Seul sur la mer immense

Michael Morpurgo

À 65 ans, Arthur Hobhouse, décide de coucher sa vie sur le papier : « Ce sera l’acte de naissance que je n’ai jamais eu ». En 1947, âgé de 5 ans, Arthur, orphelin anglais, est embarqué, avec des milliers d’autres enfants, vers l’Australie. Lors du trajet, il se lie d’amitié avec Marty : les deux garçons ne se sépareront plus jamais. La nouvelle vie qu’on leur a promise se transforme en cauchemar lorsqu’ils se retrouvent au ranch Cooper, véritable bagne où les petits esclaves sont à la merci du cruel Piggy Bacon, dont les brimades et violences seraient « l’oeuvre de Dieu ». Grâce à l’aide d’Ida, la femme du tortionnaire, les deux enfants s’enfuient à travers le bush et trouvent refuge chez Meg Molloy. Les presque frères y passeront des années heureuses, jusqu’à ce que « tante Meg » les envoie travailler sur un chantier naval. Arthur découvre alors la mer et les bateaux, qui deviendront sa passion. Il se marie, fonde une famille et se prend à espérer de retrouver enfin sa soeur Kitty à laquelle il a été arraché enfant ! Ce souhait, c’est Allie, sa fille, qui, dans la seconde partie de l’ouvrage, tentera de le réaliser en traversant à la voile et en solitaire les océans… Seul sur la mer immense est un formidable roman d’aventures et d’apprentissage. Porté par un souffle lyrique, il entraîne son lecteur, et à quel rythme ! On y croise de merveilleux personnages – connus de l’auteur ? – et le narrateur, Arthur, fragile et pudique, ne cesse de nous émouvoir. Le talent de conteur de Michael Morpurgo est indéniable. Au cœur du roman, comme souvent chez cet écrivain, on trouve une nature refuge et salvatrice (le bush, la mer…) avec des animaux (Henry le wombat, l’albatros…) qui sont de rassurantes et fidèles présences. Une très belle lecture.

Hélène Sagnet

 

Autre avis : Dans cet émouvant roman à deux voix, on découvre une jeune fille, Allie, qui vient de perdre son père, mais qui a reçu en héritage son courage, sa générosité et sa ténacité dans l’adversité. Mais on retient surtout, dans le récit du père, la souffrance du petit garçon, arrachée à sa sœur et plongé dans un univers de violences et d’injustices. Des personnages se détachent de cette évocation constituant des figures noires ou lumineuses : celle du fermier brutal exploitant les orphelins au nom de la morale chrétienne, celle de son épouse sacrifiant sa vie pour les sauver, celle de Marty, l’ami protecteur, celle de tante Meg, incarnant l’amour maternel, celle de sa femme qui le sauve de la dépression, et enfin celle de sa fille. Le dénouement, résolument optimiste, n’occulte pas un contexte historique violent où beaucoup de vies ont été sacrifiées.

Colette Broutin

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