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Sommaire « Mâles du siècle. La lecture au masculin »

LECTURE JEUNE 166 | JUIN 2018

Edito par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse

On sait que le lecteur de livres de fiction est une lectrice, que les garçons, plus que les filles, délaissent la lecture de livres à l’adolescence, et ce, dans l’ensemble des pays de l’OCDE et de ses partenaires. Mais ce que l’on dit sans doute moins, c’est qu’en France, les marqueurs sociaux ont plus d’incidence sur la pratique de la lecture de livres que le sexe du lecteur. Le cumul des deux critères – milieu social défavorisé et sexe masculin –, bien sûr, donne les résultats les plus bas.

C’est, entre autres résultats, ce que l’on peut retrouver dans la publication numérique, gratuite, de l’Observatoire de la lecture des adolescents,Les nouvelles de l’obs. Pour sa première édition, elle fait un point sur ce que l’on a pu recueillir comme données sur la lecture de livres par des adolescents, en rassemblant et en explicitant des résultats d’enquêtes de référence. Les disparités filles/garçons y sont notamment abordées, en France et dans les pays de l’OCDE.

Nous insistons bien ici sur la lecture « de livres », terme parfois omis dans les comptes rendus d’enquêtes, qui, pour la plupart, portent bien sur cette pratique. La lecture multimodale (sur les sites internet, les jeux vidéo, les réseaux sociaux, les forums…) est, en effet, très rarement prise en compte dans les travaux sur la lecture alors qu’elle en est une des formes. Un très grand nombre d’adolescents sont ainsi des lecteurs qui s’ignorent, même s’ils ne lisent pas forcément de livres.

Dans le contexte actuel, les filles sont au cœur des préoccupations. Dans le domaine qui nous occupe, ce sont les garçons qui suscitent le plus de questions et d’inquiétudes. La lecture est-elle le mâl(e) du siècle ? Les garçons – sauf les gros lecteurs – lisent globalement moins de livres que les filles et y consacrent moins de temps. Si l’on s’interroge sur les raisons de ce décalage, à la lumière des propos de Sylvie Octobre par exemple, on voit bien que l’impact de l’image de la lecture, féminine, renvoie davantage à une certaine conception des genres, avec les caractères innés et acquis qui les caractériseraient, qu’à la pratique de la lecture en elle-même. On ne s’étonne plus du paradoxe qui l’accompagne : les femmes lisent des livres, mais ce sont des hommes, des happy few, qui déterminent la légitimité littéraire des textes.

La lecture, c’est pour les filles ? Entretien avec Sylvie Octobre, sociologue

S’éloigner de l’univers féminin et maternel est, aux yeux d’un adolescent, essentiel pour construire sa masculinité et s’affirmer en tant que garçon. La lecture, activité calme, solitaire et pratiquée surtout par des femmes, paraît alors moins désirable que les sciences et les techniques, aujourd’hui très valorisées et dominantes… donc perçues comme plus masculines. Mais face à ce phénomène, tous les garçons ne sont pas égaux : selon leur milieu social, leur rejet de la lecture pourra s’avérer plus ou moins radical et durable.

Focus : La lecture des garçons en chiffres Par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de la rédaction

Quelques chiffres sur la lecture des garçons en France et en Europe.

Jouer à Assassin’s Creed fait-il lire ? Entretien avec Sébastien Moricard, directeur du développement multimédia, Bragelonne

Ils semblent passer leur temps à jouer à Assassin’s Creed, à Minecraft et à World of Warcraft. Alors pourquoi ne dévorent-ils pas les livres adaptés de ces licences, même disponibles gratuitement à la bibliothèque ou au CDI ? Pour Sébastien Moricard, la réponse est simple : ces publications s’adressent à une portion bien spécifique des joueurs, les geeks. Quant aux prescripteurs qui se demandent s’ils doivent conseiller ces romans « commerciaux » à de jeunes geeks, qu’ils se rassurent. Loin de simples produits dérivés, ces ouvrages peuvent receler de réelles qualités littéraires et pédagogiques.

Frigiel et Fluffy, la série qui crée des lecteurs Entretien avec Frigiel, auteur et YouTuber, et Nicolas Digard, auteur et scénariste

L’univers cubique de Minecraft n’en finit pas de fasciner ses adeptes. Le gamer Frigiel en a même fait son métier : depuis 2011, il publie sur YouTube des vidéos autour du jeu. Avec l’auteur Nicolas Digard, il a également coécrit chez Slalom la tétralogie Frigiel et Fluffy qui met en scène son avatar. La série rencontre un franc succès auprès des fans du YouTubeur – principalement des garçons de 10 à 12 ans dont certains n’avaient jamais lu de roman auparavant.

Les modèles masculins des ados Entretien avec Lise Haddouk, psychologue

Après avoir porté le maillot de leur sportif préféré toute leur enfance, les garçons se tournent souvent à l’adolescence vers des héros fictifs. Personnages de militaires musclés, de geeks intelligents ou de soigneurs bienveillants : dans les séries et les jeux vidéo, l’éventail est large. Mais le choix n’est jamais anodin, et s’identifier à l’un ou à l’autre de ces modèles masculins idéalisés est révélateur d’un certain type de personnalité. « Dis-moi qui sont tes héros, je te dirai quel garçon tu es »…

Si Hermione remplaçait Harry… Entretien avec Clara Lévy, sociologue

Une couverture trop rose, un prénom féminin dans le titre, et c’est le drame : impossible de convaincre un lecteur masculin d’ouvrir le livre. Les filles, en revanche, n’ont aucun mal à aller vers les ouvrages qui ciblent clairement les garçons. D’où vient ce décalage ? Pour la sociologue Clara Lévy, il prend notamment sa source dans l’offre éditoriale, où l’on trouve trop peu d’héroïnes qui ne soient « ni princesses, ni danseuses étoiles ».

Héros jeunesse : Superman ou dégonflé ? Synthèse de l’analyse de Jeanne Dura et Carmen Dreysse, étudiantes en sociologie par Christelle Gombert

Suite au succès de la série Journal d’un dégonflé, de nombreux romans pour préadolescents ont repris la même formule : un jeune loser raconte – souvent dans un journal et avec humour – sa vie très banale rythmée par l’école, les punitions de ses parents, ses amitiés et ses relations amoureuses. Ces personnages aux antipodes des critères habituels de la virilité définiraient-ils une nouvelle masculinité, qui tournerait en ridicule les gros bras et la violence ?

Comment faire lire les hommes de votre vie Entretien avec Vincent Monadé, auteur et président du CNL

Comment transformer un homme en lecteur ? Vincent Monadé répond à cette quête a priori insoluble dans son livre, Comment faire lire les hommes de votre vie. Il y développe avec humour une méthode pratique pour transmettre le plaisir de lire aux hommes. Mais qu’en est-il des garçons plus jeunes ? Peut-on, et doit-on, faire de ces fans de mangas des dévoreurs de romans et de poèmes ? Quels livres leur conseiller ? Pour aborder ces questions sous le bon angle, l’auteur préconise de suivre un grand principe : accompagner plutôt qu’instruire.

Focus : Ils lisent avec numook Par Sarah Magnou, enseignante de français

En 2016, le Centre de Formation des Apprentis (CFA) de Tulle a proposé aux élèves du CAP Bâtiment de participer à numook, le projet d’écriture d’un livre numérique lancé par Lecture Jeunesse. L’objectif : éveiller chez ces huit étudiants le plaisir et l’envie d’écrire et de lire. Des notions souvent lointaines aux yeux de ces jeunes hommes pour qui l’écrit est synonyme de difficulté, d’échec, voire de honte.

« Exprimer des choses que je n’exprimerais pas ailleurs » Entretien avec Corentin Sage et Corentin Pasquier, apprentis

Corentin Sage et Corentin Pasquier ont 18 ans. Tous les deux sont apprentis au CFA Bâtiment de Tulle, l’un en menuiserie, l’autre en maçonnerie. Le premier participe cette année au projet numook, tandis que le second y a pris part l’an dernier. Ces deux garçons, qui ne lisaient pas et n’avaient jamais visité la médiathèque de Tulle, racontent comment ils vivent ou ont vécu numook et les découvertes qu’ils ont faites au fil du projet.

Focus : « Vous n’auriez pas la suite par hasard ? » Par François Ansaldi, professeur-documentaliste

Comment faire lire un public de garçons dans un lycée professionnel industriel ? Comment faire venir ces élèves au CDI ? Comment sortir de la contrainte d’une lecture « imposée » en cours ? Ces questions ont donné lieu à un projet intitulé « De l’autre côté du miroir : plongée dans les lectures de l’imaginaire », dont l’objectif était d’amener les étudiants à la lecture par le biais de l’écriture.

Devenir YouTubeur scientifique Projet pédagogique proposé par l’APDEN

Et si YouTube, plutôt que de détourner les jeunes de la lecture, pouvait les amener à lire ? C’est le pari de ce projet au long cours. Son objectif : profiter de l’attrait des garçons envers les sciences pour leur proposer de devenir à leur tour vulgarisateurs scientifiques, comme certains YouTubeurs stars, le temps d’une vidéo. Une façon originale d’ouvrir leur curiosité et de leur faire lire des bandes dessinées documentaires.

Le e-dossier de la revue

 

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