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Impliquer les adolescents « dans la conception d’un espace ‟à eux” au sein des bibliothèques »

Discours officiel de Nicolas Georges, directeur chargé du livre et de la lecture, direction générale des médias et des industries culturelles, Ministère de la Culture

Discours prononcé par Nicolas Georges, directeur chargé du livre et de la lecture, direction générale des médias et des industries culturelles, Ministère de la Culture, lors du colloque de lancement de l’Observatoire de la lecture des adolescents de Lecture Jeunesse, le 16 novembre 2017 à Paris.

Avec le parrainage du ministère de la culture

 

Bonjour à tous,

Je suis très heureux de participer en tant que représentant du ministère de la Culture au lancement de l’observatoire de la lecture des adolescents, dont le ministère a soutenu la mise en place.

Vous n’ignorez pas l’importance de l’attention prêtée aux jeunes publics dans la politique culturelle de l’État. La ministre de la Culture a placé l’éducation artistique et culturelle au cœur de sa politique. Les établissements culturels déploient de longue date des actions en direction des jeunes publics. Les bibliothèques s’appuient ici sur trois atouts en particulier :

  • L’importance de la présence des bibliothèques sur le territoire. On dénombre 16 000 points d’accès au livre et à la lecture en France. Les bibliothèques départementales contribuent tout particulièrement à la structuration de la lecture publique, et plusieurs d’entre elles déploient des programmes d’actions et de formations pour améliorer l’accueil des adolescents et le développement de projets pour les adolescents. C’est ainsi le cas dans le Calvados, ou dans l’Hérault, qui a d’ailleurs accueilli avant-hier (le 14 novembre) une journée d’étude « Innovations et expérimentations en bibliothèque : les années collège ».
  • La diversité de leurs collections. Les bibliothèques s’adressent à tous, et proposent de tout : livre, musique, cinéma, jeu vidéo, formes d’expression en cours de développement avec les fab-labs, etc. Elles donnent à leur public un espace pour l’épanouissement de leurs pratiques culturelles. Il faut faire attention à ne pas faire de cette diversité de collections des produits d’appel, comme cela a pu être fait à une époque par les bibliothèques pour le jeu vidéo. Elles sont néanmoins un atout essentiel pour conquérir des publics aux pratiques et aux goûts si divers et souvent si spécialisés.
  • Les enfants et les jeunes forment le premier public des bibliothèques. Alors qu’ils forment 20 % de la population française, les moins de 15 ans sont sur-représentés dans les bibliothèques, où ils forment 40 % des publics. La DGMIC a réalisé cette année une enquête sur les publics des bibliothèques, qui a montré que les adolescents et jeunes adultes sont des utilisateurs actifs des bibliothèques : 72 % des 15-24 ans ont fréquenté une bibliothèque au cours des 12 derniers mois.

Et pourtant, malgré tous ces atouts, les relations entre adolescents et bibliothèques restent complexes. D’un côté, les enquêtes du DEPS font état d’une baisse des gros lecteurs entre 11 et 17 ans, d’une diminution de la fréquentation des bibliothèques au collège et au lycée. De l’autre, toutes les bibliothèques ne sont pas à l’aise avec les adolescents, toutes ne leur font pas réellement une place. La bibliothèque et le livre devraient pourtant être présents, ou plutôt être accessibles, à un âge où l’on se construit intellectuellement, où l’on compose son identité.

Les bibliothèques doivent apprendre à ouvrir grand leurs portes à ces publics qui ne rentrent pas exactement dans les catégories qui sont celles à travers lesquelles nous avons appris à penser la lecture publique. Cela passe par la démultiplication de la présence des bibliothèques sur le territoire, en proposant d’autres temps et d’autres lieux d’échange : Noël Corbin, qui interviendra en conclusion de cette journée, reviendra sur la mission Orsenna sur la lecture, qui ne se réduit pas à l’augmentation de l’amplitude horaire des établissements mais les incite plutôt à repenser leurs modalités d’ouverture en lien avec leurs projets et leurs publics. Les actions développées par le ministère de la Culture visent également à proposer aux adolescents d’autres temporalités d’accès au livre et à la lecture. C’est le cas tous les étés avec Partir en livre, qui connaîtra sa quatrième édition en 2018. C’est le cas depuis janvier dernier avec la Nuit de la lecture qui visera plus particulièrement les jeunes publics et les adolescents pour sa deuxième édition le samedi 20 janvier 2018.

Afin de mieux nous adresser aux publics adolescents, il faut faire évoluer nos propres pratiques professionnelles. L’enquête Bibado, réalisée par Lecture Jeunesse et soutenue par le ministère de la Culture, s’est intéressée aux actions développées par les établissements : elle devrait connaître une parution prochaine. Il est nécessaire que les bibliothèques repensent une partie de leurs pratiques, une partie de leurs services, leurs moyens de communiquer avec leurs publics, pour répondre aux attentes des adolescents et apparaître comme des lieux qui leur sont également ouverts. Inviter les adolescents à co-construire une partie du programme éducatif et culturel de la bibliothèque, les impliquer dans la conception d’un espace « à eux » au sein des bibliothèques, prendre surtout en compte la diversité de leurs goûts, de leurs attentes et de leurs désirs est indispensable pour les bibliothèques.

Je suis convaincu que les choses sont en bonne voie : les programmes d’actions en direction des adolescents se développent, le plus souvent en lien avec ces mêmes adolescents. Les préoccupations des collègues, leur désarmement face aux questionnements des adolescents, n’en restent pas moins prégnants, et le rapport au monde en est un. Je ne peux à ce titre que vous féliciter du choix de la problématique de ce premier colloque de l’observatoire. Le développement de la culture scientifique, technique et industrielle est un sujet qui mérite notre pleine attention. S’y joue la question du développement de l’esprit critique, de la construction des savoirs qui nous permettent d’échanger et qui contribuer à donner à l’adolescent une place dans la société.

Je vous souhaite de très bons échanges, et une belle réussite à l’observatoire de la lecture des adolescents.

Nicolas Georges

Directeur chargé du livre et de la lecture, Direction générale des médias et des industries culturelles, Ministère de la Culture

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