Sommaire «Les préadolescents»

LECTURE JEUNE 161 | MARS 2017

Edito par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse

Si les adaptations cinématographiques ont considérablement dynamisé le chiffre d’affaires du segment ado-young adult, elles ne concernent cependant qu’une (petite) part de la production éditoriale : combien d’exemplaires passent au pilon pour quelques titres portés par le cinéma ? Les résultats des meilleures ventes ne doivent pas faire oublier les chiffres moins spectaculaires et la difficulté à émerger dans le flot des nouveautés, de la concurrence et de la baisse de la pratique de la lecture corroborée d’une enquête sociologique à la suivante. Dans ce contexte, comment ne pas chercher à conquérir un lectorat en formation, en construction, encore canalisé par des parents soucieux de l’avenir de leur enfant et prêts à mobiliser énergie et argent pour leur ménager des plages de lecture grand format ?

Car il y a bien un regain d’intérêt pour la tranche d’âge des « préadolescents », qui lit de façon autonome et que l’on aurait presque oubliée : voilà qu’on veut atténuer un passage abrupt des premières lectures aux titres ados comme si le champ était presque vide. Certes, cet engouement n’étonnera pas face à l’engorgement des segments ado-young adult. Bénéficiant d’une représentation plus gratifiante et plus rassurante que celui de leurs aînés, l’âge ne cristallise pas, comme l’adolescence, les inquiétudes et les doutes des adultes, mais les images idéales d’une enfance effervescente et légère qui bénéficierait d’un recul critique et curieux sur le monde, dénué des tourments de l’introspection adolescente. En outre, les prescriptions scolaires, parentales, des bibliothèques jouent toujours un rôle, auxquelles se cumulent celles des pairs et des influenceurs sur internet. Tout paraît exemplaire. Pourtant, l’âge d’or est plus fragile qu’il n’y paraît : diversité des niveaux de maturité et de lecture parfois en discordance avec ceux des lecteurs outre-Manche d’où proviennent de nombreux titres, frontières d’âge floues, public présent mais « invisible » ou peu repérable sur internet, enchères montantes lors des foires… L’enjeu est de taille pour les éditeurs, mais également pour les médiateurs, les animateurs et les parents, car, sans alarmisme stérile, une partie des préadolescents risque de décrocher de la pratique de la lecture au cours du collège.

Aux prémices de l’adolescence Entretien avec Georges Picherot, ancien chef de service de pédiatrie

Entre fin de l’enfance et début de l’adolescence, entre développement de l’autonomie et développements pubertaires, la préadolescence est une notion mouvante, définie différemment par la sociologie, la psychologie, la médecine ou encore le marketing. Pour Georges Picherot, médecin, cette période fait en réalité partie intégrante de l’adolescence, et se caractérise par l’entrée dans la puberté – « la sienne ou celle des autres ».

Précocité pubertaire : illusion ou réalité ? Article de Virginie Vinel, professeur de sociologie

La précocité pubertaire des filles fait l’objet d’articles réguliers dans les médias, et d’une alerte de certains professionnels médicaux qui en dénoncent les dangers possibles. Associée à l’image de la Lolita, la précocité devient un lieu commun partagé par les adultes – parents, professionnels de l’éducation ou de la santé – qui mobilise l’image repoussoir de petites filles sexualisées trop tôt et « écloses avant l’âge ».

Quand les enfants quittent-ils l’enfance ? Article de Joël Zaffran, professeur de sociologie

Pour le sociologue, la préadolescence est une période qui se distingue de l’enfance par l’autonomie plus importante dont bénéficie l’individu qui grandit. C’est avec l’entrée au collège, plutôt qu’avec l’avancée en âge, qu’augmente l’indépendance concédée par les parents à leurs enfants. Autrement dit, l’entrée en 6e marque le passage de l’enfance à l’adolescence.

Parents et médias Entretien avec Sophie Jehel, chercheuse au CEMTI

Les parents adoptent différentes stratégies pour contrôler (ou non) la relation entre les médias et leurs enfants. Pour les protéger des contenus violents, ils s’appuient parfois sur les pictogrammes qui signalent les émissions déconseillées en-deçà d’un certain âge. Sophie Jehel a enquêté sur cette relation entre parents, régulations publiques, médias et préadolescents.

Génération 3.0 ? Entretien avec Pascal Lardellier, professeur à l’UBFC

Si l’inscription sur les réseaux sociaux est officiellement interdite aux moins de 13 ans, ces derniers savent parfaitement contourner les interdictions numériques et filtrer les contenus qu’ils montrent à leurs parents. Cependant, malgré cette maîtrise technique, les digital natives ne le sont qu’en partie et ont toujours besoin de la médiation des adultes, explique Pascal Lardellier dans son dernier ouvrage, Génération 3.0. Enfants et ados à l’ère des cultures numérisées.

Le marketing des Légendaires Entretien avec Perrine Baschieri et Églantine Gabarre, responsables du marketing aux Éditions Delcourt

La série Les Légendaires, publiée aux éditions Delcourt, a débuté en 2004 et en est aujourd’hui à son 19e volume, sans compter les tomes de séries annexes. Ces bandes dessinées de fantasy rencontrent un immense succès auprès des préadolescents – mais pas seulement, grâce à un marketing adapté à chaque âge et à chaque type de lecteur auquel il s’adresse.

Les Mangados Entretien avec Olivier Vanhée, chercheur en sociologie

Comme le montre l’ouvrage Les Mangados : lire des mangas à l’adolescence, si les 11-14 ans sont les plus gros lecteurs de mangas, c’est lors de l’enfance et de la préadolescence que commence à se construire leur goût pour ce genre, particulièrement apprécié des faibles lecteurs.

Le Journal d’un dégonflé, la série qui fait lire les préados Entretien avec Jeff Kinney, auteur du Journal d’un dégonflé

Avec la série Le Journal d’un dégonflé, des millions de préadolescents du monde entier suivent les aventures humoristiques et illustrées du jeune Greg, dont le 11e volume paraîtra en France en mai 2017. L’auteur du anti-héros le plus célèbre de la littérature jeunesse contempo¬raine analyse dans cet entretien les facteurs de son succès auprès des 9-12 ans – un mélange savamment dosé d’humour, d’illustrations bien placées et de textes intemporels.

« Dans un contexte de multiplicité des écrans et d’ascension du digital, quelle place occupe la presse jeunesse aujourd’hui ? ». C’est la question posée par plusieurs grands groupes de presse à Ipsos pour l’étude Junior Connect’ 2016. L’enquête, menée au travers de 4700 questionnaires, porte sur les « comportements de consommation » et l’« utilisation des médias chez les moins de 20 ans ».

Focus : Faire du sport un allié de la lecture Par Christelle Gombert, rédactrice en chef de Lecture Jeune

Comment éviter que les faibles lecteurs, lors de l’entrée au collège, ne décrochent complètement de la lecture ? La National Literacy Trust (NLT, « Fondation Nationale contre l’Illettrisme ») du Royaume-Uni propose gratuitement, sur son site internet, de nombreuses ressources et idées afin d’éveiller l’intérêt des jeunes pour le livre. L’une de ces initiatives semble particulièrement originale : rapprocher sport et lecture, pour prouver aux enfants que lire n’est pas réservé aux élèves modèles.

Focus : De « lire aux préados » à « lire avec les préados » Par Agathe Kalfala, responsable de la formation de Lecture Jeunesse

Pourquoi former des bénévoles, déjà expérimentés dans la lecture aux enfants et aux bébés, à lire des textes à voix haute aux préadolescents ? Et d’abord, qu’est-ce qu’un « préado » ? C’est par ces questions que s’ouvre la formation conçue par Lecture Jeunesse pour l’association Lire et faire lire.

Publier pour les 8-12 ans Analyse par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de la rédaction

Oubliés, délaissés, abandonnés après les premières lectures, les préadolescents erraient-ils dans les limbes de la littérature jeunesse avant d’être la nouvelle cible choyée des éditeurs ? C’est ce que l’on peut se demander face au regain d’intérêt que les maisons d’édition leur témoignent. A-t-on repéré l’émergence d’une nouvelle tranche d’âge qui échappait aux études, des profils de consommateurs qui justifieraient un segment de marché spécifique ? Une offre ado satu¬rée conduit-elle inexorablement chacun à toucher ce public ? Après l’âge d’or du young adult, on s’émerveille des yeux qui pétillent et qui scintillent d’un lectorat idyllique et perméable que l’on (re)découvre.

Les préadolescents à l’école : une grande histoire de (dés)amour Entretien avec Nicole Catheline, pédopsychiatre

Lors de l’entrée au collège, la relation entre l’école et une partie des préadolescents peut soudain devenir problématique : refus d’aller en classe, désintérêt pour les cours, ennui… Si ce changement inquiète souvent les parents, il n’a rien d’anormal pour la pédopsychiatre Nicole Catheline, et n’est que le signe des transformations psychiques et pubertaires de ces « grands enfants ».

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