Les Larmes de l’assassin

Anne-Laure Bondoux

« Ici, personne n’arrive par hasard. Car ici, c’était le bout du monde, le sud extrême du Chili où la côte fait de la dentelle dans les eaux froides du Pacifique. » Ainsi débute l’album de Thierry Murat qui nous propose une adaptation originale du roman d’Anne-Laure Bondoux, Les Larmes de l’assassin. Angel, meurtrier en cavale rejoint ces terres reculées, où vit un couple de paysans qu’il tue sans scrupule. Il épargnera leur jeune garçon, Paolo. Commence alors une cohabitation improbable entre ces deux êtres, laissant deviner qu’Angel pourrait s’attacher à cet enfant solitaire. Luis Secunda, un écrivain cultivé, viendra briser cet équilibre précaire, en s’installant lui aussi, dans ces lieux isolés. L’illustrateur n’a conservé que l’essence de l’œuvre, préférant laisser toute sa place au dessin. Les textes courts encadrent les images et les dialogues sont limités, donnant toute son intensité au lien indicible qui unit Angel, Paolo et Luis. Les pleines pages sont nombreuses et les planches, découpées en deux ou trois cases uniquement, donnent à voir des personnages noyés dans des panoramas hostiles. Le contraste entre le roman et les illustrations est saisissant. Les couleurs sombres, les ombres sur les visages donnent toute sa gravité au récit, destiné initialement à un lectorat jeunesse. Les paysages arides font écho aux personnalités sombres d’Angel et de Paolo, seuls face à leurs destinées. Sur la dernière page, Paolo, devenu adulte, revient sur les terres de son enfance, espérant enfin trouver « de la lumière ». Une belle adaptation publiée aux éditions Futuropolis qui sera l’occasion, pour les plus grands des adolescents, de découvrir l’œuvre d’Anne- Laure Bondoux.

Anne Clerc

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