CFA BTP de Saint-Grégoire (35)

Les apprentis se lancent dans un ebook sur le thème de la liberté

Les jeunes étrangers accueillis cette année dans la classe de CAP+ sont exclusivement des réfugiés et possèdent un petit niveau de français à l’écrit mais s’expriment tous ou presque à l’oral.

Ils sont originaires majoritairement du Soudan. Les autres viennent d’Erythrée, d’Ethiopie et d’Afghanistan. Ils ont entre 17 et 29 ans et exercent des métiers différents dans le bâtiment mais trois sont électriciens.

La rentrée de ces jeunes s’est effectuée le lundi 16 septembre pour la plupart mais s’est échelonnée sur plusieurs semaines et se poursuit encore actuellement.

Chaque lundi et un mardi tous les 15 jours, les apprentis viennent au CFA pour suivre des modules de FLE, maths et dessin. Trois modules hebdomadaires en moyenne sont dédiés au projet Numook mais sont aussi un prolongement des cours de français langue étrangère et un espace-temps dans lequel sont abordés également des notions de droit du travail, de culture française et d’ouverture sur le monde.

L’oral, dans un premier temps, sera privilégié compte-tenu que certains écrivent très peu le français. Le mot retenu cette année pour amorcer le travail d’écriture est LA LIBERTÉ.

Le groupe est actuellement composé de 9 jeunes dont un qui n’a pas encore signé de contrat : Moussa, Yakhoub, Adam, Abdi, Imran, Hasib, Moustapha, Mussie et Najm el Dine, dernièrement arrivé. Tous, ou presque, peuvent s’exprimer plus ou moins facilement en français à l’oral (hormis un) ; ils écrivent un peu le français (sauf un) et arrivent à le lire plus ou moins facilement mais leur volonté d’apprendre, leur sérieux et cette année également, l’esprit de groupe (vite installé), lèvent bien des freins à la difficulté de communiquer.

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Lundi 23 et mardi 24 septembre

Lors de la 2e séance, sur une carte du monde, chacun vient localiser son pays d’origine, tracer furtivement le parcours qu’il a réalisé pour arriver jusqu’en France. Ensemble, on identifie certains repères géographiques, comme par exemple, les continents, les points cardinaux, les frontières, la situation physique de leur pays sur un planisphère…). Ensuite, à partir d’images représentatives d’endroits du monde, ils essayent de les localiser sur la carte. Même en dehors du continent qui les a vus naître, globalement ils ne rencontrent pas trop de difficultés à localiser des villes comme New-York ou Sidney, ignorent tout des pôles mais s’émerveillent de la diversité des paysages. Ils sont assez fiers de présenter à l’oral des éléments des photographies qui correspondent le plus souvent à des monuments de la capitale de leur pays. Au final, ils sont tous connaisseurs de leur culture d’origine et ont à coeur de la partager avec le groupe.

Une activité d’écriture au tableau permet d’identifier la variété des différentes langues utilisées par les jeunes, à savoir arabe, oromo, tigre, dari, pâchto et français et à travers l’écriture des prénoms, chacun s’essaient dans l’écriture de l’autre (moi comprise). L’interculturel, la valorisation de leur identité propre permettent de créer assez rapidement un lien de confiance qui favorisera les apprentissages à venir en français. De la même manière, les jeunes sont invités à présenter les grandes caractéristiques de leur pays d’origine à partir d’un modèle prédéfini pour une restitution à l’oral.

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Lundi 07 et mardi 08 octobre

Le mot LIBERTÉ intègre désormais les séquences de cours et la mise en route du projet numook prend son envol.

Un travail à l’oral permet d’associer des mots au mot Liberté et d’approcher doucement d’une première définition. Puis l’écriture de ce mot en plusieurs langues permet de délier les langues et d’apporter une notion universelle à ce mot.

Dans un deuxième temps, je distribue une série de photos qui peuvent symboliser ce mot ou être associées à une thématique proche de la Liberté. Je leur demande de choisir 2 images et d’expliquer pourquoi ils les ont choisies. Ensuite chaque image sera associée avec une citation comprenant le mot Liberté et ce choix sera justifié pour permettre d’enrichir le vocabulaire.

– Il n’y a pas de liberté pour l’ignorant.

– La vraie liberté se réalise au service des autres.

– Il n’y a pas de liberté sans lutte.

– Monter un cheval donne un goût de liberté.

[…]

Même sur une notion un peu abstraite, les jeunes arrivent à s’exprimer et comprennent très bien la signification des citations présentées (notamment avec l’aide des images associées).

Enfin, je demande à chacun de compléter la phrase suivante : Je me sens libre quand…

Et cela donne notamment :

Je me sens libre quand je suis en paix (Adam)

Je me sens libre quand je marche dans la nature. (Imran)

[…]

En reprenant certaines images, quelques jeunes écrivent à nouveau une autre phrase sur la Liberté et cela donne :

Je me sens libre quand je peux parler librement dans la communauté. (Imran)

Pendant la révolution soudanaise, contre le dictateur, les opposants crient : « La liberté, c’est tout ce qui nous reste ! » (Adam)

[…]

Le mot est désormais dans tous les esprits, intégré comme le fil conducteur d’une histoire à venir. Il reste à maintenant à développer un certain vocabulaire, à découvrir comment construire une histoire et l’imagination collaborative devrait faire le reste.

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Mardi 12 novembre

L’après-midi sera consacrée à la visite de la médiathèque. Pour préparer cette visite, je leur lis le questionnaire auquel ils devront répondre (et je joins une version audio pour les non-lecteurs).

Ensuite, je lis un conte philosophique sur le thème de la Liberté pour amorcer les caractéristiques d’un récit. Après une 1ère lecture, ils sont en mesure de rapporter les éléments essentiels du conte même si tout n’a pas été compris et les illustrations ajoutées devraient faciliter la relecture.

Je leur propose d’essayer de le lire à leur tour à voix haute, à tour de rôle. Il sera repris lors de la prochaine séance et les notions de personnages, de lieux et d’actions commenceront à être abordées.

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L’après-midi, visite de la médiathèque. Les jeunes réfugiés sont actifs lors de la visite, posent des questions (au-delà même du questionnaire), sont attentifs. Chacun choisit un ouvrage qu’il emprunte et présentera à l’oral à l’ensemble de la classe.

Cécile et Solène de la Médiathèque ont mis à leur disposition des ouvrages en lien avec le mot liberté et déniché des livres sur le Soudan, l’Ethiopie ou l’Afghanistan, qu’ils consultent avec intérêt.

A l’issue de cette première période, le groupe est déjà parvenu à travailler ensemble sans difficultés. Ils sont sérieux et respectueux de chacun. L’entente semble assez bonne. C’est un groupe calme, plutôt réservé mais progressivement la parole se délie et je ne suis pas inquiète quant à la réalisation du livre.

Les tablettes intégreront les séances à partir de janvier. Là il reste un mois pour commencer à échafauder une trame romanesque (ou pas), enrichir le vocabulaire, identifier des personnages, des unités de temps, de lieux…

L’histoire est en route.

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Depuis septembre, le groupe a peu bougé. Moussa, malgré un stage en entreprise, n’a pas signé de contrat d’apprentissage et aura quitté le groupe en décembre. Un autre jeune homme, Afghan cette fois et ami d’Imran intègre la classe en décembre, grâce à un apprenti réfugié de la classe de l’an dernier qui lui a trouvé une place dans l’entreprise où il travaille. Mustapha a 18 ans et veut être plombier.

Enfin, un autre jeune homme mineur, Afghan également, vient de signer un contrat d’apprentissage en maçonnerie et, par le biais de ses éducateurs, Saïd intègre le dispositif en janvier.

La classe passe donc à 10 apprentis, dont 2 beaucoup plus jeunes que la moyenne du groupe. Le niveau oral de ces deux nouvelles personnes est assez bon ; il reste à maintenant à canaliser l’effervescence de leur jeunesse pour que l’ambiance “studieuse” de la classe et l’harmonie du groupe ne s’effritent pas

Lundi 18 novembre

Après la découverte de la Médiathèque, les jeunes ont emprunté des ouvrages liés à la culture de leur pays ou en lien avec la liberté et chacun présente à l’oral un livre qu’il a choisi en justifiant sa sélection.

Parmi la sélection, un conte persan s’avère raconter la même histoire que celle du Roi et de l’Oiseau présentée la semaine précédente. L’occasion alors de vérifier auprès du groupe que cette histoire de liberté a bien été comprise. La lecture à voix haute accompagnée des illustrations permet une meilleure compréhension du récit.

À partir de cette histoire, chacun identifie les personnages, les lieux principaux et les actions essentielles qui constituent le récit et chacun assimile les éléments constitutifs d’une narration. On avance doucement dans l’élaboration du numook.

Une restitution d’un petit questionnaire sur la Médiathèque (réalisé sous forme de jeu) permet d’attribuer un lot aux vainqueurs dans une ambiance joyeuse de défi.

Lundi 25 novembre

Les séances de cette semaine vont se focaliser sur les personnages et la description qui permet de leur offrir une existence.

Dans la salle, des photos de personnes de tous types ont été affichées sur les murs. Un apprenti choisit (sans l’exprimer aux autres) un portrait. Deux autres apprentis vont devoir le trouver grâce aux questions fermées que posent le reste de la classe à celui qui a choisi. A tour de rôle ensuite, chacun s’exerce à deviner quel est le portrait mystère.

Je m’intègre dans le jeu, choisit à mon tour un portrait mystère mais je décide de choisir l’un d’entre eux plutôt qu’une photo. Après de nombreuses questions qui permettent l’emploi d’adjectifs multiples, l’un d’entre eux, finit par découvrir la ruse.

Dans un 2e temps, chacun décrit par écrit un garçon de la classe et à la lecture, tous essaient de deviner de qui il s’agit. Un document de travail sur la description physique leur est remis et un point de grammaire est réalisé sur la formation des adjectifs au féminin avec une série d’exercices pour mémoriser.

Mardi 26 novembre

Lecture d’un autre conte pour comprendre le mécanisme d’un récit, La princesse au petit pois. La version est illustrée pour que l’ensemble comprenne bien de quoi il s’agit.

Sans difficulté, les jeunes sont en mesure d’identifier les personnages importants, les lieux de l’histoire et l’élément qui va enclencher les actions du conte.

Ensuite, je leur demande d’inverser les rôles et d’écrire une histoire similaire au conte mais cette fois, c’est la princesse qui doit vérifier que le prince est un vrai prince.

L’exercice est réalisé en groupe de 2, d’abord à l’oral puis ceux qui le peuvent transfèrent leur histoire à l’écrit puis via un traitement de textes. S’ils ont tous bien compris qu’il fallait proposer un défi au prince pour vérifier son statut, ils oublient parfois le cadre mais sont en mesure d’établir un schéma narratif. Prêts désormais à écrire une histoire…

Lundi 2 décembre

La restitution est assez longue à prendre forme. Les jeunes ne sont pas familiarisés avec l’environnement informatique de l’ordinateur. Peu à l’aise avec le clavier français, ils n’utilisent généralement qu’une main pour écrire. Ils ne connaissent pas les codes de mise en forme (espaces, paragraphes, ponctuation, etc.) et le travail est assez laborieux. Certains se découragent, effacent par mégarde le travail. Tous n’iront pas au bout de cette écriture informatique, moins souple que celle apportée par la tablette. Mais néanmoins, quelques automatismes se mettent en place qui faciliteront le travail à venir.

Lundi 9 décembre

La poésie Liberté est reprise et dans l’ensemble, les jeunes commencent à bien maîtriser la partie qu’ils ont à mémoriser. Ils devraient être prêts pour la restitution de la semaine prochaine. Certains même semblent avoir assimilé le sens des mots et l’intonation qu’ils donnent au texte est agréable à écouter.

Pour varier un peu les apprentissages et pour ne pas les lasser dans l’écriture du livre, je fais une pause et présente, à leur demande, la notion des congés payés.

Ce cours est aussi l’occasion de répondre à tous types de questions relatives à l’entreprise et au droit du travail.

Mardi 14 janvier

Avant de pénétrer plus amplement dans la création de l’histoire, je distribue 2 nouvelles poésies (plus courtes) sur la Liberté et je demande à chacun d’en choisir une à apprendre intégralement. Les enregistrements sonores sont envoyés sur le groupe What’s app que nous avons créé.

Ensuite je leur demande d’écrire à la manière formelle d’un des 2 poèmes, un texte poétique. Le travail est mené par 2 et récupéré en fin de séance.

Aujourd’hui il est aussi prévu de définir les personnages principaux et secondaires de l’histoire ainsi que les lieux dans lesquels ils évolueront ; de décider si cette histoire sera réaliste, si elle intégrera des faits réels ou complètement imaginaires, si elle sera contemporaine ou non.

Pour l’élaboration de la trame et de ces choix, j’ai apporté des livres documentaires de photos sur des environnements variés. A cela s’ajoutent des images plus proches de nous.

Ensuite je leur demande d’écrire à la manière formelle d’un des 2 poèmes, un texte poétique. Le travail est mené par 2 et récupéré en fin de séance.

Aujourd’hui il est aussi prévu de définir les personnages principaux et secondaires de l’histoire ainsi que les lieux dans lesquels ils évolueront ; de décider si cette histoire sera réaliste, si elle intégrera des faits réels ou complètement imaginaires, si elle sera contemporaine ou non.

Pour l’élaboration de la trame et de ces choix, j’ai apporté des livres documentaires de photos sur des environnements variés. A cela s’ajoutent des images plus proches de nous.

Tous s’accordent facilement à vouloir écrire une histoire actuelle proche de la réalité et qui sera racontée par un narrateur extérieur. Tous ont envie d’y mettre des éléments culturels issus de leur pays d’origine, d’y associer des personnages plutôt jeunes et d’y mêler des sentiments profonds.

La classe se divise en 3 groupes distincts. Mustapha, Mussie et Najm el Dine cherchent les lieux qui pourront servir de décor à l’histoire. Adam, Yakhoub et Moustapha vont définir des personnages principaux et Abdi, Imran et Hasib rechercheront des personnages secondaires. Même si rien ne sera figé (notamment par rapport aux droits d’utilisation des images), je les laisse chercher et choisir très librement ce qui les inspire.

Ensuite à tour de rôle, ils justifient leur choix et des bribes d’histoire commencent à poindre même si, dans l’immédiat, aucune cohérence entre eux ne leur est demandée. La restitution est animée et dynamique. Tous veulent participer et s’exprimer, exposer leur idée mais, à chaque fois, dans le respect de la parole de l’autre. La séance est vraiment constructive. Je relève à l’écrit toutes leurs idées qui fusent à l’oral sans savoir encore si elles seront toutes retenues ni comment les exploiter.

Lundi 20 janvier

J’ai pris le temps de mettre en forme leur poésie réalisée à la manière de… Cela leur permet de voir qu’ils sont en mesure de réaliser, eux-mêmes, un travail artistique. Pour certains, la notion de rimes n’est pas complètement assimilée mais d’autres ont su imiter avec qualité l’oeuvre étudiée.

Pour clôturer la séance, une nouvelle présentation sur tablette leur est proposée. Je leur propose de travailler seul ou avec la personne de leur choix et de composer, un peu comme la dernière fois, une courte présentation personnelle d’eux-mêmes ou de leur binôme. Et sans même protester d’avoir à recommencer le même travail ou presque que celui de la dernière fois, ils se mettent en oeuvre et c’est plutôt pas mal.

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Mardi 28 janvier

À partir d’une série de photographies provenant du site https://unsplash.com/, et plus ou moins semblables à celles issues des livres des séances précédentes, les jeunes choisissent une image qui leur plaît, l’intègre dans le Book Creator et réalisent une petite description en utilisant une partie du vocabulaire repéré dans les exercices de la veille. Ils n’ont aucun souci avec la manipulation de la tablette, l’importation des images depuis le DRIVE. Ce qui reste compliqué, c’est assurément l’écriture. L’exercice est plutôt réalisé individuellement (c’est leur choix).

Dans un second temps, en binôme, ils vont aller à la rencontre du personnel du CFA avec leur tablette et interpeller les gens à partir d’une question : « C’est quoi la liberté pour vous » ? Puis les filmer avec leur accord. L’activité est difficile. Le plus souvent, ils ne connaissent pas les personnes qu’ils vont filmer, ont peur de ne pas être compris ou mal reçus. Mais dans l’ensemble, les collègues (qui ont été prévenus en amont) acceptent volontiers et au final, l’exercice se réalise dans la bonne humeur surtout lorsqu’ils se questionnent entre eux.

Lundi 3 février : construire une histoire à partir d’un choix de photos

En l’absence de formateurs, je retrouve les jeunes une partie de ce lundi ; l’occasion d’avancer en continu sur le livre numérique. En fonction des paysages et des personnages évanescents des séances précédentes, j’imprime une série de photos sur des lieux et des figures humaines. Par groupe de 2, ils choisissent 4 vignettes à partir desquelles je leur demande d’écrire un bout d’histoire. À ces 4 vignettes, j’ajoute une photo supplémentaire dans chaque groupe (issue elle-même d’un autre groupe) ; ce qui permettra peut-être d’amorcer un lien entre les petites narrations attendues.

Une restitution a lieu au tableau et à l’oral. J’ai parfois assuré la prise de notes lorsque c’était trop compliqué pour les jeunes d’écrire leur histoire. Au final, toutes les petites narrations font sens et certaines peuvent se lier entre elles et sont dans le prolongement de ce qui avait été amorcé les semaines précédentes. Les personnages sont récurrents (donc adoptés !) et certains lieux seront bien maintenus dans l’histoire à venir ; à savoir l’Afghanistan, l’Iran, le Soudan et Rennes.

En parallèle avec cette construction de récit à partir d’images, ils récitent, à tour de rôle, la poésie qu’ils ont choisie et un barème de notation collective est proposé. Deux seulement n’ont pas appris la poésie. Les jeunes sont filmés et réalisent à quel point mettre le ton et une bonne posture donne encore plus de sens à la poésie et d’intérêt. Ils sont assez sévères dans leurs notations.

CAP 3

Lundi 10 février : construire une histoire à partir d’un choix de photos

Je remets à chacun une nouvelle poésie d’un auteur iranien, Garous Abdolmalekian (né en 1980), Pièce, simple à apprendre dont le thème est en lien avec la liberté. Je leur demande de chercher quelques informations sur le poète (via internet). Lecture puis explication de quelques mots de vocabulaire.

PIÈCE

Autour de ma maison

Celui qui pense au mur

Est libre

Et triste

Celui qui pense à la fenêtre

Celui qui cherche la liberté

Est assis entre quatre murs

Il se met debout

Il fait quelques pas

Il s’assied

Il se met debout

Il fait quelques pas

Il s’assied

Il se met debout

Il fait quelques pas

Il s’assied

Il se met debout

Quelques pas…

Même toi tu es fatigué de ce poème

Maintenant

Et lui donc

Il s’assied

Il se met debout…

Non ! Il tombe

Je leur montre ensuite comment un poème (celui de Maurice Carême) peut être mis en page sur le Book Creator, en utilisant à la fois des images, de la vidéo et du texte. J’insiste sur l’importance des droits à l’image et la nécessité d’utiliser Unsplash.com ou Flickr.com.

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Mardi 11 février : construire une histoire à partir d’un choix de photos

Au CFA, une nouvelle directrice est arrivée depuis janvier, Ruth Jourand. Elle a décidé ce matin-là, de venir à la rencontre des jeunes. Elle-même étrangère, elle raconte son parcours, sa totale méconnaissance du français lorsqu’elle est arrivée en France et la nécessité de l’apprendre pour trouver sa place dans la société. D’origine irlandaise, elle insiste aussi sur le privilège de vivre en France aujourd’hui et souhaite à chacun des jeunes une heureuse intégration en rappelant qu’il faut du temps, de la patience. À tour de rôle, ils se présentent et les langues se délient, surpris et satisfaits que la chef d’établissement soit venue à leur rencontre.

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Comme la plupart de leurs récits abordent la relation amoureuse, je décide de travailler sur le vocabulaire de l’amour avant de reprendre le travail sur les tablettes, sans, pour l’instant, exiger un lien véritable avec leurs histoires amorcées. Sous la forme d’une séquence assez ludique, ils construisent à deux une petite histoire d’amour à partir de mots-clés piochés au hasard d’une série pré-établie et avec une trame commune. L’exercice se réalise dans la bonne humeur et les histoires se structurent.

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Lundi 24 février

À la manière de ma présentation du poème de Maurice Carême, par groupe de 2, les jeunes essaient de commencer à mettre en forme l’histoire qu’ils ont réalisée à partir des vignettes.

Ensuite, de mon côté, je fusionne l’ensemble des pages réalisées pour essayer de créer du lien entre leurs histoires.

Je me rends compte qu’ils ne maîtrisent pas la fonction réelle des bulles. Pas de souci particulier pour trouver des images et pour la prise en main du logiciel. Le plus difficile, bien évidemment, est d’écrire du texte. Aussi, de temps à autre, nous oralisons ensemble, ce qu’ils veulent raconter et je le retranscris à leur place car ils ne sont pas spécialement à l’aise avec la fonction audio du Book Creator. Je vais donc essayer de les familiariser avec, notamment dans les scènes de dialogue où ils vont se mettre en scène.

D’autre part, en lien avec la Médiathèque de Saint-Grégoire, je leur annonce que nous irons à la rencontre d’un auteur-illustrateur la semaine prochaine. Il s’appelle POG. Nous prenons connaissance de son oeuvre via internet et chacun prépare une question à lui poser.

Lundi 2 mars

Pour que chacun soit d’accord avec l’histoire qui s’entame, je leur remets un document récapitulatif des éléments qui vont être conservés désormais pour cette histoire. En fait, je ne fais que reprendre les idées qui reviennent à chaque fois depuis l’émergence d’un fil narratif.

Ensuite je leur demande de rédiger une scène par écrit. Et je leur demande également de rapporter, pour la semaine suivante, chacun, une chanson qu’ils apprécient particulièrement et ces séquences musicales serviront à accompagner l’histoire de Yakhoub et Lana.

Mardi 3 mars : rencontre avec POG

Retrouvez l’article paru dans Ouest France ici

La semaine suivante, les jeunes sont en immersion toute la semaine au CFA et l’écriture du livre numérique est reportée à la semaine suivante. Cependant, j’ai pris le temps de créer du lien entre tous les bouts d’une histoire et je leur propose une version possible. Elle est acceptée ; certains y apportent des nuances et quelques modifications. La trame est écrite. Des petites narrations de chacun est née une narration commune qui fait l’unanimité. Chacun a construit une part et avec un peu d’imagination, de nombreux échanges oraux, tout a finalement pu s’assembler sans trop de difficultés.

À eux maintenant de jouer maintenant ! Mais c’était sans compter sur l’arrivée du Coronavirus dans nos vies et l’éloignement temporaire du groupe.

Allons-nous réussir à écrire à distance ? Sans pouvoir nous rencontrer pendant quelques semaines ?

J’ignore encore si le public connaîtra la véritable histoire de Yakhoub et de Lana, entre Soudan, Afghanistan, Iran et Rennes. Mais je l’espère. Car c’est une belle histoire qui s’est dessinée.

15 Mars-15 Mai : Continuer à écrire malgré le Coronavirus

La période qui traverse ces deux mois est exceptionnelle et inattendue. Malgré tout, parce que le temps de la formation en alternance est limité mais surtout parce que l’activité numook est un moyen de rester en lien avec tous et tous ensemble, j’ai décidé de continuer à échanger avec eux pour que le livre avance et aille à son terme.

Prise de court, je n’ai pu remettre aux jeunes les tablettes. Aucun n’a d’ordinateur, donc il est compliqué de leur demander d’aller sur le Book Creator et de composer eux-mêmes les pages de l’histoire?

De plus, les jeunes n’ont pas d’autonomie véritable (et moi pas ou peu d’expérience) sur l’enseignement à distance (plateforme LMS Aptyce) mais ils ont eu du temps à occuper, du temps pour essayer d’écrire en français. Et c’est à partir de ce constat, que je vais essayer de maintenir une dynamique de travail collaboratif.

Maintenir le lien

L’essentiel dans un 1er temps, est de maintenir le lien entre tout le monde, de façon régulière. En début d’année, nous avons créé un groupe classe sur le réseau social WhatsApp qui me permettait, jusqu’ici de partager des photos ou des consignes de travail. Je décide de travailler en passant par ce groupe.

Je m’assure que tout le monde le consulte régulièrement, via un appel téléphonique à chacun. En cas d’impossibilité de les joindre, je demande aux autres de les contacter.

Amorcer un travail sur l’ebook à distance

Comme la trame de notre histoire a été dessinée avant la fermeture du CFA, je décide de la remettre dans l’esprit de chacun avant de pouvoir commencer à l’étoffer. Aussi chaque jour (aux alentours de 18h), je leur raconte l’histoire imaginée ensemble via un message vocal. Le message dure moins de 2 minutes. Il est lu assez lentement pour que tout le monde saisisse l’essentiel.

Ensuite, je pose une ou plusieurs questions pour vérifier qu’il est compris par tous. Les questions sont écrites (et oralisées à partir du 2ème jour) et ils y répondent à l’écrit ou à l’oral.

Au cours de la semaine, je télécharge l’application Zoom et leur envoie le lien de téléchargement. C’est assez laborieux, mais une belle solidarité se met en place pour expliquer à ceux qui ont plus de mal avec le français et la technologie numérique.

En fin de journée, après plusieurs tentatives, la connexion s’effectue et progressivement je vois apparaître les apprentis sur mon écran. Le plaisir de se retrouver est partagé !

Organisation sur Zoom

Pour organiser le travail à distance, j’ai fusionné toutes les pages déjà réalisées en un seul livre et je les ai ordonnées en fonction de la trame adoptée. J’envisage de leur montrer ces pages dans la semaine pour qu’ils se rendent compte de ce qu’ils ont déjà été capables de créer. Ensuite, l’idée est de les faire travailler individuellement sur des dialogues et des courts textes à partir d’une page où j’aurai inséré des images relatives à l’histoire et peut-être, dans un 2etemps, proposer du texte et leur demander d’aller chercher les images qui pourrait l’illustrer (via Unsplash ou Flickr).

La limite technique de l’enseignement à distance est prégnante. Beaucoup n’ont pas d’accès wifi et utilisent leur propre connexion internet (limitée dans le temps, le plus souvent) et en ces temps de confinement, elle est durement sollicitée et certains sont déjà à court, malheureusement.

Les deux séances de la semaine ont permis de réamorcer l’histoire initiée avant la fermeture du CFA. Je l’ai découpée en plusieurs parties, ai finalisé un PDF de ce qui avait été déjà élaboré.

Via whatsapp, j’envoie la trame écrite de l’histoire par petits bouts avec à chaque fois, une version audio et je leur demande simplement d’en prendre connaissance avant les séances de cours. De ces textes, j’élabore un cours de français avec quelques notions de grammaire pour faciliter l’interaction orale. Le texte est lu à voix haute par tous et peu à peu chacun s’imprègne du récit.

Pour faciliter l’usage de zoom (sur smartphone), je prépare en amont un power point qui rendra ma séance plus lisible (en partage d’écran). Ils reçoivent le document la veille et peuvent le consulter s’ils le désirent. De plus, en cas de mauvaise connexion, ils peuvent suivre sur leur téléphone plutôt que sur mon écran de partage.

J’essaie de maintenir une continuité entre chaque cours, de garder la même organisation. Aussi un peu de compréhension orale, un peu de lecture et très peu d’écrit (les outils ne sont pas appropriés). Je poursuis notre histoire pour le numook, je les fais participer à tour de rôle, vérifie qu’ils comprennent bien la progression.

4e bilan CFA

À chaque séance, je déroule l’histoire de notre numook. Nous arrivons presque à son terme.

La lecture de l’histoire par tous est achevée. Je vais la compiler pour leur envoyer le document via whatsapp auquel j’ajouterai une version audio. Ainsi elle sera dans la tête de chacun lorsque le CFA ouvrira à nouveau et c’est à partir de cette version, que les apprentis tenteront de créer des dialogues que nous insérerons dans le livre numérique, resté en suspens, faute d’outils pour travailler.

Je vais essayer de consacrer la dernière séance de cette période de confinement à une lecture globale de l’histoire et tenter l’enregistrement de certaines pages qui pourront peut-être s’intégrer au numook.

L’activité autour du numook est en suspens. Si le CFA rouvre en juin, nous intégrerons ensemble des dialogues à l’histoire, les illustrations manquantes et trouverons un titre. Si le CFA n’ouvre pas, le livre sera envoyé en l’état. J’ai prévu néanmoins d’ajouter les photos manquantes pour permettre à l’objet d’être lu.

Ainsi, malgré tout, nous sommes parvenus à maintenir un lien plutôt actif pendant ces deux mois de confinement. Deux mois éprouvants pour tout le monde et l’incertitude du lendemain ne nous réjouit pas forcément. Mais le sentiment d’avoir avancé un peu dans notre projet d’écriture atténue l’impression d’inachèvement de cette année scolaire.

15-Mai- 06 juillet : Se retrouver pour finaliser et partager l’histoire

Les jeunes ont repris le chemin de l’entreprise entre le 11 mai et le 02 juin et les cours à distance se sont raréfiés, compte-tenu d’un retour à temps-plein sur les chantiers. La réouverture du CFA est annoncée le 2 juin et tous (dont moi), nous avons hâte de nous revoir réellement et de recommencer « comme avant ».

Avec la direction, il est prévu de faire revenir la classe au CFA chaque lundi et mardi jusqu’à la fermeture de l’établissement, le 10 juillet. Soit 6 semaines, 12 journées, et plusieurs heures pour achever ce livre numérique.

Les 2 premiers jours de la reprise sur site voient s’afficher les sourires des jeunes (même masqués). C’est un soulagement de les revoir tous. Le plaisir de se retrouver est partagé. Les formateurs qui accompagnent le groupe sont également présents.

Préalablement à l’activité numook, une prise en main des logiciels du CFA destinés à l’enseignement distanciel est assuré ainsi qu’une petite formation sur les tablettes que la PRO-BTP leur a offertes. J’en profite également pour leur montrer la maquette de l’objet numook.

Le travail réalisé avant et pendant le confinement a enfin pris forme et ils semblent positivement surpris du résultat. Faute de temps, l’histoire a été partiellement rédigée par mes soins mais à partir de leur présentation orale et en respectant au maximum leurs expressions et tournures de phrases. Certains liens de cohésion ont été nécessaires mais le fond de l’histoire est incontestablement le leur et les passages illustrés et dialogués leur appartiennent également, puisqu’ils vont être réalisés hors confinement.

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Le choix de la couverture

Après une lecture à voix haute de l’histoire, chacun vient écrire au tableau 3 mots essentiels à l’histoire et à partir de cet ensemble, nous allons nous mettre d’accord pour trouver un titre à cette histoire. Le consensus n’est pas très difficile à obtenir et 2 mots reviennent vite : Guerre et Amour. Adam ajoute le mot Paix. Et le titre prend forme. L’ordre des mots respecte finalement la chronologie de l’histoire. De retour sur Unsplash, les jeunes cherchent des images capables de représenter ces 3 mots. Tout le monde est d’accord pour faire figurer des éléphants sur la couverture.

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Le mois de juin

A partir du texte rédigé, chaque jeune construit des dialogues et de courts textes de légendes à disposer sur les pages illustrées. Il apprend à synthétiser les informations essentielles, qu’il a déjà plus ou moins repérées en cherchant des images adaptées et réutilise une partie du vocabulaire ; ce qui optimise son niveau de compréhension et de mémorisation. Ainsi le récit lui appartient encore un peu plus.

Une fois le texte réparti sur l’ensemble du livre, je décide de mettre des bribes de tout ce que nous avons réalisé cette année autour du thème de la liberté, notamment des enregistrements et des vidéos et de les insérer au fil des pages pour donner du rythme et de l’intérêt à l’outil numérique.

La poésie de Paul Eluard, apprise en début de formation est celle qu’ils souhaitent conserver dans l’ouvrage. Je les avais filmés et enregistrés en décembre mais ils préfèrent repartir sur un nouvel enregistrement. Et là, le résultat est bien meilleur ; leur niveau de français, leur aisance orale ont vraiment progressé et derrière leurs paroles, on ressent toute leur satisfaction d’être à présent capables de réciter quelques vers de poésie avec légèreté et beaucoup plus de facilité.

Ainsi les vers de Paul Eluard jalonnent l’histoire.

Avant de publier l’ouvrage, on se met d’accord sur les remerciements à ajouter à la fin du document. De mon côté, j’ajoute quelques éléments réalisés autour de cette création (venue de l’auteur, article de presse pendant le confinement).

Enfin, pour que le livre soit encore plus vivant, on décide également d’ajouter la chanson apprise pendant le confinement, « L’oiseau et l’enfant », reprise par Kids United. Dans la version du CFA, non soumise aux droits d’auteur, la chanson est ajoutée à l’histoire et égrènent les dernières pages du livre, lui donne du rythme et fait naître l’envie de chanter. Chacun avait un couplet d’attribué et Yakhoub s’en sort avec brio et accepte que l’enregistrement figure aussi dans le livre.

Cette chanson est vraiment le symbole de nos deux mois confinés et il semblait important à tous

qu’elle demeure dans cette histoire. Elle nous a permis des éclats de rire et beaucoup de joie à distance, a sans doute fortifié les liens entre tous. Même s’il est encore difficile pour eux de la chanter en chœur et en harmonie, elle restera en mémoire.

Aussi, on décide de s’entraîner encore en vue de la restitution du livre numérique prévue au CFA avant sa fermeture.

Voilà, notre livre est publié sur le site de Lecture Jeunesse et sur le site internet du CFA (avec communication sur FB). L’aboutissement de ce projet est une grande satisfaction. Chaque jeune reçoit une impression couleur et reliée en PDF.

Nous en faisons la lecture à voix haute, sans omettre de cliquer sur les vidéos et les enregistrements vocaux qui tentent de restituer l’ambiance de travail de cette année. Les jeunes sont satisfaits, assez contents d’eux-mêmes.

Ils sont d’accord pour le présenter en fin d’année aux classes qui seront présentes au CFA ainsi qu’à la direction et aux formateurs disponibles.

Préparation de la restitution locale

Le personnel de la Médiathèque et l’auteur sont également invités. Compte-tenu du protocole sanitaire, le public sera restreint mais suffisant pour valoriser leur travail. Il nous reste maintenant quelques heures pour nous préparer. Le texte est découpé entre les jeunes ; chacun lira un passage et le livre défilera sur grand écran pour rendre compte des effets visuels et sonores.

Répétition générale. Ça cafouille un peu mais certains ont acquis une confiance qui laisse de la place à l’improvisation et je ne suis pas trop inquiète. Leur plaisir devrait être communicatif et l’ambiance plus détendue de la fin de l’année fera le reste.

Lundi 6 juillet : la restitution du projet

Une météo clémente permet d’organiser la restitution en extérieur. Abdi est absent. Des émeutes récentes en Ethiopie l’ont éloigné de sa formation. On espère tous que ce changement d’attitude sera temporaire et qu’il pourra rapidement retourner en entreprise et poursuivre son CAP. Dans l’immédiat, Adam le remplace dans la restitution de l’histoire. Chacun s’est entraîné.

Une trentaine de personnes (apprentis, formateurs, personnel de la médiathèque, l’écrivain POG, personnel de la direction du CFA) assistent à l’événement. Les jeunes dépassent leur peur et au fil des minutes, le plaisir d’être là se manifeste. Ils ont beaucoup progressé et les plus avancés soutiennent ceux qui ont encore du mal à s’exprimer en français à voix haute.

La représentation est un moment agréable et joyeux qui fait du bien à tout le monde et clôture une année difficile en douceur.

L’achèvement du numook est une étape importante dans le parcours de formation des CAP+. Il montre à quel point ces jeunes ont amélioré leur niveau de français et peuvent désormais rejoindre une classe plus ordinaire. Il demeure un objet concret de cette année, peuplé de souvenirs forts, d’activités collaboratives et fédératrices, un gage de confiance pour les 2 années à venir au CFA ; galvanisant assurément, pour les apprentis comme pour moi-même.

Car, au-delà de la pratique du français et des outils numériques, il reste un formidable dispositif pour l’apprentissage du « vivre et travailler ensemble » et un outil incontestable de reconquête de « l’estime de soi ». Ainsi l’air de rien, il a toute sa place dans un cursus de formation destiné à de jeunes réfugiés.

P1010961 Découvrez la restitution de projet en vidéo !
Articles de Cécile Pellerin, responsable du centre de ressources du CFA et porteuse du projet ; mise en forme par LJ
 

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