Tuer Van Gogh

Sophie Chérer

À Auvers-sur-Oise, en cet été 1890, Vincent Van Gogh a repris goût à la vie et peint avec passion. Il fait la connaissance de deux jeunes gens de bonne famille, les frères Secrétan. L’aîné, Gaston, est fasciné par ce peintre prêt à lui transmettre son savoir ; le cadet, René, a choisi au contraire d’en faire son souffre-douleur. Entouré par sa bande de copains et de filles aux mœurs légères, il ne cesse de harceler et d’humilier Vincent… jusqu’au jour où il tire sur le peintre et le blesse mortellement en emportant son matériel. Van Gogh rentre à l’auberge Ravoux et y meurt en déclarant qu’il s’est suicidé. Or le scénario du suicide a été mis en doute dès le lendemain de sa mort, un doute ravivé par la sortie d’une importante biographie de Van Gogh par Naifeh et Smith en 2013.

L’autrice explore ici les relations tissées en quelques semaines entre Vincent et les frères Sécrétan, imaginant l’éducation violente auquel leur père pharmacien les a soumis. René, admirateur de Buffalo Bill, aurait ainsi reproduit la figure paternelle du blanc dominant. Quant à Gaston, il se dérobe et n’ose assumer son penchant pour la peinture. Si Van Gogh ne les a jamais mentionnés dans sa correspondance, ce serait par bonté d’âme. Le récit n’est pas linéaire, ménageant des retours dans le passé des protagonistes et leur donnant ainsi une épaisseur psychologique indispensable pour étayer la thèse. Dans ce récit au style riche et imagé, on sent palpiter le regard du peintre sur le monde qui devient œuvre d’art dans une urgente et douloureuse nécessité. Les lecteurs aguerris se plairont à confronter cette fiction aux romans Vincent qu’on assassine (Marianne Jaeglé) et La Valse des arbres et du ciel (Jean-Michel Guénassia).

Colette Broutin

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