Menteuse

Justine Larbalestier

Micah a 17 ans et raconte sa vie avant et après l’assassinat de Zach, un garçon de son lycée qu’elle rencontrait presque tous les jours en secret à Central Park. Mais est-ce bien vrai ? Car Micah est une menteuse compulsive qui ment à ses amis, à ses parents et même au lecteur. Elle a besoin de ces mensonges pour cacher un très grand secret qu’elle va dévoiler peu à peu. Ce roman très original et assez dérangeant malmène notre confort de lecture car Micah ne cesse de nier ses propos, hésitant entre vérité et mensonge. D’ailleurs, les trois parties du livre s’intitulent « Où je dis la vérité », « Où je dis la vraie vérité », et « La vérité authentique et véritable ». La fin du roman n’apporte pas vraiment de réponse : Micah est-elle victime d’une malédiction familiale ou une adolescente extrêmement perturbée qui vit mal sa féminité et ses différences ? A-t-on basculé du réalisme au fantastique ? On ne le saura jamais ! C’est au lecteur de construire sa propre histoire. Ce récit tout à fait passionnant permet de s’interroger sur le pacte implicite passé entre le narrateur, censé dire la vérité, et le lecteur, qui en principe le croit… Mais ce roman s’adresse à de bons lecteurs car sa construction complexe et sa fin ouverte peuvent être déstabilisantes, voire frustrantes.

Soizik Jouin

 

Autre avis : Justine Larbalestier investit un thème qu’elle avait déjà abordé dans un précédent roman paru à l’époque chez Panama (Au-delà de la porte. Dans les griffes de la sorcière, T.1). La présence du paranormal n’est jamais loin, mais accompagnée d’un questionnement sur la réalité et la véracité des événements surnaturels. Le doute est omniprésent, car les éléments fantastiques peuvent être expliqués soit par la folie, soit par le mensonge, le lecteur placé dans une délicate position où il doit démêler le vrai du faux. Le récit s’accompagne d’une réflexion sur la nature de la vérité, la façon dont se crée le mensonge, sur les raisons qui nous poussent à mentir. Mais il est aussi question des bénéfices que l’on tire de la confiance, du pouvoir de la parole – à la fois outil de manipulation et de création – portes ouvertes sur d’autres univers où tout est possible.

Aurélie Forget

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