Petit pays

Gaël Faye

Gabriel, dit Gaby, évoque son enfance heureuse au Burundi puis l’effroyable génocide tutsi, au Rwanda, où sa famille est détruite. Toute la tendresse qu’il éprouve toujours pour ce territoire d’Afrique centrale palpite dans ce qualificatif de « petit pays », alors qu’il vit, éternel exilé, dans un appartement sans âme de Saint-Quentin-en-Yvelines. C’est donc avec le regard d’un enfant insouciant, heureux et égoïste qu’il évoque ses parents, un couple mixte qui se sépare sans qu’il puisse en comprendre la cause. Son horizon s’étend peu à peu de son quartier privilégié aux villages de brousse, jusqu’à la somptueuse forêt équatoriale. Sa bande de copains explore un environnement fabuleux, une terre d’aventures inoubliables, et en découvre la végétation, la rivière, les senteurs, les saveurs. Avec le recul, le narrateur prend conscience des divisions profondes au sein de cette société, conséquences de la colonisation : divisions ethniques, politiques, racistes… Mais il reste difficile de mettre des mots sur les violences monstrueuses et sur les dérives inouïes dont ont été capables ses amis, ses proches. Le récit factuel et sensible des souvenirs, évoqués dans une langue simple et imagée, émeut profondément le lecteur qui partage l’éternelle douleur de celui qui se dit « exilé de son enfance ». Ce roman a reçu le prix Goncourt des lycéens 2016.

Colette Broutin

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