Norlande

Jérôme Leroy

En Norlande – pays dans lequel il est difficile de ne pas voir transparaître la Norvège, que ce soit par son nom ou par la description qui en est faite – Clara Pitiksen est rescapée d’un massacre similaire à celui de la tuerie d’Utoya, qui a ébranlé le pays en juillet 2011. Alors qu’elle est en convalescence à l’hôpital, Clara se raccroche à l’écriture et livre, dans un cahier qu’elle destine à sa meilleure amie Emilie, ses émotions, ses souvenirs et le terrible sentiment de culpabilité qui l’assaille. Au fur et à mesure des pages, le lecteur constate à quel point les mots l’apaisent : le désarroi initial de la jeune fille évolue vers la guérison. Dans ce roman, Jérôme Leroy, qui s’attaque à un sujet difficile, s’en sort avec brio. Les paroles qu’il prête à l’adolescente, simples mais toujours justes, décrivent avec subtilité et délicatesse la palette de sentiments qui la traversent. Ce roman suscite la réflexion du lecteur sur divers thèmes politiques et sociaux comme la liberté d’expression, notamment sur Internet, ou le patriotisme. Si un arrière-plan pédagogique émerge, il est davantage question d’amener le lecteur à raisonner par lui-même que d’imposer un discours « prêt-à-penser » sur ces sujets, ce qui constitue la grande force de cet ouvrage. Cependant, le fait que Clara écrive à Emilie, héroïne de La Grande Môme – précédent livre de l’auteur paru chez Syros (2007) – peut finir par agacer, notamment à cause des notes de bas de page faisant appel à leur mémoire commune. Ce détail, cependant, n’ôte rien à la portée de ce roman.

Marieke Mille

Avis complémentaire : Librement inspiré de l’histoire d’Hélène Castel, membre d’Action directe, La Grande Môme, publié en 2007, lançait déjà le débat sur le terrorisme, l’héroïne étant la fille d’une activiste de la lutte armée révolutionnaire des années 80. On peut voir dans le rappel de ce titre, au-delà d’un procédé commercial, la volonté de sensibiliser les jeunes générations aux terrorismes de tout bord, de l’extrême gauche à l’extrême droite, par des fictions qui collent à l’actualité, récente ou plus ancienne. Avec Norlande, Jérôme Leroy se demande si une démocratie peut tout permettre en matière de liberté, en laissant proliférer les groupuscules comme un cancer qui couve et finit par se déclarer violemment.Face à la description de la montée du fondamentalisme et du racisme, le roman montre l’organisation positive de jeunes militants pacifistes. Ce récit pourra susciter de nombreux débats. On sera plus réservé sur la vraisemblance de l’histoire : fille de ministre et d’une grande figure politique morte assassinée, Clara tombe malgré tout amoureuse du futur terroriste – accumulation de situations exceptionnelles qui peut paraître excessive.

Cécile Robin 

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