Rencontre avec… Harlan Coben

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Harlan Coben, auteur prolixe de thrillers, a publié en septembre dernier A découvert, destiné d’une part à son lectorat habituel mais également, par le biais d’une parution chez Pocket Jeunesse, à un lectorat d’adolescents et de jeunes adultes. A l’occasion de cette double publication, Lecture Jeunesse l’a rencontré.

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Lecture Jeune : Harlan Coben, vous avez été découvert en France avec la publication de Ne le dis à personne en 2002. Depuis, chacun de vos nombreux livres a rencontré un grand succès et on vous qualifie même de « maître des nuits blanches ». Avez-vous une méthode d’écriture particulière pour parvenir à happer votre public ?
Harlan Coben : En général, je connais le début et la fin d’une histoire mais je dispose de peu d’éléments entre les deux. C’est un peu comme si j’envisageais de faire un voyage du New Jersey en Californie, sans savoir par où j’allais passer. Je peux soit prendre la route directe, soit faire un détour par le canal de Suez ou même par Tokyo. Ensuite, j’écris les chapitres les uns après les autres, mais pas de façon linéaire. Je rédige le début, puis je le reprends le lendemain et poursuis le passage de la veille, et ainsi de suite. Toutes les soixante-dix pages environ, je relis l’ensemble pour m’assurer de sa cohérence et couper ce qui me paraît superflu.
 
LJ : Pourquoi avoir choisi pour la première fois d’écrire pour la jeunesse ?
HC : Je me suis tourné vers ce lectorat pour différentes raisons. Tout d’abord, ayant moi-même quatre enfants de onze à dix-huit ans, je souhaitais publier un livre qui leur soit adressé. Ensuite, je me suis aperçu que lorsqu’on parlait de la littérature pour jeunes adultes, les histoires les plus plébiscitées comme Harry Potter, Twilight ou Hunger Games étaient essentiellement des récits de dystopie, peuplés de magiciens ou de vampires qui renvoyaient à une réalité alternative. De fait, il n’y avait quasiment pas de livres pour cette tranche d’âge dans mon domaine, à savoir des thrillers en série avec une intrigue forte et très structurée. La troisième raison repose sur l’introduction de Mickey Bolitar, le neveu de Myron(1)Myron Bolitar est un personnage récurrent de Harlan Coben qu’on découvre dans Rupture de contrat (Fleuve Noir, 2003) et qu’on retrouve ensuite dans Balle de Match (2004), Faux Rebond (2005), Du Sang sur le green (2006), Temps mort (2007), Promets-moi (Belfond, 2007), Mauvaise Base (Fleuve Noir, 2008), Peur noire (Fleuve Noir, 2009), Sans laisser d’adresse (Belfond, 2010) et Sous haute tension (Belfond, 2012)., dans la dernière aventure de mon héros, Sous haute tension. A l’arrivée de ce nouveau personnage, j’ai eu envie de l’explorer davantage car j’avais le sentiment qu’il avait beaucoup à dire. Enfin, je souhaitais que les lecteurs adultes et jeunes adultes puissent partager leur lecture. Lors de signatures, j’ai ainsi eu l’occasion de rencontrer des parents avec leurs enfants, parfois même trois générations réunies. Je trouve cela très fort.
 
LJ : Comment vont désormais s’équilibrer les livres entre les aventures de Mickey et celles de Myron ?
HC : Aujourd’hui, je ne sais pas encore comment Mickey et Myron vont évoluer. Certes, il y a des similarités entre eux, mais il s’agit quand même de deux personnages distincts qui, pour l’instant, évoluent chacun dans une sphère différente. Mickey Bolitar présente certaines similitudes avec Myron, mais il s’en démarque également. Tout d’abord, il est plus jeune et représente d’une certaine façon la personne qu’aurait pu devenir Myron dans d’autres circonstances – s’il n’avait pas eu une enfance heureuse, s’il ne s’était pas blessé au basket… Ce qui m’intéressait particulièrement en tant qu’auteur était d’observer comment Myron, alors qu’il est un héros pour les lecteurs, ne l’est pas du tout aux yeux de son neveu. L’empathie et la sensibilité qui rendent le personnage sympathique sont perçues par Mickey comme de la mollesse ; il le trouve trop émotif. Ce type de relation m’amusait beaucoup, aussi voulais-je la développer dans cet ouvrage. En réalité, Mickey n’aime pas beaucoup son oncle du fait de leur forte ressemblance. Mais je n’ai pas envie d’abandonner Myron. C’est toujours un peu le problème avec les séries, surtout lorsqu’on décide de laisser vieillir son personnage. Quand j’ai commencé l’histoire de Myron Bolitar, il avait 27 ans. Maintenant, il approche de la quarantaine. Je veux qu’il continue de vieillir – peut-être moins vite que moi – mais, effectivement, il arrivera sûrement un moment où il sera trop âgé. Il est possible qu’à ce moment, Mickey se substitue complètement à son oncle, mais je ne suis pas capable de projeter le personnage aussi longtemps à l’avance.
Harlan Coben Harlan Coben

Né en 1962, Harlan Coben vit dans le New Jersey avec sa femme et leurs quatre enfants. Diplômé en sciences politiques du Amherst College, il a travaillé dans l’industrie du voyage avant de se consacrer à l’écriture. Depuis ses débuts en 1995, la critique n’a cessé de l’acclamer. Il est notamment le premier auteur à avoir reçu à la fois le Edgar Award, le Shamus Award et le Anthony Award, les trois prix majeurs de la littérature à suspense aux Etats-Unis. Ses romans ont été traduits dans une quarantaine de langues. Le premier de ses livres paru en France, Ne le dis à personne – Prix du polar des lectrices de Elle en 2003 – a obtenu d’emblée un énorme succès auprès du public et de la critique.

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quote-02-02-02Il s’agissait de parvenir à me replonger dans ma propre adolescence mais également de me montrer attentif à ce que racontaient mes enfants.

LJ : Mickey va-t-il aussi vieillir ?
HC : Au début, je pensais que Mickey allait également vieillir et éventuellement suivre l’âge de son lectorat. Cependant, le premier tome de ses aventures se déroule sur trois jours et c’est le même laps de temps pour le second qui reprend l’intrigue au moment même où le premier s’était arrêté. En deux livres, à peine une semaine s’est écoulée. A ce rythme, mon personnage a le temps avant de commencer réellement à prendre de l’âge !
 
LJ : Cet ouvrage se démarque-t-il de vos habituels romans pour adultes ?
HC : Ce premier roman s’arrête sur un suspense très intense auquel le second volume apportera des réponses. Il suscitera également de nouvelles questions, alors que ce n’est pas mon habitude dans mes livres pour adultes. Par ailleurs, par de nombreux aspects, A découvert est mon roman le plus noir. Mickey contrevient aux règles en conduisant sans permis ou en falsifiant ses papiers pour entrer dans des lieux où il ne devrait pas se trouver. L’intrigue elle-même s’appuie sur des éléments sombres de notre Histoire, comme la seconde guerre mondiale et l’Holocauste. Ce roman traite de sujets plus graves que ceux que j’aborde dans mes romans adultes.
 
LJ : Comment avez-vous trouvé l’inspiration pour vous mettre dans la peau d’un adolescent ?
HC : Il s’agissait de parvenir à me replonger dans ma propre adolescence mais également de me montrer attentif à ce que racontaient mes enfants. J’ai écrit des livres avec, comme personnages principaux, des femmes, des hommes, jeunes ou vieux. Ecrire les aventures d’un jeune adolescent n’était donc pas très difficile. Mes quatre enfants ont cependant été une source d’inspiration. En passant du temps avec eux et en me mettant en retrait pour écouter leurs conversations, j’ai noté les anecdotes qu’ils racontaient et qui se sont révélées de précieux éléments. La scène de la rencontre entre Mickey et « Cuillère », par exemple, reprend une situation vécue exactement à l’identique par mon fils. Alors que la première scène du livre, celle décrivant les jeux pour fédérer un groupe à la rentrée des classes, est directement issue d’une expérience de ma fille aînée.

 quote-02-02-02Certes, créer des intrigues bien ficelées aux rebondissements palpitants est important mais il est également nécessaire de placer l’humain au centre du livre.

LJ : Le fait d’écrire pour un jeune public vous a-t-il donné l’envie de transmettre des connaissances par le biais de votre livre ?
HC : Non, ce n’est jamais ma préoccupation première. Je pense que la visée pédagogique appartient aux professeurs ou aux ouvrages documentaires. A mon sens, le travail d’un romancier ne se situe pas à ce niveau-là. Je mets avant tout l’accent sur l’histoire, sur sa qualité et son efficacité. Il peut m’arriver de transmettre une opinion ou un message dans mes livres mais seulement si ces derniers sont au service de l’histoire. Il ne s’agit pas pour autant de s’exempter d’une vision morale, d’un regard critique de la société dans laquelle nous vivons, mais l’essentiel pour moi reste avant tout l’intrigue. Je ne cherche pas à impressionner mes lecteurs ou à me placer au-dessus d’eux. Je souhaite écrire des romans divertissants, qui vont tenir le lecteur en haleine, l’empêcher de dormir, et je crois d’ailleurs que je suis le plus efficace sur ces points.
 
LJ : Vous êtes pourtant attaché à certains thèmes comme la famille, le passé, la disparition…
HC : Les écrivains ont besoin d’être catégorisés. Je suis considéré comme un auteur de livres noirs alors qu’en réalité, mes ouvrages n’exposent jamais de crime suivi d’une enquête comme le font les romans policiers traditionnels. La forte présence de la famille dans mon œuvre est certainement une des raisons pour lesquelles mes livres intéressent le public. Certes, créer des intrigues bien ficelées aux rebondissements palpitants est important mais il est également nécessaire de placer l’humain au centre du livre. Le lecteur s’attache ainsi aux personnages, vit avec émotion leurs aventures. Je pense que cela explique la fidélité de mon lectorat. S’il suit chacune de mes publications, c’est qu’il ne s’agit pas simplement de polars haletants, mais sans âme. J’aime également l’idée que le passé puisse refaire surface sans prévenir. Malgré les tentatives des personnages pour le laisser derrière eux, il trouve toujours un moyen de resurgir. Dans le cas d’une affaire criminelle classique, la mort s’impose comme une fatalité. Il ne reste plus qu’à trouver l’assassin et à cerner ses motivations.Un ressort essentiel de mes romans, la disparition, opère de façon plus complexe. C’est également un drame mais il porte avec lui une possibilité de dénouement heureux, il permet l’espoir. Or l’espoir est un sentiment extrêmement fort qui contribue à accrocher le lecteur.
Propos recueillis et mis en forme par Marieke Mille, rédactrice en chef de Lecture Jeune, en novembre 2012.
Publications
  • Ne le dis à personne, Belfond, 2002.
  • Disparu à jamais, Belfond, 2003.
  • Une chance de trop, Belfond, 2004.
  • Juste un regard, Belfond, 2005.
  • Innocent, Belfond, 2006.
  • Dans les bois, Belfond, 2008.
  • Sans un mot, Belfond, 2009.
  • Sans un adieu, Belfond, 2010.
  • Remède mortel, Belfond, 2011.
  • Faute de preuve, Belfond 2011.
  • Ne t’éloigne pas, Belfond, 2013.
Série Myron Bolitar :  
  • Rupture de contrat,Fleuve Noir, 2003.
  • Balle de match, Fleuve Noir, 2004.
  • Faux Rebond, Fleuve Noir, 2005.
  • Du sang sur le green, Fleuve Noir, 2006.
  • Promets-moi, Belfond, 2007.
  • Temps mort, Fleuve Noir, 2007.
  • Mauvaise Base, Fleuve Noir, 2008.
  • Peur noire, Fleuve Noir, 2009.
  • Sans laisser d’adresse, Belfond, 2010.
  • Sous haute tension, Belfond, 2012.
Série Mickey Bolitar :  
  • A découvert, Fleuve Noir/PKJ, 2012.

References   [ + ]

1. Myron Bolitar est un personnage récurrent de Harlan Coben qu’on découvre dans Rupture de contrat (Fleuve Noir, 2003) et qu’on retrouve ensuite dans Balle de Match (2004), Faux Rebond (2005), Du Sang sur le green (2006), Temps mort (2007), Promets-moi (Belfond, 2007), Mauvaise Base (Fleuve Noir, 2008), Peur noire (Fleuve Noir, 2009), Sans laisser d’adresse (Belfond, 2010) et Sous haute tension (Belfond, 2012).

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