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Sommaire « Les ados et leurs parents »

LECTURE JEUNE 170 | JUIN 2019

Edito par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse

Les « mauvais genres » ne sont pas toujours ceux qu’on croit ! Si le roman est aujourd’hui le graal de la lecture pour les parents, il a longtemps été perçu comme un danger voire un objet pernicieux. C’est désormais le modèle d’une lecture maîtrisée et mature, l’étalon de mesure de l’expérience esthétique de la lecture. Si ce glissement est intéressant, c’est qu’il montre bien que les livres et les différentes formes de lectures cristallisent des valeurs et des représentations variables selon les époques et les groupes d’individus. Or, le télescopage des critères de choix est précisément en jeu dans les relations entre parents et enfants à l’adolescence. Comme les autres pratiques culturelles, la lecture n’échappe pas à ces conflits éventuels de représentations.

S’il fallait associer trois mots à ce dossier, c’est dissensus, percussion et provocation que je retiendrais. Si la « lecture plaisir » est le slogan le plus répandu, il contribue à éloigner de cette pratique une partie des jeunes qui n’en prennent aucun. Mais surtout, il véhicule une conception in fine restreinte de la lecture : celle-ci peut en effet susciter du plaisir, mais elle ouvre un spectre beaucoup plus large de sentiments et de sensations, des plus agréables au plus dérangeants. Elle peut également aider à penser, dompter des concepts, s’informer… Ses usages sont multiples et complémentaires. C’est ce que chaque lecteur en construction doit être amené à découvrir. Or c’est par les chocs qu’elle génère, les divergences de vue, qu’elle marque, qu’elle façonne des lecteurs, et qu’ils y puiseront ce qu’ils ne venaient pas chercher. Le temps, les institutions, la fabrique des classiques, lissent les aspérités des textes. Un des enjeux de l’enseignement de la littérature, des passeurs et des médiateurs, est de permettre aux lecteurs en construction de percevoir leur force de subversion et le champ infini des possibles qu’elle offre pour explorer le monde et la complexité humaine. Et les parents, dans tout ça ? L’adolescence des enfants met en contradiction éventuelle leur propre rapport à la lecture et celui, édifiant et/ou utilitaire, qu’ils visent pour leur enfant. Les modalités et le rendement de la lecture (temps, genres, supports, apports…) sont souvent au centre des différends. Si les débats sur les contenus remplaçaient ces conflits, la lecture pourrait devenir un sujet parmi d’autres de désaccords, de discussions – bref, de sociabilités familiales.

L’été arrive, et avec lui, l’opération Partir en livre qui décline partout en France des rencontres et des événements autour de la lecture. Le site du Centre National du Livre (www.centrenationaldulivre.fr) recense toutes ces actions, dont certaines, sans doute près de chez vous. Une bonne occasion de se raconter des histoires en famille et de partager des moments de lecture conviviaux.

Transmettre « le plaisir de lire ». Conseils pratiques au-delà d’une idée reçue Entretien avec Jean-Marie Privat, professeur de littérature et d’anthropologie

Les livres peuvent éblouir, déranger, tourmenter. Le plaisir de lire prend bien des formes. Mais au singulier, « le » plaisir domestique l’aspect sauvage et imprévisible de la lecture. Si elle n’est que consensus et plaisir, où est son enjeu ? C’est dans le dissensus que naît l’intérêt. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter des jeunes débattre de football… Être en désaccord sur les livres, exprimer ses dégoûts, écouter ceux des adolescents, sont autant d’échanges à susciter pour convaincre les jeunes de l’importance de la lecture. Jean-Marie Privat conseille également de solliciter les conseils littéraires des adolescents. Une manière de leur accorder plus de confiance, dans une relation moins verticale.

Focus : Booktube, parler de livres sans les parents Par Christelle Gombert, rédactrice en chef

Sur YouTube, les ados ne suivent pas seulement des humoristes ou des tutos beauté. C’est justement là, loin de la surveillance des adultes, que certains se retrouvent pour discuter de livres. Dans leurs vidéos, les Booktubers – ou plus souvent les Booktubeuses – parlent de lecture sur un ton informel et décomplexé, de pair à pair. Focus sur quelques-unes de ces chaînes et leurs différentes approches de la lecture.

« Prends plutôt ce livre ». Une brève histoire des injonctions à lire Article d’Anne-Marie Chartier, docteure en sciences de l’éducation

Quel adolescent n’a jamais été sommé de lire « un vrai livre » ? L’expression sous-entend généralement « un roman ». Réaliste, si possible. Dans l’idéal, un « classique ». Pourtant, le roman n’a pas toujours été le livre par excellence, réunissant plaisir et apprentissage. Au XVIIIe siècle, il a plutôt été accusé de pousser les jeunes au suicide. Même certains classiques n’ont pas toujours eu bonne presse. Dans les années 1960, L’Assommoir a déclenché l’indignation de parents d’élèves… Chaque époque, selon ses valeurs et sa vision de la jeunesse, attribue à la lecture certains vices et vertus. Choisir un livre plutôt qu’un autre pour un adolescent n’est jamais anodin. Aujourd’hui encore, chaque injonction à la lecture s’inscrit dans une histoire.

Parents d’élèves : leur vision de la lecture des jeunes Article de Christelle Gombert, rédactrice en chef, à partir d’entretiens avec des responsables d’associations de parents d’élèves (APEL, FCPE, PEEP)

Roman ou manga ? Classique ou contemporain ? Avec ou sans violence ? Les questionnements des parents face aux livres pour adolescents sont mêlés d’espoir et de craintes. Les craintes portent, en général, sur l’exposition de leur enfant à des valeurs contraires aux leurs. L’espoir, c’est celui de l’épanouissement scolaire, social et personnel par l’accès à l’écrit. Mais au-delà de ces attentes partagées, les enjeux de la lecture des jeunes varient d’un parent à l’autre, modelés par leur vision de la transmission culturelle et du rôle des livres.

C’est un fait : les parents de classes supérieures initient davantage leurs enfants à la lecture littéraire. Toutefois, le milieu social n’explique pas à lui seul la relation entre un adolescent et la lecture. Enseignants, bibliothécaires et autres adultes de l’entourage jouent aussi un rôle important dans cette construction. La convergence de tous ces acteurs est même essentielle pour que les adolescents reçoivent positivement les conseils littéraires des adultes.

Focus : Livres prescrits, livres choisis Par Christelle Gombert, rédactrice en chef, à partir d’une enquête de Morgane Vasta, chercheuse en littérature

Un fossé semble exister entre les choix de lecture des jeunes et ceux que leurs parents ou professeurs font pour eux. D’où vient-il ? Morgane Vasta, doctorante en littérature jeunesse, a cherché une réponse à cette question. En 2015, elle a interrogé plus de 400 jeunes et 200 enseignants et bibliothécaires. Tous ont voté pour deux prix, l’un dé¬cerné à des mangas, l’autre à des romans de l’imaginaire. Son enquête éclaire les critères de chacun pour juger les textes. Tandis que les adolescents les reçoivent sur le mode sensible et émotionnel, les adultes ont un rapport plus cérébral aux fictions.

Séduire les parents, attirer les ados. L’équation des professionnels du livre Article de Christelle Gombert, rédactrice en chef, à partir d’entretiens avec un libraire, une bibliothécaire et une professeure documentaliste

La littérature adolescente s’adresse aux jeunes, mais pas seulement. Elle vise aussi leurs parents, détenteurs de l’autorité… et des cordons de la bourse. Or satisfaire ces deux publics peut vite devenir un défi. En librairie, l’enjeu commercial rend la question inévitable : le parent reviendra s’il valide le livre et que son adolescent l’apprécie. En bibliothèque ou en CDI, les parents sont moins présents mais peuvent protester contre des ouvrages qu’ils jugent inadaptés. Libraire, bibliothécaire et professeure documentaliste racontent leurs expériences et leurs solutions face à ces situations complexes, voire cocasses.

Focus : Chiffres-clés sur la lecture des jeunes et des adultes Par Christelle Gombert, rédactrice en chef

Les 35-49 ans ont lu en moyenne 16 livres en 2018, tandis que les 15-25 ans en ont lu 12,8. Les jeunes semblent donc moins lecteurs que leurs parents. Mais ces chiffres cachent des réalités plus nuancées. Par exemple, les grands lecteurs (au moins 20 livres lus par an) sont de plus en plus nombreux parmi les 15-24 ans, qui lisent par ailleurs davantage de « classiques » que leurs aînés. De plus, le rapport des parents à la lecture a une forte incidence sur celui de leurs enfants.

Les histoires, essentielles pour construire la filiation Entretien avec Celso Gutfreind, écrivain, pédopsychiatre et psychanalyste

Avec le toucher et le regard, les interactions verbales font partie des besoins fondamentaux de l’enfant. C’est par les histoires de ses parents qu’il se construit en tant que sujet. Plus tard, ces récits précoces permettront à l’adolescent d’élaborer ses propres fictions intérieures, et de se séparer ainsi plus facilement de sa famille. Mais aussi de désirer d’autres récits – films, romans, séries… – pour trouver ses propres mots, sa propre voix. Et quand ces narrations ont manqué, c’est à la communauté – bibliothécaires, enseignants, associations – de prendre le relais.

Illettrisme : comment agir pour les familles éloignées de l’écrit Entretien avec Éric Nédélec, directeur adjoint de l’Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme (ANLCI)

7 % : c’est la proportion d’adultes (18-65 ans) en situation d’illettrisme aujourd’hui en France. Statistiquement, tous les parents d’élèves, enseignants et professionnels de la culture rencontrent régulièrement, sans le savoir, des personnes concernées par ce problème. Mais comment les « repérer » sans les stigmatiser ? Comment les aider sans condescendance ? Éric Nédélec relate ici quelques actions éprouvées sur le terrain. Toutes ont vérifié ce principe : la scolarité des enfants est un levier fort pour amener les parents à renouer avec l’écrit. Et ce retour en formation des parents peut installer un « cercle vertueux » favorisant la réussite éducative des adolescents.

L’image des parents dans 5 best-sellers pour ados Article d’Amélie Doué, étudiante en Master de littérature jeunesse

En France, un mineur sur cinq vit aujourd’hui dans une famille monoparentale, un sur neuf dans une famille recomposée. Observe-t-on une cohérence entre ces nouveaux modèles et les représentations littéraires des familles ? Pour cet article, Amélie Doué a étudié cinq best-sellers pour ados afin d’analyser les caractéristiques des parents de papier les plus vendus aux jeunes Français.

Le e-dossier de la revue

 
  • Parents et médias

    Après plus d’une décennie d’études sur les usages numériques des adolescents, il existe aujourd’hui un nombre significatif de résultats…

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