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Rencontre avec… Scott Westerfeld

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De passage en France, Scott Westerfeld a répondu aux questions de Lecture Jeunesse, sur son parcours d’écrivain, son œuvre, son adolescence, ses lecteurs… Et son amour pour la gastronomie !

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Lecture Jeunesse : Comment êtes-vous devenu auteur ?
Scott Westerfeld : Je viens d’une famille très patriarcale, au Texas. Mes grands-parents, mes parents, avaient beaucoup de frères et sœurs. Donc, quand on faisait des réunions familiales, plusieurs fois par an, il y a avait beaucoup de monde, des gens de générations très différentes. Et malgré toute cette diversité, il y avait toujours des moments où tout le monde se réunissait et les plus « âgés » de la famille racontaient des histoires. Il y avait une espèce de mise en scène  des mots et de la narration ; c’est de là que me vient cette passion des histoires.
 
LJ : Quand vous créez des personnages adolescents, est-ce que vous vous inspirez de l’adulte que vous êtes aujourd’hui, de l’adolescent que vous étiez hier, ou un peu des deux ?
SW : L’adolescence a été pour moi un moment très marquant, très fort. C’est un moment où l’on découvre qui on est et qui on va être. Donc, je pense beaucoup à l’adolescent que j’ai été et j’écris des choses qui, me semble-t-il, auraient plu – si j’avais une machine à remonter dans le temps – à l’adolescent que j’étais.
 
LJ : Vous avez commencé comme auteur de SF, avec des romans qui n’étaient pas au départ destinés à un public jeunesse. Est-ce que vous avez modifié votre écriture en fonction de votre lectorat ? En quoi ?
SW: Les jeunes adultes lisent de manière beaucoup plus ouverte. Ils se posent moins de questions par rapport à des sous-genres, à des catégories très précises. Écrire pour des jeunes adultes permet également d’explorer davantage. Il y a donc une énergie plus grande dans mon écriture, qui vient de cette nécessité d’être très direct, de toucher plus rapidement les lecteurs.
 
LJ : Les parasites dans V-Virus, la musique dans A-Apocalypse, les mathématiques dans Midnighters, les innovations écologiques et les manipulations génétiques dans Uglies, l’Histoire dans Léviathan… Vous vous documentez toujours sur un nouveau sujet et vous enseignez beaucoup aux lecteurs. Comment choisissez-vous vos sujets et est-il important pour vous d’instruire ?
SW : Je suis ce qu’on appelle un « geek ». Donc, quand je m’intéresse à quelque-chose, j’ai tendance à beaucoup en parler à toute personne qui veut bien écouter. Plutôt que d’apprendre des choses sur tel ou tel sujet, je cherche surtout à éveiller la curiosité, à convaincre les jeunes lecteurs que le monde est plein de choses passionnantes et intéressantes. Et par rapport au choix des sujets, ce sont effectivement des choix très personnels.
 
LJ : Dans vos romans, quand vous présentez des mondes alternatifs (que ce soit dans le passé, le futur ou le présent), par le biais d’utopies, d’uchronies, de distopies ou de romans catastrophes, est-ce que c’est pour mieux vous éloigner de la réalité ou au contraire pour mieux en parler, l’expliquer à vos lecteurs ?
SW : C’est une question de goût personnel. Qu’il s’agisse de vampires ou d’histoires alternatives comme dans Léviathan, j’aime les récits qui comportent ce type d’éléments. J’ai l’impression que les adolescents sont de plein pied avec ça, parce qu’ils sont moins convaincus de la réalité du monde tel qu’il est. Ils sont toujours en train de découvrir d’autres dimensions de la réalité, et sont beaucoup plus proches de ce type d’écriture, de ces genres comme la Science Fiction. Aux Etats-Unis, on dit que le meilleur âge pour lire de la SF est treize ans. Un lecteur de cet âge-là est beaucoup plus ouvert aux hypothèses, à des expériences différentes par rapport à la réalité telle que ce l’impose les adultes.
Scott Westerfeld

Scott Westerfeld

Scott Westerfeld est né au Texas. Compositeur de musique électronique pour la scène, concepteur multimédia et critique littéraire, il vit entre New-York et Sydney. Il est l’auteur de cinq romans de SF pour adultes, dont L’I.A et son double déjà paru en France, et le space opera en deux parties paru aux éditions Pocket : Les Légions immortelles et Le Secret de l’Empire. Scott Westerfeld écrit également pour les jeunes adultes : les séries Uglies et Midnighters ainsi que les romans Code Cool, V-Virus et A-Apocalypse.

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quote-02-02-02Plutôt que d’apprendre des choses sur tel ou tel sujet, je cherche surtout à éveiller la curiosité, à convaincre les jeunes lecteurs que le monde est plein de choses passionnantes et intéressantes.

LJ : Vous avez écrit beaucoup de séries, avec deux, trois, quatre tomes. Préférez-vous écrire des séries plutôt que des tomes uniques ?
SW : J’aime bien les séries. Quand j’étais adolescent, tout ce que j’ai aimé se présentait sous forme de séries, de trilogies. Quand on crée des mondes alternatifs, différents, il y a tout le travail de construction, où l’on pose les règles. Ca, c’est le premier volume. Ensuite, on peut jouer avec, transgresser les règles, les transformer. Dans le quatrième tome de la trilogie Uglies, tout est inversé par exemple ; c’est le genre de choses que l’on peut faire en écrivant des séries.
 
LJ : À la fin de Léviathan, vous vous adressez à vos lecteurs pour distinguer les faits historiques réels de vos inventions fictionnelles. Dans V-Virus, vous expliquez aussi ce que vous savez sur les parasites et pour la série Uglies, vous avez même écrit un livre entier sur votre série. Pourquoi choisissez-vous de vous adresser à vos lecteurs ? Ressentez-vous le besoin de parler de votre travail ?
SW : C’est une démarche très personnelle. J’aime bien savoir comment les choses sont faites, quelles libertés ont été prises avec la réalité. Quand je vais voir un film historique par exemple, la première chose que je fais en rentrant chez moi, c’est d’aller vérifier sur Wikipédia telle ou telle chose. J’ai cette envie de connaître, de savoir comment c’est fait, ce qui est vrai ou inventé…
 
LJ : Les adolescents se sont fortement appropriés vos romans. Pensez-vous que c’est votre écriture qui intéresse les adolescents ou plutôt les thèmes que vous abordez ? Ou peut-être, tout simplement, l’harmonie des deux ?
SW : Il est important de lire des romans qu’on ne pas poser une fois commencés, d’une traite. Mais j’essaye aussi de faire des romans d’idées, sur des concepts. J’essaye d’allier les deux. Le lecteur veut à la fois un contenu qui fait réfléchir et de l’action…
 
LJ : Vous connaissez très bien les adolescents, cela se ressent dans vos romans. Comment connaissez-vous les jeunes, les adolescents ? Est-ce que vous utilisez Internet ?
SW : Au départ, l’écriture était une projection de ma propre expérience de l’adolescence, une époque très forte dont j’ai gardé beaucoup de souvenirs, très parlants. Depuis, je reçois beaucoup de courriers, de mails, de lecteurs adolescents qui se confient naturellement beaucoup. Et mes romans se nourrissent de cela. Sinon, je ne suis pas vraiment au contact d’adolescents. En 2007, pour la première fois, j’ai fait une grande tournée de promotion aux Etats-Unis. Pendant un mois et demi, tous les jours, j’allais dans des écoles, faire des signatures dans des librairies en fin de journée – un programme très intense ! Et plutôt que de faire des lectures, une présentation élaborée, je préférais répondre aux questions, écouter les suggestions… Pour les séries, les adolescents qui ont aimé le premier tome supplient que tel ou tel personnage vive telle ou telle chose dans le troisième volume par exemple. Il y a des demandes de la part de mes lecteurs qui sont très enrichissantes !
 
LJ : D’ailleurs, à propos d’Uglies, vous avez dit que vous aviez pris en compte certaines remarques des lecteurs. Donc, cette relation avec les lecteurs est primordiale pour vous, elle nourrit vraiment votre écriture ?
SW: Oui, les remarques peuvent être très diverses. On peut me suggérer des noms pour des personnages – sur le blog, dans les commentaires. Pour Extras, on m’a demandé si l’action se passerait dans le même pays ou dans un autr et je me suis que ça pourrait être intéressant. Donc, Extras se passe au Japon. Avec les nouvelles formes de communication, l’auteur est amené à être conscient de se qui fait tiquer les lecteurs ou de ce qui attire vraiment leur attention. Avec Twitter par exemple, les gens sont obligés de n’écrire qu’une phrase courte. Ils écrivent une citation et en quelques heures on voit ce qui circule et cela donne vite une idée de ce qui marche, de ce qui attire l’attention.

 quote-02-02-02Au départ, l’écriture était une projection de ma propre expérience de l’adolescence, une époque très forte dont j’ai gardé beaucoup de souvenirs, très parlants.

LJ : Vos séries ont un grand succès en France. Connaissez-vous un peu la littérature française pour adolescents ? On n’a très peu de grandes séries comme les vôtres, pensez-vous savoir pourquoi ?
SW : Uglies ne rencontre pas le même succès partout. Par exemple, au Brésil, en Amérique du Sud, il y a beaucoup de chirurgie esthétique. Peut-être que les adolescents regardent leur mère, qui ont fait de la chirurgie, et le livre leur parle, prend tout son sens… En France, je ne sais pas d’où vient ce succès… Une autre hypothèse : il y a un contenu philosophique plus important auquel les adolescents français seraient plus réceptifs que ceux d’autres pays. Lors de mon premier passage ici, j’ai été impressionné par les questions des journalistes très spécialisés, très compétents qui s’intéressaient beaucoup à des questions de contenu… Les journalistes américains ne fonctionnent pas du tout comme ça. Mais je ne connais pas beaucoup les adolescents français. Ce week-end, j’étais aux Utopiales, à Nantes, et j’ai pu rencontrer des lecteurs… mais les échanges étaient limités (notamment par la langue). Est-ce que vous vous savez pourquoi ça marche si bien en France ?
 
LJ : On n’a pas beaucoup de romans comme ça, de séries composées de plusieurs de tomes qui arrivent à garder le suspens, avec des personnages forts – comme Tally dans Uglies, ou Cal dans V-Virus –, autant développés. La littérature française est peut-être aussi plus psychologique, plus torturée. On a moins de séries fantastiques, qui tiennent plus du divertissement. Même si il y a un sujet de fond de cet ordre, en France on a tendance à être un peu plus « prise de tête », moraliste.
SW : Pourtant, par rapport à d’autres auteurs américains, il y a moins d’action, moins de suspens dans ce que je fais… J’écris moins dans cette veine que d’autres auteurs…
 
LJ : Certains de vos romans vont être adaptés au cinéma, comme Uglies. Comptez-vous prendre part, vous investir dans la réalisation de ces projets, comme d’autres auteurs ont pu le faire ?
SW : On ne me consulte pas vraiment… Je ne suis que l’auteur (rires). Ces projets prennent beaucoup de temps et passent d’un studio à un autre… Je pense que le problème vient du fait que ça ne va pas vraiment dans le sens de Hollywood… Dans Uglies, les Pretties sont les méchants et les Uglies sont les gentils. C’est un peu difficile à accepter pour Hollywood. Il faudra probablement que ce soit un réalisateur ou un producteur qui a lu le roman quand il avait douze ans et qui, vingt ans plus tard, arrive avec plus d’enthousiasme qu’il n’y en a pour l’instant… (rires).

 quote-02-02-02Tout cela fait que la lecture n’est plus ce plaisir solitaire qu’elle était avant ; c’est en train de devenir autre chose.

LJ : Vous expliquez que vous préférez écrire pour les adolescents et les jeunes adultes ? Parce qu’ils vous envoient des messages, qu’ils vous sont fidèles et que… « ça rapporte plus ? » Confirmez-vous ?
SW : Chaque livre acheté rapporte un ou deux dollars de droits. Tout auteur veut des lecteurs et plus il y a de lecteurs, plus il y a d’argent… Je n’écris pas pour moi, et l’intérêt c’est que les lecteurs réagissent, d’où l’importance des courriers, des échanges. Ce qui est excitant pour moi, c’est à la fois de savoir, de sentir que le livre circule et mieux comprendre mes lecteurs grâce à leurs réactions. En écrivant Secrets (le cinquième volume de la trilogie Uglies), je me rendais aussi compte de ces choses que j’avais apprises par le biais des lecteurs et que je voulais partager. Je crois que ma motivation, c’est surtout cette interaction, cette communication… Et l’écriture est une forme de communication, d’ailleurs. Aujourd’hui, la communication est facilitée par les nouveaux médias, Internet… Les jeunes lecteurs savent qu’ils peuvent accéder à des informations sur les auteurs, leurs biographies, et communiquer avec eux. Mais ce n’est pas seulement avec l’auteur, c’est aussi entre les lecteurs eux-mêmes, avec des groupes qui se forment, des communautés qui se créent sur Facebook ou autre. Tout cela fait que la lecture n’est plus ce plaisir solitaire qu’elle était avant ; c’est en train de devenir autre chose.
 
LJ : Et que faites-vous, quand vous n’écrivez pas ?
SW : Je voyage beaucoup, et pas seulement pour présenter mes livres. Ma femme est australienne (Justine Labarlestier, auteure de Dans les griffes de la sorcière – 2006, Panama – et Menteuse – octobre 2010, Gallimard jeunesse) et nous passons la moitié de l’année à New York et l’autre moitié à Sydney. Nous allons aussi au Mexique dans des colonies d’écrivains. Une autre chose importante : la nourriture. C’est d’ailleurs une part importante dans nos voyages ! La gastronomie, les restaurants, le vin… Je cuisine aussi. Par exemple, j’ai séjourné à Istanbul, pour effectuer des recherches pour Léviathan. J’ai ramené un livre de cuisine turque !
 
LJ : J’imagine que vous en profitez aussi pour penser à vos projets futurs… Est-ce que vous avez déjà une idée pour l’après Léviathan ?
SW : Oui, mais ce sont des projets top secret (rires). Par contre, après les trois tomes de Léviathan, devrait sortir une sorte de complément (peut-être en même temps que le tome 3), qui serait un livre d’illustrations, un art-book. De format peut-être un peu plus grand. Aux Etats-Unis, ça accompagnera la sortie en poche du troisième tome, mais pour la France, je ne connais pas encore les détails. En tous cas, ce sera publié chez Pocket, et pas avant la fin de l’année 2012.
 
LJ : Enfin, nous nous intéressons au public adolescent : et vous, quel adolescent étiez-vous ?
SW : J’ai fait pas mal de bêtises… J’avais un rapport très compliqué avec l’école et l’autorité. D’ailleurs, j’ai failli me faire expulser de mon école quand j’avais treize ans. J’étais un adolescent « rebelle ». Mais, quand j’ai eu quinze ans – et je n’ai pourtant pas l’impression d’avoir fait quoique ce soit pour changer – je suis devenu le chouchou des professeurs. J’étais très apprécié dans mon collège. J’étais dans un établissement très porté sur les arts. Je faisais partie de plusieurs groupes, j’étais passionné de musique !
Publications
Série Uglies  
  • Uglies, PKJ, 2007.
  • Pretties, PKJ, 2007.
  • Specials, PKJ, 2008.
  • Extras, PKJ, 2008.
  • Secrets, PKJ, 2008.
Série Midnighters  
  • L’Heure secrète, PKJ, 2009.
  • L’étreinte des ténèbres, PKJ, 2009.
  • Le Long Jour bleu, PKJ, 2009.
Série Léviathan  
  • Léviathan, PKJ, 2010.
  • Béhémoth, PKJ, 2011.
  • Goliath, PKJ, 2012.

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