Stupor mundi

Néjib
Coup de ♥ 2016

A la fin du Moyen âge, le chercheur Hannibal Qassim el Battouti est contraint par quelques radicaux religieux de fuir Bagdad. Il se rend en terre chrétienne, dans les Pouilles, où le roi Stupor Mundi le recueille pour qu’il mène à bien son invention : une camera oscura. En permettant de fixer l’image sur un support, cette chambre noire pourrait bien intéresser les chefs religieux et se retrouver au cœur de mensonges et de manipulations, dont le but serait de créer une contrefaçon du saint suaire. En parallèle de cette épopée médiévale, le lecteur suit Aniséti, la fille du savant, qui a perdu l’usage de ses jambes et une partie de sa mémoire. Elle se lie d’amitié avec Roger, le fils du roi : érudit, psychanalyste avant l’heure, il l’aidera à retrouver et à affronter ses souvenirs. L’intrigue est extrêmement dense, les personnages secondaires soignés et riches en psychologie. Le tout est porté par une narration non linéaire qui emporte immanquablement l’adhésion. Le dessin au trait épuré, en aplats de noirs et de couleurs vives, confère au récit un climat étrange et suggestif. Il s’agit d’une lecture à différents niveaux et entrées. Cet ouvrage complexe mais simple d’accès traite de multiples sujets qui feront écho à certains questionnements adolescents : les relations entre science et pouvoir, le rapport à l’image, l’obscurantisme religieux, les difficiles attentes paternelles, les traumatismes psychologiques… En revanche, l’éditeur aurait pu mentionner que l’auteur s’est appuyé sur des faits historiques (Frédéric II inspirant son Stupor Mundi, ou l’invention d’une camera oscura par Ibn al-Haytham autour de l’an 1000). Cela aurait enrichi la lecture en donnant une vision globale des recherches scientifiques à travers le temps.

Aude Biren

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