CFA BTP de Saint-Grégoire (35)

Les apprentis se lancent dans un ebook sur le thème de la liberté

Les jeunes étrangers accueillis cette année dans la classe de CAP+ sont exclusivement des réfugiés et possèdent un petit niveau de français à l’écrit mais s’expriment tous ou presque à l’oral.

Ils sont originaires majoritairement du Soudan. Les autres viennent d’Erythrée, d’Ethiopie et d’Afghanistan. Ils ont entre 17 et 29 ans et exercent des métiers différents dans le bâtiment mais trois sont électriciens.

La rentrée de ces jeunes s’est effectuée le lundi 16 septembre pour la plupart mais s’est échelonnée sur plusieurs semaines et se poursuit encore actuellement.

Chaque lundi et un mardi tous les 15 jours, les apprentis viennent au CFA pour suivre des modules de FLE, maths et dessin. Trois modules hebdomadaires en moyenne sont dédiés au projet Numook mais sont aussi un prolongement des cours de français langue étrangère et un espace-temps dans lequel sont abordés également des notions de droit du travail, de culture française et d’ouverture sur le monde.

L’oral, dans un premier temps, sera privilégié compte-tenu que certains écrivent très peu le français. Le mot retenu cette année pour amorcer le travail d’écriture est LA LIBERTÉ.

Le groupe est actuellement composé de 9 jeunes dont un qui n’a pas encore signé de contrat : Moussa, Yakhoub, Adam, Abdi, Imran, Hasib, Moustapha, Mussie et Najm el Dine, dernièrement arrivé. Tous, ou presque, peuvent s’exprimer plus ou moins facilement en français à l’oral (hormis un) ; ils écrivent un peu le français (sauf un) et arrivent à le lire plus ou moins facilement mais leur volonté d’apprendre, leur sérieux et cette année également, l’esprit de groupe (vite installé), lèvent bien des freins à la difficulté de communiquer.

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Lundi 23 et mardi 24 septembre

Lors de la 2e séance, sur une carte du monde, chacun vient localiser son pays d’origine, tracer furtivement le parcours qu’il a réalisé pour arriver jusqu’en France. Ensemble, on identifie certains repères géographiques, comme par exemple, les continents, les points cardinaux, les frontières, la situation physique de leur pays sur un planisphère…). Ensuite, à partir d’images représentatives d’endroits du monde, ils essayent de les localiser sur la carte. Même en dehors du continent qui les a vus naître, globalement ils ne rencontrent pas trop de difficultés à localiser des villes comme New-York ou Sidney, ignorent tout des pôles mais s’émerveillent de la diversité des paysages. Ils sont assez fiers de présenter à l’oral des éléments des photographies qui correspondent le plus souvent à des monuments de la capitale de leur pays. Au final, ils sont tous connaisseurs de leur culture d’origine et ont à coeur de la partager avec le groupe.

Une activité d’écriture au tableau permet d’identifier la variété des différentes langues utilisées par les jeunes, à savoir arabe, oromo, tigre, dari, pâchto et français et à travers l’écriture des prénoms, chacun s’essaient dans l’écriture de l’autre (moi comprise). L’interculturel, la valorisation de leur identité propre permettent de créer assez rapidement un lien de confiance qui favorisera les apprentissages à venir en français. De la même manière, les jeunes sont invités à présenter les grandes caractéristiques de leur pays d’origine à partir d’un modèle prédéfini pour une restitution à l’oral.

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Lundi 07 et mardi 08 octobre

Le mot LIBERTÉ intègre désormais les séquences de cours et la mise en route du projet numook prend son envol.

Un travail à l’oral permet d’associer des mots au mot Liberté et d’approcher doucement d’une première définition. Puis l’écriture de ce mot en plusieurs langues permet de délier les langues et d’apporter une notion universelle à ce mot.

Dans un deuxième temps, je distribue une série de photos qui peuvent symboliser ce mot ou être associées à une thématique proche de la Liberté. Je leur demande de choisir 2 images et d’expliquer pourquoi ils les ont choisies. Ensuite chaque image sera associée avec une citation comprenant le mot Liberté et ce choix sera justifié pour permettre d’enrichir le vocabulaire.

– Il n’y a pas de liberté pour l’ignorant.

– La vraie liberté se réalise au service des autres.

– Il n’y a pas de liberté sans lutte.

– Monter un cheval donne un goût de liberté.

[…]

Même sur une notion un peu abstraite, les jeunes arrivent à s’exprimer et comprennent très bien la signification des citations présentées (notamment avec l’aide des images associées).

Enfin, je demande à chacun de compléter la phrase suivante : Je me sens libre quand…

Et cela donne notamment :

Je me sens libre quand je suis en paix (Adam)

Je me sens libre quand je marche dans la nature. (Imran)

[…]

En reprenant certaines images, quelques jeunes écrivent à nouveau une autre phrase sur la Liberté et cela donne :

Je me sens libre quand je peux parler librement dans la communauté. (Imran)

Pendant la révolution soudanaise, contre le dictateur, les opposants crient : « La liberté, c’est tout ce qui nous reste ! » (Adam)

[…]

Le mot est désormais dans tous les esprits, intégré comme le fil conducteur d’une histoire à venir. Il reste à maintenant à développer un certain vocabulaire, à découvrir comment construire une histoire et l’imagination collaborative devrait faire le reste.

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Mardi 12 novembre

L’après-midi sera consacrée à la visite de la médiathèque. Pour préparer cette visite, je leur lis le questionnaire auquel ils devront répondre (et je joins une version audio pour les non-lecteurs).

Ensuite, je lis un conte philosophique sur le thème de la Liberté pour amorcer les caractéristiques d’un récit. Après une 1ère lecture, ils sont en mesure de rapporter les éléments essentiels du conte même si tout n’a pas été compris et les illustrations ajoutées devraient faciliter la relecture.

Je leur propose d’essayer de le lire à leur tour à voix haute, à tour de rôle. Il sera repris lors de la prochaine séance et les notions de personnages, de lieux et d’actions commenceront à être abordées.

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L’après-midi, visite de la médiathèque. Les jeunes réfugiés sont actifs lors de la visite, posent des questions (au-delà même du questionnaire), sont attentifs. Chacun choisit un ouvrage qu’il emprunte et présentera à l’oral à l’ensemble de la classe.

Cécile et Solène de la Médiathèque ont mis à leur disposition des ouvrages en lien avec le mot liberté et déniché des livres sur le Soudan, l’Ethiopie ou l’Afghanistan, qu’ils consultent avec intérêt.

A l’issue de cette première période, le groupe est déjà parvenu à travailler ensemble sans difficultés. Ils sont sérieux et respectueux de chacun. L’entente semble assez bonne. C’est un groupe calme, plutôt réservé mais progressivement la parole se délie et je ne suis pas inquiète quant à la réalisation du livre.

Les tablettes intégreront les séances à partir de janvier. Là il reste un mois pour commencer à échafauder une trame romanesque (ou pas), enrichir le vocabulaire, identifier des personnages, des unités de temps, de lieux…

L’histoire est en route.

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Articles de Cécile Pellerin, responsable du centre de ressources du CFA et porteuse du projet ; mise en forme par LJ
 

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