L’Enfance des loisirs.

Trajectoires communes et parcours individuels de la fin de l’enfance à la grande adolescence

Cet essai revient sur la diversité des pratiques culturelles des adolescents, en suivant environ 4 000 enfants, depuis l’âge de 11 ans (en 2002) jusqu’à leurs 17 ans (en 2008). Un outil précieux qui vient compléter l’ouvrage d’Olivier Donnat sur Les Pratiques culturelles des français à l’ère numérique. Les chercheurs se sont penchés sur l’ensemble des activités qui font le quotidien des jeunes : Internet, télévision, écoute de la radio, pratiques sportives et culturelles, lecture, etc. Et nous nous rendons compte qu’au fil du temps, de nombreuses transformations surgissent. Par exemple, si 33,5 % des 11 ans déclarent lire, ils ne sont plus que 9 % à 17 ans, tandis que l’ordinateur est devenu leur première activité quotidienne (69 % contre 14,5 % à 11 ans). Les grands adolescents, plus autonomes, plus libres dans leurs emplois du temps, reconfigurent leurs usages et leurs agendas délaissant la lecture. La deuxième partie de l’étude analyse ces usages en prenant en compte la part du genre et de l’origine sociale qui influence fortement encore le rapport des cents à la culture. La troisième partie de l’essai questionne la transmission et la filiation. Là encore, la famille, l’école, les institutions culturelles et les copains jouent un rôle déterminant dans l’accès aux pratiques culturelles. Le dernier chapitre s’intéresse à des parcours « atypiques », mettant en évidence le jeu croisé des déterminations (poids de la famille, effets de l’école, des copains) sur les trajectoires de loisirs des adolescents. En effet, certaines filles profitent de tous les « avantages » favorisant une consommation culturelle forte qu’elles délaissent pourtant au terme de l’adolescence. Et à l’inverse, des garçons cumulant de nombreux handicaps sont pourtant très investis culturellement. Il s’agit d’un ouvrage nécessaire et complexe qui interroge les médiateurs du livre à une époque où la lecture est délaissée. Les portraits qui ponctuent l’enquête confèrent une certaine « humanité » à une étude statistique rigide et sérieuse et rappellent que chaque individu suit un parcours propre, au-delà des chiffres et des principes sociologiques… A l’issue de cet essai, une interrogation demeure : à quand une étude évoquant les pratiques de lecture des adolescents sur écran ?

Anne Clerc

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