Lycée des métiers du Rebberg, Mulhouse (68)

Un univers steampunk pour le projet des élèves du CAP Couture Flou

Septembre 2019 : lancement du projet numook

Le principe est acté avec les élèves de terminale CAP Couture Flou : elles vont écrire une histoire qu’elles ont envie de porter mais avec l’obligation de respecter deux contraintes : inscrire l’histoire dans les différents lieux emblématiques de Mulhouse du 19e siècle tout en lui donnant une coloration toute particulière propre aux codes du steampunk (Vision retro futuriste).

 

Projet interdisciplinaire : le projet prend place dans l’interaction entre trois disciplines : les lettres-histoire (écriture), les arts appliqués (réalisation des esquisses de costumes et d’un décor) en lien avec le CDI et le domaine professionnel « métiers du vêtement » (réalisation des costumes des principaux personnages).

   

Le temps du projet : Un rétro planning définit les plages de travail consacrées au projet en tenant compte des vacances et des périodes de formation en entreprise. Il est acté que le projet doit se terminer pour les vacances de Printemps (vendredi 10 avril 2020) car les élèves partent en PFMP (période de formation en milieu professionnel) au mois de mai, puis ce seront les épreuves du CAP de juin 2020.

   

Il a été décidé de consacrer :

– au moins 1 à 2 heures par semaine au projet en lettres-histoire

– une série de séances en Arts appliqués pour comprendre les principales « veines » artistiques du steampunk et plus particulièrement les codes vestimentaires, puis réaliser des planches tendances, créer des costumes pour les principaux personnages ainsi qu’un décor (une porte) susceptible d’avoir une place particulière dans l’histoire.

– les heures d’atelier professionnel pendant les six semaines entre janvier et février 2020 pour la confection des costumes.

 

Les différents temps de l’écriture :

Il est décidé d’une écriture collective autour d’une histoire unique : l’histoire est divisée en plusieurs chapitres. Chaque chapitre est pris en charge par un groupe d’élèves différents. Les groupes sont composés de 2 élèves environ.

Les séances d’écriture alternent avec des temps de prise de parole pour permettre aux élèves d’échanger autour de décisions communes, ce qui leur permet par la même occasion de prendre de la distance par rapport à l’écriture.

 

L’avant écriture :

Le projet propose de faire vivre des expériences aux élèves afin de stimuler leur imagination : une série de visites sur les lieux emblématiques de Mulhouse, des lectures d’extraits de bandes dessinées et de romans, des consultations de vidéos, une compilation de visuels et de photos d’époque.

 

Septembre – décembre 2019 : des visites

Visite de l’expo « Secrets de fabriques » à La nef de Sciences

L’objectif est d’interroger les élèves sur la notion de patrimoine industriel et de les rendre attentives aux vestiges du passé industriel qui ont fait la renommée de Mulhouse au XIXe siècle

 

Visite de la ville de Mulhouse en partenariat avec La Maison du Patrimoine Edouard Boeglin (Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine)

Les élèves s’inscrivent dans le contexte du Mulhouse du XIXe siècle de manière à pouvoir mieux en rendre compte dans leur future histoire.

 

Le quartier du Rebberg : quartier des villas construites par quelques-uns des capitaines d’industrie de Mulhouse. Le bâtiment qui abrite encore en partie aujourd’hui la Société industrielle de Mulhouse (SIM)

En 1826, un certain nombre de jeunes industriels mulhousiens, inspirés pour une bonne part par les idéaux maçonniques, fondent une Société qui se donne pour but le développement des recherches scientifiques pouvant être utiles à l’industrie, alors en plein essor à Mulhouse.

Les premières manufactures de la ville (centre historique jusqu’au quartier de la Fonderie)

Le manufacturier, au XVIIIe siècle, privilégiait en effet dans ses choix d’implantations les hôtels particuliers de la noblesse, dits « cours des nobles ». Les patrons moins fortunés intégraient leurs ateliers dans la belle maison de ville, ou dans ses dépendances lorsqu’un jardin la prolongeait à l’arrière. Une industrie moulée dans une totale « clandestinité paysagère ». Puis premières extensions dont la société de construction mécanique (SACM).

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La cité ouvrière et DMC (Dollfus Mieg et Compagnie)

Le modèle des bâtiments industriels évolue par rapport aux anciennes manufactures du XVIIIe siècle qui se sont adaptées à l’évolution des techniques : en adoptant la machine à vapeur, elles ont dû remodeler l’espace productif pour accueillir de nouveaux équipements.

A partir du milieu du XIXe siècle généralisation du modèle du bloc massif élevé sur plusieurs étages qui répond à un souci fonction simple : disposer à chaque niveau d’un plateau d’un seul tenant suffisamment solide pour supporter le poids des machines et faciliter la circulation des ouvriers et des matériaux. Puis découverte de l’apparition des sheds, innovation radicale venue d’Angleterre avec les toits caractéristiques à dents de scie pour faire obstacle à la pénétration directe des rayons du soleil.

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Les bains municipaux

Le bâtiment qui subsiste encore aujourd’hui date du début du XX e siècle. En 1911, la ville décide de la construction d’un établissement de bains. Après une interruption de chantier au cours de la Première guerre mondiale, l’établissement est inauguré en 1925. Cet élégant bâtiment de style néo-classique aux remarquables vitraux, comprend deux bassins de natation, des cabines avec baignoires et des bains romains, innovation à l’époque. L’édifice a conservé son réseau d’adduction d’eau et sa chaudière à vapeur SACM des origines, alimentée au charbon, et sa cheminée.

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Visite à La cité du train avec un guide du musée

Les élèves comprennent l’importance des nouvelles technologies au XIX e siècle et le rôle majeur qu’ont joué les machines à vapeur dans le développement des trains et de la première révolution industrielle.

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Visite de la bibliothèque Grand’rue de Mulhouse

Découverte des collections patrimoniales de la bibliothèque : les livres, les cartes et plans, quelques fonds d’archives ainsi que le Cabinet des estampes où sont conservées notamment des lithographies de Mulhouse. Ce cabinet s’inscrit dans la tradition mulhousienne de production d’images imprimées et reflète le goût pour la gravure, domaine auquel contribua largement le mulhousien Godefroy Engelmann.

Septembre – décembre 2019 : des lectures, des vidéos…

Toutes ces références sont intégrées sur la plateforme de cours en ligne Moodle accessible depuis l’environnement numérique de travail de l’établissement.

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Janvier 2020 : formation à Book Creator

Un médiateur de Canopé Mulhouse vient en classe pour former les enseignantes et les élèves au fonctionnement de cette application. Book Creator permet de créer des livres numériques en ligne pouvant intégrer sons, textes et vidéos

Cette formation permet aux élèves de comprendre la finalité de l’objet numérique auquel elles contribuent. Cette étape permet de relancer leur motivation par la valorisation de leur travail.

Décembre 2019 – février 2020 : réalisation des croquis des personnages puis des costumes

atelier croquis croquis2

Fin décembre 2019 – mars 2020 : l’écriture

Après avoir posé les éléments initiaux du récit (situation initiale, élément perturbateur, protagonistes, décors, …) avec leurs enseignantes, les élèves s’attaquent dès lors au travail d’écriture.

Les deux premières rencontres (13 décembre 2019 et 17 janvier 2020) avec Johan Heliot auteur de plusieurs uchronies dans la veine « Steampunk », sont déterminantes dans l’avancée du projet.

Son intervention est précieuse pour aider les élèves à décider collectivement de l’ensemble de la trame d’écriture. La principale difficulté est de solutionner les problématiques du départ (enlèvement, menace des plantes grimpantes dans la ville…) et celles qui apparaissent au cours des péripéties.

Dans le cadre d’une écriture collaborative, la création du canevas revêt une importance toute particulière car il est l’élément de référence pour éviter les « sorties de route » des élèves. Il constitue la trame indispensable dans laquelle les chapitres pourront s’emboiter parfaitement les uns après les autres.

écriture

Johan Heliot aide également les élèves dans la définition des personnages, en leur indiquant de prendre soin de ne pas les multiplier au risque d’alourdir le texte. Il est important de ne pas trop complexifier l’histoire. De plus, il insiste sur le fait que de leur trouver un prénom donne une information sur leur personnalité et leur caractère permettant ainsi d’enrichir le texte. Il est ainsi plus facile pour un auteur de les accompagner tout au long du récit.

Il souligne l’importance de les imaginer réellement lorsque l’on écrit. Ce conseil fait écho à l’idée d’associer au projet dès le départ les arts appliqués et l’atelier professionnel (dessins et confections des costumes). Imaginer l’apparence des personnages aide les élèves à les inscrire à la fois dans le récit et dans l’époque du récit.

Il s’agit aussi d’imaginer les liens logiques entre les personnages, les actions qui les portent. Ecrire avec des personnages demande à se poser constamment la question de savoir comment ils pourraient réagir face aux événements.

rencontre

Johan Heliot a également souligné l’importance de certains points à respecter pour mener un récit :

– la cohérence : indispensable pour garder la crédibilité d’une l’histoire dans le cadre d’un travail d’écriture. Par exemple au chapitre 1 (p 10 du numook), lorsque Thérèse découvre l’automate dans le laboratoire et que ce dernier livre des sons incohérents, la question que doivent se poser les élèves est la suivante l comment le robot peut-il parler à ce moment précis ? Thérèse sait-elle le faire marcher ou était-il encore allumé ?

– la focalisation : le changement de focalisation permet de dynamiser un texte. Par exemple, le fait de passer de Thérèse à Colette au chapitre IV (page 29 du numook) a permis de donner un nouveau souffle au récit et par la même occasion, l’avantage au lecteur. En effet, celui-ci se retrouve en position d’en savoir plus que certains autres personnages. Ce procédé permet de resserrer l’intérêt autour de l’intrigue.

– l’interaction entre l’écrit et les dessins. Concernant la partie « roman graphique » du chapitre II, les élèves doivent être attentives au fait de devoir conserver l’équilibre entre le texte et l’image. Tout ce qui n’est pas dessinable doit être écrit

– l’écriture sensitive : il ne faut pas à hésiter à écrire avec ses sens. En utilisant la vue, l’ouïe, l’odorat le toucher et le goût, une multitude d’informations nouvelles viennent compléter la description, enrichir ainsi un texte et le rendre plus vivant.

– la temporalité : Il faut toujours y faire attention. Par exemple, lorsque Thérèse pressent le complot, elle doit agir au plus vite, donc agir dans la journée. D’une manière générale, le temps du récit doit être court.

– la logique d’un récit : il faut respecter la logique du récit et procéder en permanence à des ajustements dans le récit. Cette mécanique d’ajustement permet de maintenir la fluidité dans le récit. D’autre part, il faut trouver les réponses aux questions soulevées en début d’histoire. Une histoire réussie doit apporter des solutions aux problèmes posés au début du récit.

Fin du projet ?

Et depuis mars… situation compliquée à la suite des mesures de confinement relative au Covid 19 !

La troisième rencontre avec Johan Heliot était prévue pour le 6 mars mais elle n’a pas lieu et n’a pas pu être encore reportée…

Il est difficile pour les élèves de continuer à écrire à distance sans leur binôme et dans le contexte d’une aide à distance.

Articles de Catherine Schneider, professeur-documentaliste au lycée et porteuse du projet ; mise en forme par LJ
 

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