Sommaire «Les ados et l’info»

LECTURE JEUNE 156 | DECEMBRE 2015

Edito par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse

Quand l’actualité arrive instantanément à tous, par tous les canaux, et qu’internet est un flux continu d’informations et de ressources multiformes à la disposition de chacun, on peut se demander à quoi sert un dossier sur les ados et l’info. Mais on le sait bien, l’accès ne fait pas l’usage. Or il s’agit moins d’engranger du savoir que de s’en servir pour comprendre l’environnement dans lequel nous vivons et construire son rapport au monde – particulièrement à l’adolescence. Comme les experts dans les séries télévisées à grand succès, les lecteurs, les spectateurs, doivent eux aussi recueillir, analyser et recouper les témoignages, les indices et les renseignements qui déferlent dans les fils d’actualité et les pages de résultats de Google, pour reconstituer un événement, un drame, cerner un sujet et en comprendre les enjeux. Si dans le premier cas, l’effroi disparaît après un jeu de décèlement et de découvertes révélées par la technologie qui élucide les mystères d’un scénario souvent basique, l’angoisse persiste en revanche face aux images horrifiques relayées en boucle sur les chaînes d’actualité, sur les réseaux sociaux, partout dans le monde, en 2001, en janvier dernier, le 13 novembre ou récemment encore à San Bernardino, aux Etats-Unis. Il n’y a ni résolution d’une intrigue, ni explication manichéenne. Les contextes des événements sont souvent fort complexes, les analyses rares dans un déluge de faits bruts. Et le spectateur n’est pas un expert. Or c’est pourtant à lui de mener ou de prolonger l’investigation, dans une démarche volontariste et engagée, pour remettre en question l’information qui vient à lui et accepter l’incertitude – condition de la réflexion. Les rapprochements, les comparaisons et les décryptages demandent du temps, de la clairvoyance, qu’ils concernent les recherches personnelles, scolaires ou l’actualité. L’information est facile à stocker, la recherche documentaire demande quelques clics, mais le récepteur doit désormais enquêter sur l’émetteur ou remplacer l’éditeur : à lui de collecter des données, de rassembler des articles, des vidéos, des photos, des tweets, des liens, de déterminer un axe de recherche, de choisir une voix énonciative parmi celles qui lui sont proposées et un point de vue pour donner du sens à ce qu’il cherche. Encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est bien pour cela que David Groison parle d’éducation à  chaque média et non pas aux médias comme une tout indifférencié, monolithique. L’entreprise est passionnante mais vertigineuse. C’est la condition de la translittéracie, dont parle notamment Karine Aillerie, qui ne peut se passer ni d’éducation ni de médiation. Certes, le chantier est vaste, mais ce dossier en témoigne, les initiatives de terrain sont ouvertes, inventives, ambitieuses et les adolescents alertes, critiques et mobilisés quand on leur en donne la possibilité. Et c’est bien ce que font les professionnels que nous avons rencontrés en les aidant à passer du ressenti à l’interprétation et du sensationnel à l’analyse, pour qu’ils ne subissent pas l’information mais l’utilisent ou créent eux-mêmes du contenu à diffuser.

Docteur en Sciences de l’information et de la communication, Rébecca Arditty-Siry est également professeur de marketing et responsable du Master Management des activités culturelles et créatives de Toulouse Business School.

Rébecca Arditty-Siry a mené un travail de thèse sur les jeunes lecteurs de presse quotidienne nationale, à partir d’une vingtaine d’entretiens qualitatifs avec des 18 à 25 ans. Elle a ainsi pu comprendre leurs motivations et analyser la place de la transmission dans les pratiques de lecture de presse de ces individus.

«T’as tout compris », focus par Marieke Mille

Depuis le dimanche 8 novembre, un nouveau magazine hebdomadaire de 26 minutes décrypte l’actualité sur France 4. «T’as tout compris »((Production exécutive de la Générale de Production)), en partenariat avec le CLEMI et Canopé, est une émission conçue dans le prolongement du nouveau positionnement de la chaîne pour aider les jeunes générations à comprendre le monde dans lequel elles vivent. Plus particulièrement adressée à des collégiens, elle les aide à décrypter les images dont ils sont abreuvés, notamment par le biais des réseaux sociaux.

Véritable lien entre les jeunes et le secteur culturel, l’action « Le cahier culturel des lycéens », permet à des lycéens et apprentis d’assister à des événements artistiques de toutes disciplines, de rencontrer les artistes et de transmettre leur expérience en utilisant différents médias (écriture, photo, vidéo, prise de son).

Ces réalisations paraissent ensuite sous forme d’un magazine : Break! cahier culturel des lycéens, chaque année au mois d’avril, publié et diffusé à 10 000 exemplaires sur l’ensemble du territoire de la métropole Nantes / Saint-Nazaire et sur les supports numériques (site web, réseaux sociaux).

Globe reporters entretien avec Alain Devalpo

Globe Reporters transforme une classe en salle de rédaction. Elle envoie un journaliste en reportage dans un pays de la francophonie sous la direction des élèves qui décident des thématiques à traiter. Le reporter cherche les interlocuteurs appropriés pour répondre à leurs questions, puis met en ligne la matière brute, que les élèves s’approprient dans diverses productions (exposition, articles, vidéos, radio…) selon les choix de leurs enseignants.

Ateliers BD/Sciences focus par Laurence Bordenave

Le collectif Stimuli propose aux adolescents (dès 12 ans) sensibles à l’univers de la bande dessinée, la découverte des sciences à travers un atelier BD classique. Le dispositif s’appuie toutefois sur une animation transdisciplinaire et s’inspire du principe de la pédagogie de projet. En quatre ans, plus d’une centaine d’adolescents a relevé le défi en créant une planche sur un thème scientifique imposé.

BD de reportage et BD documentaire entretien avec Sébastien Gnaedig

Après un DUT métiers du livre à l’Université de Bordeaux III et un DSAA Communication à l’école Estienne, Sébatien Gnaedig occupe diverses fonctions dans des maisons d’édition de bande dessinée. Depuis 2004, il est directeur éditorial des éditons Futuropolis. Il est également dessinateur de bande dessinée.

Philosophe de formation après avoir été une quinzaine d’années documentaliste certifiée en établissement scolaire et en charge de la formation continue des enseignants documentalistes, Karine Aillerie a soutenu en 2011 une thèse en sciences de l’information et de la communication traitant des pratiques informationnelles informelles d’adolescents sur le web. Elle est aujourd’hui chargée d’études à la Direction R&D usages du numérique éducatif (Réseau Canopé).

Après plus d’une décennie d’études sur les usages numérique des adolescents, il existe aujourd’hui un nombre significatif de résultats de recherches et ce dans différentes disciplines : sciences de l’éducation, sciences de l’information et de la communication, sociologie, sciences de gestion, sciences cognitives, psychologie voire médecine et neurosciences, par exemple. Toutes ces études permettent également de dessiner un cadre de réflexion sur les jeunes et le numérique.

Maître de Conférence en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université-ESPE de Rouen, Anne Cordier est membre de l’ANR TRANSLIT (Translittératies) et du Groupe de Recherche sur les Cultures et la Didactique de l’Information.

A quoi servent les bibliothèques à l’heure où le savoir est « disponible sur la Toile, partout, tout le temps((Serres, Michel, Petite Poucette, Le Pommier, 2012 (Manifestes).)) ? » A quoi servent les professionnels de l’information et de la documentation à l’heure où les adolescents « nés dans le numérique », qui seraient des utilisateurs des réseaux patenté((Prensky, Marc, « Digital Natives, Digital Immigrants« ,On the Horizon, vol.9 n°5, 2001, P. 1-6.)), se  détournent de l’imprimé, relégué à la case archéologique de la recherche de l’information ? Face à ces craintes, Anne Cordier dresse à partir des enquêtes de terrain qu’elle mène depuis plusieurs années auprès des publics scolaires, un état des relations entretenus par les jeunes de 11 à 17 ans avec les moyens et les lieux d’information.

Phosphore entretien avec David Groison

Journaliste, rédacteur en chef du mensuel Phosphore (Bayard), destiné aux adolescents, David Groison a publié, chez Actes Sud Junior, trois ouvrages d’éducation à l’image, pour revenir sur l’histoire vraie des grandes photos, détailler les outils qui nous permettent d’interpréter les photos de presse, et poser la question du vrai et du faux dans les photos d’actu.

Avec 40 000 abonnés et 10 000 exemplaires vendus, Phosphore touche un lectorat de près de 400 000 jeunes (Chiffres Audience Etude  de la presse magazine sur l’audience). David Groison, le rédacteur en chef du magazine témoigne du rapport particulier qu’entretient le titre avec ses lecteurs et explique le positionnement de sa ligne éditoriale.

Marlène Loicq est docteur en Sciences de l’information et de la communication de l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, et Ph. D en Communication publique de l’Université de Laval, au Québec. Présidente du Centre d’études sur les jeunes et les médias, ses travaux portent sur les pratiques médiatiques des jeunes et les accompagnements, les politiques publiques de l’éducation aux médias à l’international. Elle est spécialiste de l’éducation aux médias et de l’interculturalité.

Dans une société où l’information est omniprésente, que signifie le terme « culture informationnelle » ? pour les jeunes qui s’y confrontent en permanence, comment l’appréhender et quels sont les enjeux de l’éducation aux médias ? Marlène Loicq amorce des pistes de réflexion pour conclure le dossier sur les jeunes et l’info.

Le e-dossier de la revue


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