Bras de fer

Jérôme Bourgin

L’avenir de Julian, 18 ans, se présente sous les meilleurs auspices. Champion de natation, son quotidien s’organise entre sa petite amie, Leïla, et sa passion pour le dessin. Le jour où un accident de moto lui fait perdre un bras, sa vie est bouleversée. Il doit apprendre à surmonter ce handicap mais peine à trouver sa place. En traversant cette épreuve, il tombe peu à peu dans la drogue. Commence alors la déchéance : la course à la dose, les mensonges, le manque rythment désormais sa vie, alors que Leïla ne cesse de se battre pour tenter de le sauver. Ce roman sur la drogue, bien plus que sur le handicap, décrit parfaitement la longue descente aux enfers de son héros ainsi que les sentiments et les raisons qui le poussent insidieusement vers la dépendance. Dans une atmosphère glauque et sans concession, Julian entraîne ses proches dans sa chute, notamment Leïla. Petit bémol : la relation de Julian avec son père, personnage qui manque un peu d’épaisseur et qui est à l’origine de l’accident, mériterait d’être davantage développée. La narration incisive entraîne le lecteur dans le calvaire de Julian, peuplé de personnages parfaitement crédibles – à l’image du voisin, lui-même handicapé, qui espionne le jeune couple – dans un milieu socioculturel modeste et extrêmement rude. Plus fort que Toute la vie, le premier opus de Bourgine, Bras de fer est un roman urbain qui trouve parfaitement sa place dans la collection. Par sa représentation des déchéances de notre société, cet ouvrage coup de poing, hyperréaliste, est à rapprocher de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée. Ce titre est à réserver à un public averti.

Marilyne Duval

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