Sommaire La lecture est-elle une activité réservée aux adolescentes ?

LECTURE JEUNE 120 | DÉCEMBRE 2006

La construction de l'identité sexuée par Colette Chiland, professeur émérite de psychologie clinique à l’Université René Descartes (Paris V), psychiatre au Centre Alfred-Binet (Association de Santé Mentale du XIIIe arrondissement de Paris) et membre de la Société Psychanalytique de Paris
« Qu’est-ce qu’être une fille, qu’être un garçon dans notre société contemporaine ? ». La place des facteurs culturels dans l’identité sexuée est importante. Pourtant la base de départ est biologique : un corps d’homme diffère d’un corps de femme. Le point de départ de l’identité sexuée est double. Du côté du bébé, son corps et ce qu’il lui fait vivre. Du côté des parents et de l’environnement l’attribution d’un sexe/genre avec toutes les représentations qui en découlent, parmi lesquelles des stéréotypes sociaux qu’on peut remanier. En France aujourd’hui, les enfants des deux sexes sont éduqués ensemble. Et pourtant, très tôt, alors qu’ils partagent les mêmes activités en classe, ils se ségrèguent spontanément en groupes sexués dans la cour de récréation à l’école maternelle. Les filles apprennent mieux à lire que les garçons, aiment mieux lire et réussissent mieux à l’école élémentaire et secondaire. Pour elles, la lecture est véritablement une éducation sentimentale.
Adolescents et lecture : une question de genres ? par Christine Détrez, maître de conférences en sociologie à l’ENS-LSH
Il est possible de déterminer statistiquement les genres de lecture lus et préférés par les filles et les garçons, et les diverses enquêtes menées sur la lecture permettent ainsi de dessiner la carte des goûts féminins et masculins. Néanmoins, et contre le risque d’une essentialisation de ces goûts, il importe de nuancer ces associations statistiques, en réintroduisant notamment les évolutions sur la durée, et l’influence d’autres variables que sont le niveau scolaire, l’origine sociale ou encore les influences de la culture jeune. Enfin, il peut être intéressant également de compléter les régularités statistiques par une étude plus fine des modes de réception, par les filles et les garçons, d’une même lecture.
Les usages sociaux de la lecture : lire au masculin, lire au féminin par Gérard Mauger, sociologue, directeur de recherche au CNRS, directeur-adjoint du Centre de Sociologie Européenne (EHESS - CNRS )
Loin de révéler un nuancier de pratiques de lecture qu’il serait possible d’ordonner par rapport à la lecture idéale du lecteur accompli, l’enquête met en évidence quatre types d’usages sociaux de la lecture : 1°) l’évasion ( » lecture de divertissement « ), 2°) l’acquisition de savoirs ( » lecture didactique « ), 3°) le salut religieux, politique, éthique ou culturel ( » lecture de salut « ), 4°) le plaisir esthétique ( » lecture esthète « ). Ces usages sociaux de la lecture trouvent leur principe dans des  » intérêts  » liés : 1°) aux ressources culturelles et scolaires (définies non seulement par le niveau, mais aussi par le domaine de compétences : littéraires/scientifiques), 2°) aux positions occupées dans la division du travail (définies non seulement par la CSP, mais aussi par la place dans la division entre  » monde des choses matérielles  » et  » monde des choses humaines « ), 3°) à l’identité sexuelle socialement constituée, 4°) à l’âge, c’est-à-dire à une position dans le cours des âges de la vie et à une appartenance de génération. Sur la base de cette analyse, on peut alors rendre compte du constat régulièrement réitéré que, quel que soit l’âge ou le niveau de diplôme, les femmes se distinguent par un niveau de lecture légèrement supérieur à celui des hommes et par une préférence pour la fiction.
Qu’il existe des livres spécialement destinés aux jeunes lectrices, personne ne le niera. Ils sont en général roses ou orange, gaufrés et pailletés. Mais cette tendance est-elle réellement limitée aux livres « commerciaux » ? Après avoir évoqué la richesse et la complexité d’un secteur éditorial souvent honni et mal connu, nous nous demanderons si les romans « pour adolescentes » n’influent pas sur l’ensemble de la production pour adolescents.
La mixité dans la presse jeunesse par Marie Lallouet, rédactrice en chef de J’aime lire, Mes premiers j’aime lire et Dlire, Bayard Presse
A partir d’un bref historique de la presse jeunesse, de la répartition des garçons et des filles dans le lectorat des différents magazines de Bayard Presse et d’un balayage de la réalité de l’édition et de la réception d’un magazine comme J’aime lire, comment poser, aujourd’hui, la question de la mixité dans la presse jeunesse ?
La lecture en lycée professionnel par Florence Laville, professeure de lettres et d'Histoire en lycée professionnel
A leur arrivée au lycée professionnel, les élèves peuvent manifester un certain rejet des pratiques de lecture dans la mesure où celles-ci les confrontent aux difficultés rencontrées au collège. Mais si leur rapport à la lecture est souvent peu construit, il est loin d’être inexistant. Il apparaît tout d’abord lié aux identités de genre : alors que les filles lisent des récits de vie pour faire leur « apprentissage de la vie », les garçons lisent des magazines sportifs ou techniques et des bandes dessinées. Mais dans la mesure où adolescents et adolescentes cherchent des réponses aux grandes questions existentielles, le rapport à la lecture peut également s’inscrire dans une dynamique de construction identitaire qui transcende ces clivages. Ainsi le professeur de français peut trouver des entrées pour susciter leur curiosité, problématiser leurs lectures et les accompagner dans la découverte des textes littéraires.

Pour aller plus loin


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