Little sister

Benoît Séverac

Alors que ses parents et sa sœur de 16 ans, Léna, le croyaient en Angleterre pour faire un stage, Ivan s’est engagé dans le djihad. Après son départ en Syrie, il a tout organisé pour induire en erreur ses parents qui recevaient des cartes postales de Londres, jusqu’au jour où ils ont découvert au journal télévisé une vidéo dans laquelle Ivan, armé, posait à côté de terroristes en train de décapiter un journaliste français. La vie de la famille est alors bouleversée, les amis s’éloignent, des inconnus les agressent. Changer de vie et d’identité devient pour eux indispensable. Cependant, Léna nourrit toujours l’espoir que ce n’était pas Ivan et qu’il reviendra bien un jour en se repentant. Elle reçoit, quelques années plus tard, une lettre de Théo, un ami de son frère qui l’aurait rencontré. Il lui fait parvenir un courrier d’Ivan. Théo donne rendez-vous à Léna dans un endroit connu d’eux seuls, en Espagne. A l’insu de ses parents, elle décide de s’y rendre. La rencontre ne tournera pas comme elle l’espérait. Le sujet est brûlant et polémique, la construction du livre intéressante. On évolue dans l’histoire à travers les pensées de quatre personnages : Lena, Théo, Joan et Tambon, un ancien policier qui s’était occupé de l’affaire quatre ans auparavant. L’auteur allège le sujet dramatique en le rythmant par les amourettes de Léna et Théo, qui gâchent cependant un peu l’histoire. La déroute et la douleur des parents face à cette situation sont mises en évidence avec une grande finesse – le ton est juste.

Marie-Charlotte Clouet d’Orval Autres avis :

La situation dramatique de la famille toulousaine ne manque pas de véracité. Léna a choisi de sortir de la dépression, et s’attache très vite à l’ami de son frère qu’elle refuse de voir comme un terroriste. Il est habile d’en avoir fait l’héroïne. Le roman polyphonique présente le point de vue de quatre protagonistes, sans donner directement la parole au frère qui s’est radicalisé. Mais le dénouement n’est pas crédible. La génération de Joan, le vieil anarchiste, n’est plus celle qui pourrait prendre les armes contre l’islamisme… Est-il pertinent, d’ailleurs, d’opposer à la violence du terroriste une petite bande de justiciers auxquels on donne un passé de résistants ? La comparaison historique paraît bien curieuse et simplificatrice. D’autre part, le personnage du policier de la DGSI manque beaucoup de charisme. Il est décevant qu’un roman de société qui cherche à susciter une réflexion auprès des adolescents ne leur donne pas d’éléments d’analyse – essayer de comprendre n’est pas excuser ! S’emparer d’une actualité tragique pour en faire un polar (mal ficelé) ne suffit pas.

Cécile Robin

On ne saura rien des raisons d’Ivan, et le roman intimiste devient polar. Le personnage de Joan sert à mettre en lumière les différences entre un combat d’hier aux idéaux altruistes et celui des terroristes, atroce. Ce roman palpitant et touchant a le mérite de soulever le sujet brûlant pour l’instant invisible de la radicalisation et du départ en Syrie ou ailleurs, de jeunes Français endoctrinés. Maladresse isolée, cette phrase qui frôle l’un des écueils de ce thème glissant : « Il y a même des Beurs qui m’ont félicitée, qui m’ont dit que c’était bien, ce qu’avait fait mon frère » ; et qui dit encore Beur, surtout à 16 ans ?

Clara Delmas

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