Les Pieds bandés

Li Kunwu
Coup de ♥ 2013
 
Chunxiu, « la beauté du printemps », est une fillette de sept ans. Le bon âge pour procéder aux bandages des pieds comme le veut la tradition dans la Chine ancestrale. Celles qui possèdent ces « lotus d’or », dont la taille ne dépasse pas 7,5 cm, peuvent espérer se marier dans une famille riche. C’est un critère de beauté et un attrait sexuel indéniable. Mais le mode opératoire est extrêmement douloureux et Chunxiu subit cette mutilation dans une angoisse extrême. Alors que la révolution de 1911, la fin de l’empire mandchou et la république de Sun Yat-Sen abolissent ces pratiques, la jeune fille refuse de quitter ses bandages et retourne vivre dans son village du Yunnan. Un demi-siècle plus tard, le père de l’auteur, installé à Kunming, choisit Chunxiu pour s’occuper de ses deux enfants. Des liens d’une grande tendresse se sont tissés entre eux quand la Révolution culturelle éclate puis les sépare. Cette bande dessinée est un hommage à cette femme simple, qui a subi des violences effroyables, mais a su transmettre son humanité, son amour de la Chine et de son antique culture populaire aux enfants dont elle avait la charge. Le graphisme vigoureux saisit les visages déformés par la douleur et la stupeur, les mouvements de foule pendant les épisodes révolutionnaires, mais dépeint aussi, avec réalisme, les habitats traditionnels, les paysages et leurs évolutions. Cet ouvrage est à recommander vivement pour mieux comprendre le passé de la Chine.
 
Colette Broutin
 

Réseau de lecture : Les Pieds bandés est à mettre en relation avec Une vie chinoise, récit en trois volumes du même auteur. À lire également, Beaux seins, belles fesses de Mo Yan (Points Seuil, 2005) : on y trouve un passage qui évoque l’arrivée des révolutionnaires dans le village proclamant l’interdiction du bandage des pieds. Sur son site Internet, Kana, l’éditeur du livre, a consacré un dossier à cette pratique ancestrale.

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