Batchalo

Michaël Le Galli

Lorsqu’en 1939, deux enfants disparaissent d’un village de Tchécoslovaquie, la majorité des habitants accuse les Roms installés à proximité. Parmi les villageois, Joseph, un policier dont le fils a également disparu, rappelle que dans la communauté Tsigane, une dizaine d’enfants n’a pas regagné le camp. Il décide de s’allier aux Tsiganes, part avec eux sur les traces des enfants et découvre qu’ils ont été enlevés par les nazis. Une intrigue policière mène ce récit tambour battant, soutenue par une trame romanesque − la rencontre du policier et de la belle Silenka, qui passe pour une sorcière parmi les siens. Le lecteur entre dans cet album très documenté par le point de vue de Joseph, le narrateur qui porte un regard extérieur bienveillant et curieux sur les Roms. La quête des enfants, qui se prolonge sur plusieurs années, permet d’aborder, outre la déportation des Tsiganes, les expérimentations menées par le docteur Robert Ritter sous les ordres du tristement célèbre Josef Mengele. Malgré quelques invraisemblances, le récit est cohérent, linéaire, d’une lecture facile. Soutenu par un dessin sombre, un lavis d’encre sépia monochrome, le réalisme du trait souligne la tragédie par les ombres et les contrastes. La bande dessinée aborde un sujet méconnu et peu traité au regard de l’abondance des récits sur la Shoah. Les auteurs ont fourni un travail documentaire remarquable dans un dossier détaillé qui vient étayer l’histoire, avec un lexique, une bibliographie et une filmographie : au final, un ouvrage indispensable sur le sujet.

Cécile Robin

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