Un endroit où se cacher

Joyce Carol Oates

Un terrible accident de la route va bouleverser la vie de Jenna, une adolescente de 16 ans. Sa mère est morte et le roman débute alors que la jeune fille se réveille à l’hôpital. Sous l’emprise d’analgésiques, ses pensées divaguent dans ce qu’elle nomme « le bleu ». Un monde sans douleur, contrairement à ce dur retour à la vie. Il lui faut intégrer un centre de rééducation, tirer un trait sur le passé, se sevrer des médicaments et rejoindre une nouvelle famille, celle de sa tante, et par conséquent, un nouveau lycée, dans une petite ville du New Hampshire. Jenna, casquette rivée sur la tête, fuit la compassion et les fausses sympathies, pour se lier d’amitié avec Trina. Celle-ci est un personnage complexe : instable, dangereuse et agressive, elle laisse sous-entendre qu’elle est l’ex-petite amie du sombre Crow. Un garçon à fuir, un marginal qui fait partie des « bikers », mais qui sait approcher Jenna, lui parler et la réconforter. Trina initie Jenna dans des soirées où drogue et alcool font bon ménage et la jeune fille part à la dérive, cherchant le « bleu ». La couleur de l’entre-deux, du coma, du bonheur illusoire, du soulagement par les drogues… Joyce Carol Oates livre un roman troublant, avec pour narratrice la jeune Jenna, dont le lecteur suit les pensées les plus intimes et les divagations. Comment se reconstruire après la perte d’un être cher ? Comment surmonter la douleur ? Face à la bienveillance des adultes, l’auteur rappelle que ce cheminement ne peut être que lent et difficile, parsemé de doutes et d’expériences. Car Jenna doit surmonter la culpabilité, et l’autodestruction paraît parfois être la seule échappatoire alors que sa vie ne semble plus lui appartenir. Gabriel, alias Crow, est le seul à capter l’attention de Jenna qui se croit amoureuse, projetant sur lui, l’image du « sauveur ». Ange ou voyou, ce qui importe véritablement est que le jeune homme parviendra à sortir Jenna de sa torpeur, mieux que ne l’aurait fait la psychologue du lycée. On notera quelques aspects désuets au cours de la lecture : la référence aux « bikers » et une ambiance obsolète, digne des années 80, alors que le récit se déroule en 2005. Mais le style de Joyce Carol Oates la distingue indéniablement dans le champ de la littérature jeunesse.

Anne Clerc

Lire dans la version pdf de la revue

0 Commentaire

This site is protected by wp-copyrightpro.com