Rencontre avec Laetitia Devaux, traductrice de Melvin Burgess

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Depuis Junk (1998), tous les titres de Melvin Burgess sont traduits et publiés par Gallimard Jeunesse. Sa traductrice Laetitia Devaux lui est fidèle, excepté lorsque l’auteur s’avance du côté de la fantasy… Dans cet entretien accordé à Lecture Jeune en 2011, elle s’exprime sur la relation particulière qui se tisse entre le traducteur et une œuvre qu’il suit sur le long cours.

Lecture Jeune : Junk est un récit qui a suscité la polémique lors de sa sortie. Est-il toujours controversé  ?

Laetitia Devaux : C’est devenu un livre de fond qui continue à se vendre. Junk est aujourd’hui le livre de référence sur la drogue, un classique, après Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée(1)Traduit de l’allemand par Léa Marcou et paru au Mercure de France en 1981, puis repris par les éditions Gallimard en 1983. . L’Herbe bleue(2)L’Herbe bleue (Go Ask Alice en anglais) a été publié de façon anonyme en 1971. La traduction française de France-Marie Watkins paraît l’année suivante aux éditions Pocket. avait marqué toute une génération. Le roman de Melvin Burgess leur a succédé, et je n’ai pas l’impression qu’il ait été supplanté depuis.

LJ : En revanche, ses titres fantastiques, comme Rouge sang et De feu et de sang sont méconnus. Pourquoi

LD : C’est parce que ce sont les deux seuls titres que je n’ai pas traduits ! Je ne les appréciais pas. Avec Melvin, je suis prête à partir dans toutes les aventures : Nicholas Dane, Une idée fixe… Mais je ne pouvais vraiment pas m’attaquer à ces romans – qu’il considère paradoxalement comme ses meilleurs livres !

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LJ : Sollicitez-vous parfois Melvin Burgess pour d’éventuelles difficultés de traduction ?

LD: Non, on ne rencontre pas ce genre de difficultés chez lui. Melvin est un conteur, pas un styliste.

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D’une manière générale, la version anglaise est plus crue. Il a fallu trouver une façon de rendre le texte plus francophone, transposer le vocabulaire.

LJ : Quel regard posez-vous sur son œuvre originale ? Y a-t-il des particularités dans son écriture, des tics de langage ?

LD: C’est vraiment un écrivain de dialogue. Le traducteur peut éprouver le besoin de solliciter un auteur qui emploierait une figure de style alambiquée, une expression qui ferait perdre le fil au lecteur. Ces difficultés ne se présentent pas avec Melvin, parce qu’il est très factuel. Il n’y a pas de subtilités, de sens caché.

LJ : Vous parliez du talent de Melvin Burgess pour les dialogues : Une idée fixe en est un bon exemple

LD: Oui. Je me souviens d’ailleurs que j’avais dû édulcorer ma première traduction. D’une manière générale, la version anglaise est plus crue. Il a fallu trouver une façon de rendre le texte plus francophone, transposer le vocabulaire.

Cela me fait toujours plaisir de le retrouver. Je serais déçue de ne pas pouvoir le traduire.

LJ : On sent une évolution dans sa manière d’écrire, entre ses romans pour la jeunesse comme Le Fantôme de l’immeuble et Une promesse pour May, qui semblent très classiques dans l’écriture, et ses romans pour adolescents et jeunes adultes qui sont en prise directe avec le monde actuel, sa violence, sa rapidité dans les échanges et l’action.

LD : En effet, les titres récents sont plus concrets. Dans Nicholas Dane, Melvin Burgess veut parler d’une cause. Dans Le Visage de Sara, comme dans Lady, il se sert du fantastique pour faire passer des idées fortes susceptibles de toucher les adolescents. Le Visage de Sara est un texte important, surtout pour les adolescentes.

LJ : Lorsqu’on regarde votre parcours de traductrice, on se rend compte qu’il est l’auteur que vous suivez le plus. Que représente-t-il pour vous ?

LD : Ce doit être l’auteur dont j’ai traduit le plus de titres. Junk était ma deuxième ou troisième traduction : nous sommes « entrés en littérature » ensemble ! J’ai beaucoup de sympathie pour lui et j’apprécie son œuvre, à l’exception de quelques titres. Cela me fait toujours plaisir de le retrouver. Je serais déçue de ne pas pouvoir le traduire. J’ai d’ailleurs été furieuse que Billy Elliot m’ait échappé ! Melvin Burgess est assurément l’un de mes auteurs fétiches.

Propos recueillis par Anne Clerc, Sonia de Leusse-Le Guillou, Marianne Joly et Colette Broutin

References   [ + ]

1. Traduit de l’allemand par Léa Marcou et paru au Mercure de France en 1981, puis repris par les éditions Gallimard en 1983.
2. L’Herbe bleue (Go Ask Alice en anglais) a été publié de façon anonyme en 1971. La traduction française de France-Marie Watkins paraît l’année suivante aux éditions Pocket.