Lever de rideau sur Terezin

Christophe Lambert

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville fortifiée de Terezin (actuelle République Tchèque) devint un centre de transit et un camp de travail pour les intellectuels et personnalités juives. S’inspirant d’une histoire vraie, Christophe Lambert campe son récit dans un étrange théâtre : le camp, transformé l’espace d’une journée en vitrine pour la propagande nazie, a en effet reçu la visite de la Croix-Rouge, afin de tempérer les rumeurs sur les conditions de vie inhumaines des prisonniers. Les représentants de l’association humanitaire n’ont pas su voir alors l’extrême misère, la faim et les maladies, habilement dissimulées derrière une mise en scène ubuesque. Imaginé par l’auteur, le personnage de Victor Steiner, grand dramaturge incarcéré en 1943, devient ainsi le témoin et l’un des acteurs principaux de cet épisode historique méconnu. Convoqué par un officier SS, il est sommé d’écrire une pièce destinée à être jouée à Prague par des prisonniers, devant une délégation de la Croix Rouge. L’artiste, qui n’a jamais encore réalisé de commande, appréhende de créer pour la première fois sous la contrainte, alors que des vies sont en jeu : la représentation à Prague représente en effet l’opportunité inespérée d’organiser l’évasion d’une dizaine de détenus. L’auteur de Swing à Berlin (Bayard Jeunesse, 2012) évoque avec passion l’origine de ce projet d’écriture à la fin du roman. Mise en abyme ambitieuse sur l’acte de création dans des conditions funestes, Lever de rideau sur Terezin offre une large et riche palette de personnages se croisant dans un récit sans longueurs. La pièce de théâtre écrite par Victor Steiner – donc par Christophe Lambert – est disponible en intégralité à la fin de l’ouvrage.

Morgane Vasta

Autre avis :

Christophe Lambert signe ici un roman historique assez classique sur la déportation et la Shoah dans une écriture narrative simple et linéaire. Pourtant il se dégage de ce roman une force et une sensibilité qui trahit l’amour de ses personnages et du théâtre par l’auteur. Avoir choisi Terezin, ce camp pas tout a fait comme les autres, comme lieu d’action est important. L’histoire de ce camp est peu connue et il est une sorte de symbole de la politique hypocrite et inhumaine des nazis. Christophe Lambert est allé au bout de son projet en écrivant  la pièce jouée par les acteurs du roman et même si cette pièce n’est pas excellente, elle sert le propos du livre et le lecteur peut apprécier la double tonalité des dialogues de la pièce. La  fin ouverte et les nombreux morts qui jalonnent le livre placent le lecteur face à la réalité. Il ne sait pas ce qu’il advient des personnages qu’il a suivi tout au long de sa lecture. A l’heure de la célébration de l’anniversaire de la libération des camps, Lever de rideau sur Terezin donne à voir un autre pan de l’horreur nazie et illustre avec force l’hypocrisie de ce camp « vitrine » destiné à tromper les adversaires et à cacher la solution finale.

Marilyne Duval 

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