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Sommaire «(Auto)censure»

LECTURE JEUNE 155 | SEPTEMBRE 2015

Edito par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse

Des titres à mettre « absolument dans les mains des adolescents », des livres « indispensables » dans un CDI ou une bibliothèque… les expressions des « sélectionneurs » (pour reprendre un terme utilisé par Cécile Rabot) qui orientent, guident, choisissent, recommandent ou prônent des titres sont souvent aussi enthousiastes que révélatrices de la mission dont ils se sentent investis : certains livres doivent être lus par des jeunes. Les comités de lecture, d’acquisitions, les critères de sélection de nombre de bibliographies, de structures et d’institutions variées, même s’ils se défendent de vouloir être édifiants, trahissent aussi des préoccupations morales ou éducatives. Certes, nul ne prêche ouvertement pour telle ou telle « valeur » en particulier, quand beaucoup apprécient néanmoins que celles qu’ils prônent et souhaitent transmettre soient présentes. Force est de constater que la thématique l’emporte parfois sur la forme. Le style ne sauvera pas forcément un texte en inadéquation avec la représentation que chacun – bibliothécaire, enseignant, membre d’association, éditeur, parent –, se fait de la jeunesse, de « l’adolescent » (et de lui-même en tant qu’autorité). Viennent, dans un second temps, les injonctions diverses de l’extérieur. La liberté à la française lisse les différences plus qu’elle ne les affiche. Alors, de la diversité, oui, du moment qu’elle ne se voit pas trop, qu’elle ne dérange pas trop chaque branche professionnelle. Le sélectionneur semble omnipotent : il pointe, il classe, il admire ou met au rebut. Pourtant, la sélection est un exercice périlleux : on s’y expose, parfois écartelé entre critères professionnels, directives hiérarchiques, choix personnels et réception du public. Est-ce pour ne pas se compromettre que les professionnels optent généralement pour la publication exclusive de leurs critiques positives ? Les rayonnages montrent la part de la production retenue, pas celle que l’on refuse délibérément de promouvoir. Outre ses manifestations médiatiques, les plus visibles, qu’elle soit morale, religieuse ou politique, la censure prend, on le sait, des formes variées. Mais c’est souvent ce que l’on ne voit pas, ce qui a été rejeté, qui témoigne le mieux de son exercice ou des critères mis en place pour éviter son emprise. La rédaction, bien sûr, est particulièrement concernée par ces questions sur la sélection des livres, leur catégorisation, la façon de faire apparaître les titres exclus lors des comités, qui changeront dès le premier numéro de mars 2016. C’est bien parce qu’elles nous concernent au premier chef et que nous nous interrogeons sur nos propres façon de travailler, que nous pensons utile d’apporter dans ce numéro des volets complémentaires au n°128 de la revue Des romans violents((Décembre 2008.)) et aux dossiers de Bibliothèque(s)((« La censure », n°41/42, décembre 2008.)), InterCDI((« Censures », n°232 spécial, 2011.)), Lectures((« Censure et bibliothèques publiques », n°161, mai-juin 2009.)) et Raison publique((« La littérature de jeunesse : une école de vie ? », PUPS, octobre 2010.)).

La censure, une exception française ? analyse par Daniel Delbrassine

Daniel Delbrassine enseigne en lycée technique et à l’Université de Liège. Sa thèse de doctorat sur « le roman contemporain adressé aux adolescents » a été publiée en France (CRDP Créteil et La Joie par les livres, 2006) et il intervient régulièrement dans la formation continue des bibliothécaires et des enseignants en Belgique, en France et en Suisse.

La littérature pour la jeunesse serait aujourd’hui le seul domaine où la censure s’exerce ouvertement en démocratie. Et l’enfance et l’adolescence, les seuls publics pour lesquels la « protection » du lecteur s’imposerait « naturellement ». Le contrôle des publications adressées à la jeunesse est déjà une vieille histoire en France, marquée par des figures comme l’abbé Louis Bethléem (1904), Marie-Claude Monchaux (1985), ou plus récemment (2014) un président de parti… avec une constante des préoccupations, la morale ; et une activité étonnante par son importance : le Dictionnaire des livres et journaux interdits par arrêtés ministériels de 1949 à nos jours de Bernard Joubert compte 1213 pages !

De la recommandation à la règlementation, entretien avec Bruno Anatrella
La loi de 1949 encadre les publications destinées à la jeunesse mais qu’en est-il des autres domaines artistiques ? Si le cinéma dispose également d’un cadre législatif, les jeux vidéo fonctionnent en revanche sur l’autorégulation et les différends en musique se règlent par une procédure judiciaire.
Choisir c'est renoncer, entretien avec Soazig Le Bail

Soazig Le Bail a commencé à travailler dans l’édition en corrigeant les livres. Elle a ensuite été responsable de la collection « Castor Poche » quelques années, avant de partager sa vie professionnelle entre l’édition et l’organisation d’événements autour du livre durant dix ans.

Pour Soazig Le Bail, éditrice des romans chez Thierry Magnier, la majeure partie du travail d’un éditeur consiste à refuser des textes. Dans cet entretien, elle présente les critères qui guident ses choix sans omettre ses limites et ses tabous. Elle témoigne également de sa perception du champ éditorial du roman pour adolescent et de la frilosité ambiante qui amène à s’interroger sur la publication de certains romans.

Agrégée de Lettres classiques, Brigitte Réauté a été professeur en collège tout en menant en parallèle des activités de formation et d’édition.

Pour sélectionner les ouvrages de littérature de jeunesse à proposer aux collégiens, l’Education nationale réunit un comité de lecture d’une vingtaine de personnes. Brigittes Réauté, qui coordonne la sélection, insiste sur la qualité et le rapport avec les programmes comme critères déterminants dans le choix des titres mais entre les présupposés des lecteurs et les directives de l’institution, certains livres suscitent le débat.

Prix littéraires et censure, entretien avec François Annycke

Coordinateur de l’association Colères du présent, François Annycke est également responsable d’En toutes lettres, une structure d’accompagnement de projets culturels, notamment littéraires, fondée en 2009.

Lorsque Le Faire ou mourir de Claire-Lise Marguier a été sélectionné pour le prix à destination des adolescents de l’association Colères du présent, ce titre a provoqué une levée de boucliers de la part de certains chefs d’établissements. François Annycke, coordinateur de l’association, explique les raisons invoquées par ceux qui souhaitaient l’éviction de ce livre et les réactions qu’elle a suscitées.

Libraire puis animatrice, Morgane Vasta est médiatrice du livre auprès de publics adolescents depuis dix ans.

Portés par une volonté d’encourager les jeunes à lire, les médiateurs auraient tendance à évacuer tout discours négatif sur les livres adolescents. Pourtant, quand leurs choix se confrontent, notamment dans les prix littéraires, ils mettent à jour un décalage entre les attentes de chacun. Morgane Vasta analyse ces différences de conception et leur impact sur la travail des professionnels.

Cécile Rabot est sociologie, maître de conférence à L’Université Paris-Ouest-Nanterre-La-Défense et responsable du master métiers du livre de Saint-Cloud.

Les choix de médiation constituent autant de prismes par lesquels les œuvres parviennent ou non jusqu’à leur public. Cependant, les critères d’exclusions se basent parfois sur une anticipation des difficultés que pourraient présenter les ouvrages ou sur l’autocensure des professionnels. Cécile Rabot présente et analyse les différents cas de figure qu’elle a pu observer au cours d’une enquête de terrain menant à une censure insidieuse et moins visible.

Le e-dossier de la revue


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