Songe à la douceur

Clémentine Beauvais

« Jeux » et « plaisir » dominent le roman : jeux avec le « je » d’une narratrice qui moque ses personnages et guide ses lecteurs, jeux avec la forme élaborée du texte, avec les registres de langue, les références culturelles populaires et savantes ; plaisir visible de l’auteur à l’écriture, plaisir esthétique du lecteur pris dans une étonnante narration, plaisir et désir des personnages qui se perdent et se retrouvent. Prenant un ambitieux virage après le succès des Petites Reines, Clémentine Beauvais s’inspire du roman et de l’opéra Eugène Onéguine pour en proposer une réécriture moderne, en vers libres. L’histoire d’amour casse quelques codes (et plusieurs cœurs) : le placide Eugène retrouve dix ans plus tard la bovaryste Tatiana et les rôles s’inversent, ironie cruelle du destin, entre ces deux personnages. Les fantasmes adolescents se brisent ici – ou suivent d’autres cours – en terres adultes ; cette transition – que vivent et vivront de nombreux lecteurs – confère à l’ouvrage une portée universelle. Un roman à acquérir en bibliothèque, ne serait-ce que pour les réactions vives et contrastées qu’il peut susciter chez les jeunes (et moins jeunes) lecteurs.

Morgane Vasta

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