Les enfants de Babel

Eliacer Cansino

Après le décès de sa femme, Angel, professeur de philosophie, échoue volontairement dans un quartier populaire d’une ville espagnole. Une action en entrainant une autre, en voulant aider le jeune Nor, il se retrouve mêlé à la vie de certains de ses élèves et à celle de voisins si différents les uns des autres que leur tour d’habitation pourrait être celle de Babel. Le roman ouvre sur les histoires parallèles et interconnectées de quelques adolescents, leur quotidien familial et social, leurs rapports sentimentaux, de force, leurs petits trafics ou leurs échappatoires. Puis le narrateur en focalisant sur le professeur, entraine ce personnage comme le lecteur dans une sorte d’enquête, une aventure contemporaine dans les arcanes de l’immigration clandestine. Comme un fil rouge ténu, les personnages se construisent tous par leurs traces écrites ou lues comme l’écriture de Berta dans ses petits cahiers, véritable planche de salut. C’est bien la particularité de ce récit de montrer l’importance insoupçonnée que peut prendre l’écrit, littéraire ou quotidien, et des réflexions philosophiques en toute simplicité. Même s’il se situe dans une ville imaginaire, ce roman positionne son lecteur – que celui-ci s’identifie au professeur adulte ou à l’un des adolescents –, comme un témoin qui pourrait se retrouver confronté aux mêmes événements dans la réalité. Le tour de force de l’auteur, lui-même professeur de philosophie, est d’ouvrir de manière fluide et contemporaine à des questions fondamentales de choix personnels et de valeurs humaines sans jamais imposer de réponses. Car finalement, Les Enfants de Babel qui a reçu en Espagne le prix national de littérature jeunesse du ministère de la culture, se lit aussi et simplement comme un très bon roman d’aventure urbaine.

Aude Biren 

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