La Brigade de l’Oeil

Guillaume Guéraud

Sur l’île de Rush Island en 2037, la loi Bradburry, édictée par l’impératrice Harmony il y a plus de vingt ans, interdit toutes les images. La littérature constitue la référence absolue de cette société. Ici les habitants se prénomment Emma ou Ulysse, se promènent dans le quartier de Badwords et fréquentent des salles de jeux baptisées Correspondances… La propagande contre les images sévit. Les agents des Brigades de l’Oeil sont chargés de punir ceux qui de façon illégale tenteraient de se procurer des images : elles sont brûlées et leurs détenteurs subissent un même sort, l’aveuglement. Le pays compte des millions de citoyens aveugles. Kao lui, porte un prénom en hommage à un acteur – Jack Kao vu dans les films d’Hou Hsia Hsien ? –, l’adolescent est un de ceux qui participe au réseau clandestin de diffusion des images. Il va être amené à prendre part aux actions d’un groupe de résistants qui tente de sauver et de projeter les derniers films. Guillaume Guéraud se prête avec brio à l’exercice de style ; expérimenter le genre de la science-fiction. Le genre lui sied bien puisqu’il s’agit de condamner les dérives d’une société autoritaire sur fond de répression et de violence extrême. L’occasion pour lui de multiplier les références, ses références. Derrière chaque prénom – Holden -, chaque personnage – Falk vieux flic veuf bourru, amant de l’impératrice – chaque situation on trouve les éléments d’une culture littéraire et cinématographique, savante rencontre de classiques européens, de films d’actions asiatiques et d’« entertainment » américain. Le style, vif, percutant, accompagne une traque sans temps mort où la violence extrême croît jusqu’à l’écoeurement. L’ouvrage est un bel hommage au septième art.

Hélène Sagnet

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