le public. Parmi ces blogueurs, certains ont un statut VIP pour l’équipe marketing et communication qui leur envoie des textes en avant-première. Ils sont libres de les critiquer, et loin d’être manipulables ! Nous savons qu’ils représentent une forme d’expertise aujourd’hui, et qu’ils sont à ménager et à traiter avec attention.
 
SLG : Vos fictions ne cadreraient pas avec une seule collection. Comment pourriez-vous présenter votre ligne éditoriale ?
EG : Nous sommes généralistes mais avec des axes, qui, pour les jeunes adultes, sont le thriller et l’action, la comédie ou la romance, genre moins évident car nous essayons d’éviter la terminologie « fille ». En règle générale, nous travaillons beaucoup à ne pas tomber dans les clichés : nous ne voulons éditer ni de la comédie romantique que l’on pourrait résumer par « je fais du shopping et je me suis cassé un ongle » ni des textes dramatiques comme « mon père a le cancer, ma mère est leucémique et moi-même je ne me sens pas très bien » ! Nous nous situons donc entre les deux et avons coutume de dire que nous marchons sur deux jambes, celle du plaisir de la lecture et du divertissement et celle de la pédagogie, pour ouvrir les enfants au monde, à la culture et à eux-mêmes.
 
SLG : Comment définiriez-vous un texte destiné à un jeune adulte ?
EG : C’est une question délicate car il s’agit moins d’une limite d’âge que d’un regard. J’utiliserais une notion à laquelle je tiens beaucoup, la résilience. En tant qu’éditeurs, nous apportons dans nos livres la capacité de surmonter les traumatismes. Je mourrai pas gibier(4)Guillaume Guéraud, Je ne mourrai pas gibier, Editions du Rouergue, « DoAdo Noir », 2006. de Guillaume Guéraud, par exemple, est un texte formidable mais nous ne l’aurions jamais publié. Pour nous, il ne correspond pas à un titre de littérature jeunesse. Cela ne signifie pas pour autant que nous devons taire la mort ou la maladie, Nos étoiles contraires en témoigne.
 
SLG: Pour certains éditeurs, des éléments stylistiques ou thématiques déterminent le positionnement d’un livre en littérature pour adolescents ou pour jeunes adultes. Avez-vous de tels critères préétablis ?
EG : Nous aimons les auteurs que nous publions pour leur style et souhaitons que leur personnalité s’exprime. C’est la raison pour laquelle nous n’imposons ni temps ni voix narrative : par exemple, l’un de nos prochains livres met en scène un petit groupe d’amis qui communique exclusivement sur les réseaux sociaux, par lettres ou par mails. Nous sommes là pour montrer au lecteur toutes les possibilités de la langue française ; la variété est la bienvenue. En revanche, les récits de notre collection qui s’adresse à de plus jeunes collégiens, doivent  être à la première personne. À part cette exception, le choix est très ouvert. Cela n’empêche pas que de nombreuses questions se posent, comme celle de l’usage des insultes, par exemple. Il faut à la fois qu’il corresponde à du langage oral sans pour autant les multiplier à chaque page.
  Etoiles contraires_John Green




logo lire en live

 quote-02-02-02Aujourd’hui, quand quelqu’un me demande à quoi ressemble mon monde, je peux lui dire de regarder à travers le miroir.

   
SLG : Quels sont vos titres phares cette année ?
EG : Nos étoiles contraires, de John Green, vit en ce moment une aventure incroyable. Il fait partie des 3 meilleures ventes des grands formats jeunesse (et pas seulement pour les adolescents) avec plus de 70 000 exemplaires vendus, sachant que le livre a déjà plus d’un an d’existence. Nous suivions cet auteur depuis longtemps et attendions avec impatience un autre roman, après Le théorème des Katherine(5)John Green, Le théorème des Katherine, Nathan, Grand Format, 2012., plus humoristique et très éloigné de son dernier titre. S’il avait une faible notoriété en France malgré ses publications, sa renommée aux États-Unis en fait une vraie star. La façon dont les jeunes adultes perçoivent les écrivains est en train de changer en France. Le regard qu’ils portent sur l’écriture évolue : l’image de l’écrivain comme un homme, plutôt vieux, voire franchement mort et… avec une perruque tend à disparaître !
 
SLG : Divergente est également le grand succès 2014…
EG : Effectivement, le livre est au top des ventes ado/adulte. Le titre marchait déjà bien. Avec le film, les chiffres ont explosé autour de 100 000 exemplaires. C’est un phénomène courant, quelle que soit la qualité du film. La publicité autour est telle que les ventes se multiplient. Je voudrais souligner qu’on peut recenser 3 titres pour jeunes adultes parmi les 15 meilleures ventes, tous livres confondus. C’est un phénomène nouveau. Et, cerise sur le gâteau, ils ont été publiés par Nathan ! Les deux premiers tomes de Divergente(6)Veronica Roth, Divergente, Nathan, Grand Format, 2013. sont n°1 et 2 de ce palmarès.
 
SLG : Quelle est la place de Réseaux(7)Vincent Villeminot, Réseaux, Nathan, Grand Format, 2013., de Vincent Villeminot, dans votre catalogue ? 
EG : Une telle série est plus exigeante en termes de complexité narrative et de maturité. Elle s’adresse à la tranche d’âge la plus haute que nous visons, celle des jeunes adultes. Elle a une portée large, politique, un regard sur la réalité et le virtuel, sur le trafic d’informations, les réseaux, la façon dont on peut rassembler les gens pour créer ou semer le chaos. Villeminot, dont nous souhaitons développer l’œuvre, fait partie de notre écurie d’auteurs français avec qui nous avons commencé à travailler. Nous avons déjà envisagé deux projets très différents des précédents avec lui l’année prochaine. Il s’était fait connaître avec le thriller fantastique Instinct(8)Vincent Villeminot, Instinct, Nathan, Grand Format, 2011., qui parle de la violence qu’on a en soi et offre une belle métaphore de la transformation adolescente. Si je devais le présenter en une phrase, je dirais que c’est le meilleur du thriller anglo-saxon par son rythme avec une psychologie à la française. Cela traduit bien ce que Nathan veut et peut offrir.
 
SLG : Quelle est votre politique éditoriale en ce qui concerne les traductions ?
EG : Cette ligne a également évolué. Auparavant, il y a encore une dizaine d’années, outre quelques exceptions italiennes et espagnoles, le marché était essentiellement anglo-saxon. Grâce à Harry Potter(9)J.K Rowling, Harry Potter est une saga composée de 7 tomes, écrite entre 1997 et 2007,  et publiée en France par Gallimard et Folio Junior., Eragon(10)Christopher Paolini, Eragon est le premier tome d’un cycle nommé l’Héritage, qui a été publié en France par Bayard Jeunesse. etc. C’est la fantasy qui marchait, puis Twilight(11)Stephenie Meyer, Twilight, saga de 4 tomes publiés par Hachette, collection Black Moon, entre 2005 et 2008. a ciblé un public plus âgé et contribué à développer la romance. Les Américains ont de l’avance sur la France, et un regard sur l’enfance et la littérature très différent du nôtre, qui a tendance à sacraliser la littérature blanche. Or chez Nathan, nous défendons la littérature avec un grand L qui existe aussi en jeunesse ! Ma scolarité bilingue m’a permis de mesurer à quel point la production jeunesse anglo-saxonne était prolifique et son art du storytelling développé, alors que les romans français étaient plutôt des « romans-miroir ». Aujourd’hui, le catalogue comprend environ 40% d’auteurs français, dont certains sont imprégnés de littérature anglo-saxonne mais ajoutent leur touche française. Je n’ai, bien sûr, rien contre les traductions mais nous souhaitons proposer ce que les Anglais ou les Américains ne savent pas faire. Et même si les adolescents sont habitués à ce qu’on leur parle de collèges et de lycées où il y a des casiers et des pompom girls, je pense qu’ils apprécient quand ils peuvent reconnaître leur environnement dans le livre. Et, les valeurs transmises dans les livres diffèrent fortement.
 
SLG : Qu’entendez-vous par « valeurs » ? En quoi vous semblent-elles différentes ? 
EG : Chez les Américains, je citerais la religion et la façon de concevoir la sexualité, comme principaux sujets de désaccord. Leur puritanisme est très évident. Le cas de Twilight, en témoigne, avec son auteur mormon. Si je caricaturais, je dirais que c’est un livre qui parle que de sexe sans jamais le faire mais qui donne une image tragique de la sexualité et de la maternité. Ce genre de thème peut vraiment définir des choix de maison et diviser les éditeurs. Nos personnages peuvent avoir des relations sexuelles, ce qui n’est pas le cas pour la même tranche d’âge chez les Américains. Or, les vampires sont des créatures avec qui tout rapport charnel est dangereux. On comprend, du coup, le succès et la profusion de telles fictions !
 
SLG : Vous évoquiez aussi la place de la religion.
EG : Les Américains ont le sens du sacrifice : à la fin de nombreux récits, le personnage se sacrifie, ce que je ne remets pas forcement en cause. Il y a beaucoup d’images christiques ou d’un peuple élu. Admettons, mais le discours, en revanche, est plus dérangeant, puisqu’il présuppose qu’il faut croire en Dieu. Or, la France est un pays laïc. Nos choix éditoriaux reflètent cet ancrage. Nous acceptons des livres qui traitent de religion – nous en avons même publié un sur la Bible – mais sans prosélytisme.
 
SLG : Y a-t-il d’autres sujets délicats qui vous font, dans certains cas,  préférer les auteurs français ?
EG : Nous n’achetons jamais de romans historiques à l’étranger. Le regard extérieur sur l’Histoire et sur sa propre culture est intéressant mais souvent assez caricatural quand il est vu par d’autres. Enfin, me posent également problème certaines mises en scène de l’homosexualité dans la fiction. Je pense qu’il est bénéfique de voir de plus en plus de personnages homosexuels dans les romans pour les banaliser. Ce qu’à l’inverse, « le meilleur-ami-un-peu-fofolle » de l’héroïne, tend à caricaturer. La situation narrative la plus intéressante est précisément quand l’un des personnages principaux est homosexuel sans que cela ne soit le sujet du livre mais un des éléments de caractérisation d’un des personnages.
 
SLG : De Divergente à Nos étoiles contraires, en passant par Réseaux, la diversité de genres et de styles de votre catalogue est évidente. Y a-t-il une veine que vous souhaitez étendre davantage à l’avenir ?
EG : Le panorama qui existe aujourd’hui correspond à celui que nous voulions développer. Nous ne favoriserons pas un genre plutôt qu’un autre mais resterons généralistes parce que c’est ce qui nous caractérise. Nous n’avons jamais publié de récit paranormal mais s’il nous en arrivait un qui sort de l’ordinaire, nous l’éditerions. Le roman historique rencontre peu de succès sur cette tranche d’âge. Nous n’allons donc pas au casse-pipe. En revanche, si un texte très fort nous touchait, nous le soutiendrions. La stratégie cohabite avec les coups de cœur, et quoi qu’il arrive, nous continuerons  toujours à les prendre en compte. Pour vous répondre, donc, nous continuerons à proposer un peu de fantasy, des thrillers, des romances, des comédies et du roman contemporain dans la lignée de John Green, tout en soutenant les auteurs français. Nous avons également remarqué que le marché pour les 8-10 ans évoluait avec de plus en plus de publications en grand format. Nous avons envie de renouer avec ce type de publications que nous faisions il y a quelques années. Le New Adult, en revanche, du roman érotique qui ne dit pas son nom, est le segment qui nous est vraiment étranger et sur lequel nous n’irons pas – ce qui ne nous empêche pas de parler de sexualité.
 
SLG : Quelles tendances avez-vous senties à la foire de Bologne, cette année ? Confirmez-vous le retour du roman réaliste ?
EG : Oui, la tendance est au réalisme contemporain. C’est assez amusant, car avec Hunger Games(12)Suzanne Collins, Hunger Games, Pocket Jeunesse, PKJ, trilogie publiée entre 2009 et 2011., a surgi une grande période dystopique ; tout le monde a suivi le mouvement. Mais curieusement, contrairement aux États-Unis, la dystopie n’a pas fait autant d’émules et a laissé la place à un vide de quelques années. Pendant deux ou trois ans, les éditeurs se sont interrogés sur ce qu’ils allaient publier. Désormais, avec des auteurs comme John Green, le roman réaliste contemporain reprend le devant de la scène. Parallèlement, la profusion de textes autour de personnages d’ados malades a presque donné la nausée aux éditeurs, à tel point qu’à Bologne, la rumeur a commencé à parler d’une vague de sick-lit qui envahissait le marché ! Contrairement aux Américains, qui se sont mis à chercher des romans réalistes pour les vendre, la France a toujours eu cette culture du roman-miroir et s’est trouvée, du coup, moins démunie face à ce nouvel engouement. Pour résumer, je dirais que la tendance était au suicide à Bologne. Or, jusqu’à présent, il s’agissait de tentatives. Désormais, il y a passage à l’acte. Les auteurs français n’ont cependant pas attendu cet effet de mode pour aborder le sujet. Et nous avons tous en mémoire les propos ou articles qui se demandent pourquoi la littérature ado est aussi noire(13)Marion Faure, « Un âge vraiment pas tendre : mal-être, suicide, maladie, viol… Pourquoi les livres destinés aux adolescents sont-ils si noirs ? », Le Monde des livres, 30 novembre 2007 « spécial Montreuil 2007 ».. Voilà de quoi alimenter à nouveau Le Monde des livres ! Et face à cette mouvance, on trouve les romans pour 8-10 ans, plutôt drôles et fantasques.
Theoreme des Katherine_John Green




  Divergente_Veronica Roth


















Reseaux_Vincent Villeminot
Propos recueillis et mis en forme par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse et de la rédaction de Lecture Jeune. Article paru dans une version courte dans le n°150 de Lecture Jeune, « Focus sur la littérature ado ».

References   [ + ]

1. Daniel Pennac, L’œil du Loup, Nathan, publié pour la première fois en 1984.
2. Robin Benway, Comment je suis devenue célèbre malgré moi, Nathan, Grand Format, 2009.
3. John Green, Nos étoiles contraires, Nathan, Grand Format, 2013.
4. Guillaume Guéraud, Je ne mourrai pas gibier, Editions du Rouergue, « DoAdo Noir », 2006.
5. John Green, Le théorème des Katherine, Nathan, Grand Format, 2012.
6. Veronica Roth, Divergente, Nathan, Grand Format, 2013.
7. Vincent Villeminot, Réseaux, Nathan, Grand Format, 2013.
8. Vincent Villeminot, Instinct, Nathan, Grand Format, 2011.
9. J.K Rowling, Harry Potter est une saga composée de 7 tomes, écrite entre 1997 et 2007,  et publiée en France par Gallimard et Folio Junior.
10. Christopher Paolini, Eragon est le premier tome d’un cycle nommé l’Héritage, qui a été publié en France par Bayard Jeunesse.
11. Stephenie Meyer, Twilight, saga de 4 tomes publiés par Hachette, collection Black Moon, entre 2005 et 2008.
12. Suzanne Collins, Hunger Games, Pocket Jeunesse, PKJ, trilogie publiée entre 2009 et 2011.
13. Marion Faure, « Un âge vraiment pas tendre : mal-être, suicide, maladie, viol… Pourquoi les livres destinés aux adolescents sont-ils si noirs ? », Le Monde des livres, 30 novembre 2007 « spécial Montreuil 2007 ».

This site is protected by wp-copyrightpro.com