Rencontre avec… Jean-Claude Dubost

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Pocket Jeunes Adultes : de la lecture (prescrite) avant toute chose

Tandis que Pocket Jeunesse célèbre son dixième anniversaire, la collection, Jeunes adultes, souffle sa première bougie. Avec ses dix-huit titres au catalogue, la collection démarre doucement. Pour Jean-Claude Dubost, son avenir repose sur la prescription.

   

Retour sur la collection Pocket Jeunes Adultes qui n’avait qu’un an en 2004, au moment de cet interview…

Lecture Jeunesse : Quel est le principe de la collection ?
Jean-Claude Dubost : Nous avons travaillé à partir des catalogues de Pocket et du Fleuve noir [NDLR : maisons qui appartiennent à Univers-Poche, du groupe Vivendi Universal Publishing]. Les textes ont été relus, non plus dans une optique adulte, mais jeune adulte, en ce demandant si les problématiques intéresseraient ces populations. Nous avons voulu miser sur des titres sûrs. La publication d’inédits, ainsi que la commande de livres calibrés pour ce créneau, ont été exclues. Choisir ces titres anciens relève d’une volonté de transmettre des textes forts, universels, qui ont déjà connu un grand succès. L’Herbe bleueAu nom de tous les miens sont des ouvrages qui ont déjà été prescrits. Nous avons beaucoup remanié les couvertures. Nous sommes également très vigilants sur la sélection des textes que nous publions pour la jeunesse. Après avoir passé nos comités de lecture, les ouvrages sont testés en classe. En cas d’ambiguïté, nous faisons appel à un psychologue. Au moindre doute, une complaisance sur le racisme ou l’anorexie par exemple, le texte est écarté.
 
L.J. : Quel public ciblez-vous, sous le terme « jeunes adultes » ? Les 18-25 ans ?
J.-C.D. : Pas forcément. Ce sont des ouvrages qui s’adressent d’abord à des adultes, mais qui peuvent être lus dès douze ou treize ans. Par exemple, La Planète des singes était initialement paru en jeunesse, or le degré de difficulté du texte l’apparentait plus à une lecture pour adultes. C’est typiquement le genre de livre qui nous intéresse pour la collection.
Celle-ci est née du constat que les douze-treize ans ne se reconnaissent plus dans la littérature jeunesse et pas encore dans celle pour adultes. Il y a aussi un type de lectorat qui se satisfait de la seule prescription scolaire et ne cherche pas ailleurs. Or, je suis persuadé que si l’on propose à quelqu’un un texte qui correspond à ses goûts, il n’y a aucune raison pour qu’il ne le lise pas. Ce n’est pas un problème éditorial, mais de communication. Pour que le principe de lecture-plaisir fonctionne, il faut connaître le livre et la personne en face de soi. Et qu’est ce qui va donner aux jeunes l’envie de lire ces livres ? La seule réponse, c’est la prescription. Cela dit, on trouve encore très peu de rayon « Jeunes adultes » en librairie, alors que le phénomène est courant en Angleterre et aux États-Unis.
 
L.J. : Quel premier bilan faites-vous ?
J.-C.D. : La collection ne démarre aujourd’hui que grâce à ces titres à succès ou par les livres qui avaient été prescrits. La meilleure vente incontestée reste Et si c’était vrai… de Marc Lévy. Des titres comme S’il faut mourir ne touchent pas un public aussi large. Tant qu’un adulte ne le conseille pas sur cette lecture, un jeune ne l’achètera pas. Le bilan est pour l’instant mitigé. Nous pensons que cette collection va s’installer doucement et nous sommes prêts à lui laisser tout le temps qu’il lui faudra. Notre objectif est de constituer un catalogue d’auteurs, de sujets, de genres aussi éclectique que possible. Notre besoin essentiel, c’est la communication.
 
L.J. : Vous comptez sur les prescripteurs pour accompagner ces livres, mais ce sont typiquement le genre d’ouvrages que les bibliothécaires ne mettent pas en avant…
J.-C.D. : Pourtant, ces textes peuvent convenir à deux types de lecteurs : les boulimiques et les faibles lecteurs. Je compte sur les spécialistes pour recommander ces livres à des personnes qui n’ont pas une démarche de lecteurs de haut niveau. Ces auteurs ont le sens du récit, ils sont intéressants et faciles à lire. Ils peuvent vraiment donner le goût de lire à ceux qui n’aiment pas ça.
 

Jean-Claude Dubost

Jean-Claude Dubost, a été le P-DG d’Univers Poche, la filiale poche d’Editis, qui comprend les cinq marques Pocket, 10/18, Fleuve noir, Pocket Jeunesse et Kurokawa, de 1999 à 2010. Il a été succédé par Marie-Christine Conchon.

 

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Pocket Jeunesse

Depuis sa création en 1994, PKJ fait découvrir aux enfants et adolescents tous les plaisirs de la lecture, quels que soient leur âge ou leurs centres d’intérêt. PKJ fait aujourd’hui partie des premiers éditeurs français en fiction jeunesse.

Site de PKJ Site de Univers Poche

quote-02-02-02La collection est née du constat que les douze-treize ans ne se reconnaissent plus dans la littérature jeunesse et pas encore dans celle pour adultes.

En bref :

Pocket Jeunes Adultes est créée en avril 2003.

Son catalogue se compose pour moitié de best-sellers, principalement des témoignages et textes du genre Fantastique. Plusieurs titres ont fait l’objet d’une adaptation cinématographique. On y retrouve des auteurs en vue, comme Christian Jacques, Nick Hornby, Anne Rice, Michael Crichton et bien sûr, Marc Lévy.

160 000 exemplaires ont déjà été vendus pour l’ensemble de la collection, dont 25 000 pour Et si c’était vrai…

Le rythme des parutions est de deux titres environ tous les deux mois. Les prochains titres à paraître sont Survivre avec les loups, de M. Defonseca, Le Juge d’Égypte, tomes 2 et 3 de C. Jacques, La Nuit des elfes, de J.-L. Fetjaine.

La stratégie commerciale de la maison : des titres sûrs et un budget de communication béton.

 
Propos recueillis par Lecture Jeunesse pour la revue Lecture Jeune n° 109 en Mars 2004

 

Pour aller plus loin   Lisez l’article Rencontre avec… Natacha Derevitsky (PKJ), réalisé par Lecture Jeunesse en 2013.
 

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