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Sommaire « Derrière les écrans des ados »

LECTURE JEUNE 171 | SEPTEMBRE 2019

Edito par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse

Ils sont toujours sur leur écran », « mon fils est addict », « quand ils viennent à la bibliothèque, ils sont sur leur smartphone », « pose ton téléphone et va lire », « ils savent tout faire », c’est « la génération numérique »… Ces phrases, nous les avons tous entendues, prononcées, pensées ou dénoncées. C’est le ressac des articles de presse, l’expression de la crainte des adultes qui minimisent leurs propres usages, ou leurs propres connaissances numériques face à la maîtrise supposée innée des adolescents. Non, ils ne sont pas tous experts, loin s’en faut. Oui, certains de leurs usages numériques leur apportent des compétences.

On fantasme des pratiques que l’on attribue aux jeunes. Mais que se passe-t-il réellement derrière les écrans des ados ? Cette question très vaste ne tenait pas en un seul dossier et nombre de nos précédents numéros ont déjà abordé des facettes de ce sujet (jeux vidéo, écriture en ligne, Booktube…). Par ailleurs, les réseaux populaires et plébiscités par les jeunes changent vite. Il s’agit donc moins de les recenser que d’analyser les pratiques des jeunes et les représentations que les adultes s’en font, de changer les idées parfois reçues, d’ouvrir les adultes que nous sommes à une réflexion sur nos pratiques numériques, parfois peu éloignées des leurs, et sur notre rôle à jouer avec les ados. Au sens propre : pourquoi ne pas jouer, par exemple, aux jeux vidéo avec eux ? Pourquoi postuler que l’écran nuit, par nature, aux relations familiales ? Au sens figuré : qu’attendent-ils de nous, comment nous positionner ?

Diabolisés ou au contraire perçus comme la seule source de distraction possible dans des zones rurales éloignées des centres urbains, les écrans sont l’objet de discours idéologiques presque manichéens : origine de tous les maux et d’un « fossé générationnel » d’un côté, ou au contraire, occupation distrayante et porte sur le monde de l’autre.

Nous souhaitions faire entendre nuances et analyses distancées de ce sujet souvent traité avec passion. Et réconcilier écran et lecture/écriture, souvent opposés l’un à l’autre comme deux pratiques qui se nuisent, alors qu’elles sont complémentaires voire superposées. Car certes, on regarde des vidéos et des images, mais on lit aussi et on écrit même beaucoup, sur les réseaux sociaux et sur internet en général. Enfin, on a tendance à se représenter les adolescents et leurs pratiques comme s’ils formaient un tout, une supposée « génération digitale » uniforme, omettant du même coup les disparités de pratiques liées aux zones géographiques, à l’origine sociale, à l’âge, etc. qui constituent tout le spectre des usages ou des non-usages numériques des jeunes.

Les pratiques invisibles des ados Entretien avec Anne Cordier, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication

Julie, Guillaume, Morgan, Reynald ou Flavien ont entre 22 et 24 ans. Depuis 2012, la chercheuse Anne Cordier enquête sur leurs usages numériques. L’un navigue sur le deep web, une autre écrit sur Wattpad, un autre encore agit sur les réseaux en tant que revenge angel… Autant de pratiques qui échappent largement aux adultes. Ces derniers seraient-ils définitivement inutiles et dépassés ? Au contraire, affirme la chercheuse. Car le digital native n’est qu’un mythe. Nés avec le numérique, tous les jeunes n’en possèdent pas pour autant une connaissance approfondie.

Focus : Les jeunes et leurs écrans, quelques chiffres clés Par Christelle Gombert, rédactrice en chef

86 % des 12-17 ans possèdent aujourd’hui un téléphone portable ; ils étaient 22 % en 2011 (1)CREDOC, Baromètre du numérique 2018. Tous les chiffres de ce focus concernent la population française.. Si les pratiques numériques se généralisent, elles ne s’uniformisent pas pour autant. En fonction de leur milieu social, de leur sexe et de leur âge, les jeunes n’utilisent pas les mêmes écrans et n’en font pas les mêmes usages.

D’après l’expérience de Nathalie Dupin, environ 75 % des parents trouvent que leur adolescent passe trop de temps sur son portable. Au point, pour certains, de parler d’addiction. Les jeunes, bien sûr, ne sont pas tous du même avis. S’ils admettent modérer leur usage grâce aux règles parentales, ils pointent aussi les excès des adultes. Mais au-delà des conflits, les pratiques numériques peuvent aussi, dans certains cas, renforcer les liens familiaux.

Addictifs, les écrans ? Une question de contexte Entretien avec Michael Stora, psychologue et psychanalyste

Tout peut être addictif pour quelqu’un qui va mal. Le psychologue Michael Stora en est convaincu. L’addiction aux jeux vidéo n’est pour lui qu’un symptôme. Obligés de réussir, brisés dans leur ego face à l’échec, les jeunes sont accros à la victoire plus qu’au plaisir du jeu. Mais pour Michael Stora, diaboliser les jeux vidéo et les écrans est contre-productif. Mieux vaut les intégrer à la vie de famille pour transformer ces intrus en alliés.

Pour que les jeunes prennent du recul sur leur utilisation des écrans, « l’éducation au numérique est essentielle », affirme le sociologue Michael Stora. Mais par où commencer ? Les ressources présentées dans ce focus, très simples d’accès, proposent différentes manières d’ouvrir le débat avec les adolescents.

Se raconter sur internet Entretien avec Ariane Mayer, docteure en philosophie

De photo Instagram en statut Facebook, nous nous représentons à nous-mêmes et aux autres sous forme de fragments. Un assemblage disparate qui tient du carnet de voyage ou du recueil poétique. Auparavant, c’était le roman qui modelait notre vision de l’existence. Liées par une intrigue, nos péripéties pouvaient prendre sens. Désormais, la forme des réseaux sociaux nous incite à concevoir nos vies de façon plus épisodique.

Facebook, Game of Thrones et les histoires sans fin Article d’Ariane Mayer, docteure en philosophie

Les formats courts sont rois sur internet. Pourtant, les longues séries télévisées connaissent leur âge d’or. Comment l’expliquer ? Pour Ariane Mayer, les séries d’aujourd’hui jouent le rôle de la mythologie dans l’Antiquité. Plus fragmentée que jamais, la vie intime et collective a besoin de s’organiser autour de références communes. Les héros de l’écran ont remplacé ceux de l’Olympe, et l’épisode du soir les rituels de communion.

Écrire avec Netflix. Entre contraintes et créativité Entretien avec Gwenda Bond, autrice, et Cécile Pournin, éditrice (Lumen)

Qui a dit que les livres issus de licences audiovisuelles étaient fades et formatés ? Ce n’est pas l’avis de Gwenda Bond, autrice du préquel de la série Stranger Things. Certes, il lui a fallu satisfaire les fans de la série Netflix et les demandes de ses créateurs. Néanmoins, la romancière ne s’est pas privée d’y intégrer son propre univers – féminisme et références à Stephen King en tête. Côté édition, porter un tel projet exige un plan marketing ambitieux. Cécile Pournin, directrice des éditions Lumen, en a l’habitude. Sa devise : « attraper » les jeunes par l’image et la vidéo pour les amener vers la lecture.

Focus : YouTube en librairie Par Christelle Gombert, rédactrice en chef

Ils ont des milliers, voire des millions d’abonnés. Pour le secteur de l’édition, les YouTubeurs sont devenus une manne non négligeable. Santé, décoration, voyages, jeux, humour, animaux, philosophie, cuisine, biologie, histoire : sur internet comme en librairie, les YouTubeurs peuvent satisfaire tous les goûts et tous les âges. Focus sur quelques-unes de ces tendances passées des écrans aux rayons ados des librairies.

Dans les coulisses de YouTube Entretien avec Vincent Manilève, journaliste

Pourquoi les ados passent-ils autant de temps sur YouTube ? Parce qu’on y trouve tout, répond Vincent Manilève, journaliste expert de la plateforme. Les vidéos de maquillage, de jeu vidéo, d’humour côtoient celles de sciences, de cinéma, de cuisine… Mais aussi des tutoriels pour pêcher la carpe ou brancher sa machine à laver. Tentaculaire, insondable, YouTube est source de fantasmes et d’inquiétudes. Pour les désamorcer, Vincent Manilève explique ici le fonctionnement réel du site, à la fois vecteur de création et machine marketing implacable.

YouTubeuses et jeune public : influence ou émancipation ? Article de Béatrice Guillier, sociologue

Les vidéos de maquillage ou de conseils amoureux rassemblent des millions de préadolescentes sur YouTube. Les vidéastes qui les produisent, d’apparence simple et accessible, font office de grandes sœurs. Or cette relation inquiète : les jeunes filles seraient-elles sous influence ? La crainte n’est pas nouvelle. Elle révèle, à chaque époque, l’infantilisation du public féminin. Certes, les abonnées peuvent imiter les stéréotypes incarnés par les YouTubeuses. Mais désormais, ces dernières dépendent davantage de leur public que l’inverse.

Où sont les jeux vidéo et les fanfictions ? Quid des inégalités face aux outils numériques ? La thématique de ce numéro soulève de nombreuses questions complexes et passionnantes. Si certaines d’entre elles ne sont pas développées dans ces pages, c’est qu’elles l’ont déjà été précédemment par Lecture Jeune. Nous vous proposons donc de prolonger la réflexion de ce numéro sur www.lecturejeunesse.org/ecrans. Vous trouverez dans cet e-dossier de nombreux articles de fond classés en 7 thématiques, à découvrir ci-dessous.

Lire et écrire : nouvelles pratiques littéraires en ligne

Wattpad, plateforme sociale d’écriture et de lecture, rassemble des millions de jeunes dans le monde. Sur YouTube, les vidéastes spécialisés dans les livres ont pris le nom de « Booktubers ». Ces deux phénomènes sont symptomatiques du rapport des adolescents à l’écrit. Communautaires, la lecture et l’écriture sont pour eux des moyens de socialisation.

Transmédia : des livres et des écrans

Le livre n’est plus le seul support privilégié de la fiction. Qu’il soit au format papier ou numérique, il fait partie d’une constellation de médias avec lesquels il interagit. Sur internet, les textes peuvent être augmentés, voire réinterprétés. De nouvelles formes de fictions qui influencent la création littéraire.

Séries : décryptage d’un format à succès

Dans son article, Ariane Mayer propose une explication philosophique au succès des séries. Mais d’autres éléments entrent en jeu et font de cette tendance un objet d’étude fascinant. Le fourmillement des intrigues et les narrations imbriquées, notamment, participent aussi à l’accueil favorable des séries par les jeunes.

Jeux vidéo : des geeks au grand public

Depuis que le jeu vidéo est devenu un objet culturel légitimé, chacun revendique le statut autrefois insultant de « geek ». Les joueurs sont reconnus comme des experts qui développent des sociabilités et racontent des histoires, voire comme des sportifs qui mettent leur corps en action.

Moi et les autres : se construire dans un monde numérique

Les applications de rencontre et la pornographie en ligne influencent-elles la construction affective des jeunes ? Comment trouver son identité lorsqu’on endosse différents rôles sur les réseaux sociaux ? Abordée dans ce numéro, la question de la construction de soi dans un monde numérique se prolonge dans cet e-dossier.

Info : se renseigner sur internet

À l’heure des fake news, les pratiques d’information des jeunes provoquent l’inquiétude des adultes. Développée dans Esprit critique, le n°170 de Lecture Jeune, la réflexion se poursuit dans ces articles en ligne.

Fractures numériques : pas tous égaux face aux écrans

Le milieu social, la situation géographique, la capacité à lire et à écrire peuvent être autant d’obstacles à l’utilisation d’internet. Cette fracture numérique concerne aussi les adolescents. À l’inverse, le numérique peut aussi être un levier contre les inégalités.

References   [ + ]

1. CREDOC, Baromètre du numérique 2018. Tous les chiffres de ce focus concernent la population française.

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