Les Lumières de Tyr

Joseph Safieddine

Liban, années 1980 : le pays est en guerre civile, pris dans l’étau de la Syrie au nord et sous la menace d’Israël qui traque les Palestiniens au sud. Ce roman graphique décrit la vie quotidienne de la population civile, des gens modestes, musulmans et chrétiens. Dans la région de Tyr, les coupures d’électricité deviennent rapidement insupportables car la climatisation ne fonctionne plus. Des générateurs ont été installés au pied de chaque immeuble, mais il faut, de nuit, aller enclencher les disjoncteurs. Devant l’épuisement des adultes, deux frères, Mustapha et Mohamed, décident d’agir en organisant des expéditions nocturnes avec le renfort de leurs amis. A hauteur d’enfant, la guerre prend un aspect ludique : on ne s’engage pas sans costume de superhéros et sans être accompagné par un chien mascotte. La réalité refait néanmoins surface lorsque l’un des membres de la petite bande est victime de jouets piégés ou quand les parents qui le peuvent envoient leurs enfants à l’étranger. Le récit propose une double lecture de la guerre, par les jeunes et par les adultes, mais également par les différentes communautés. L’humour présent dans l’évocation des personnages permet de dédramatiser certaines situations. Le dessin en noir et blanc, dynamique et tout en contrastes, rappelle le graphisme de David B. (L’Ascension du haut mal, L’Association, 1997-2003) et, certainement parce qu’il traite de la guerre, se rapproche de Sacco (Jours de destruction Jours de révolte, avec Chris Hedges, Futuropolis, 2012). Cette bande dessinée réussie se lit facilement, comme une aventure, avec une dimension documentaire qui permettra aux adolescents de mieux comprendre les conflits actuels.

Cécile Robin

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