Frères d’ombre

Jérôme Piot

Kamel, Algérien de trente ans, se voit refuser un visa pour la France, sans autre raison qu’un problème informatique. Alors qu’il entre illégalement sur le territoire, il est intercepté à Marseille par les autorités et se réfugie dans un train. C’est là qu’un contrôleur de la SNCF, Alain Rousset, lui vient en aide, sans avoir vraiment réfléchi aux conséquences de son acte, dans un réflexe spontané de solidarité face au racisme ambiant affiché par certains de ses collègues. Comme Kamel n’a pas d’endroit où se réfugier, Alain lui propose de l’héberger chez sa mère. Contre toute attente, le repas dominical se déroule très bien, alors que le frère d’Alain, ancien soldat, se montre nostalgique de l’Algérie française. Mais lorsque les médias annoncent qu’on recherche un immigré clandestin suspecté de terrorisme, Alain panique… Le scénario, écrit à l’origine pour le cinéma, rythme une intrigue menée avec brio. Les personnages principaux et secondaires sont bien campés. Cette bande dessinée aborde le problème des travailleurs agricoles exploités en Provence, mais aussi l’amalgame trop rapide entre immigration, Islam et terrorisme. L’ouvrage s’adresse à un lectorat assez mature pour avoir une certaine connaissance de l’Histoire franco-algérienne. Les problématiques sociales sont clairement énoncées et intégrées à une histoire d’amitié. Les dessins, aux couleurs aquarellées dans des teintes sobres, grises et brunes, se focalisent sur l’expressivité des personnages tandis que les dialogues restituent un récit fluide et captivant. Cet album, belle réussite, invite tour à tour à l’émotion et à la réflexion.

Cécile Robin

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