Dernier numéro

 

Sommaire De Harry à Tobie, l’Europe du Livr’échange

LECTURE JEUNE 160 | DÉCEMBRE 2016

Edito par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse

L’Europe du livr’échange peut être un titre périlleux dans un contexte politique international plus que troublé et économiquement fragile. Il rappelle que les histoires, les récits, les idées, ne s’arrêtent fort heureusement pas aux frontières. La renommée de Harry1 dépasse de loin Poudlard et Tobie 1 a voyagé bien au-delà de son arbre ! Certes. Encore fallait-il permettre aux moldus de connaître l’un et à l’autre de conquérir une forêt de lecteurs.

Après un numéro sur le marketing du livre en France (n°152), on pourrait s’attendre à un dossier sur l’économie du livre ado à l’échelle européenne. C’est un autre point de vue que nous avons choisi, alors qu’en octobre 2017, la France sera l’invitée d’honneur de la foire de Francfort : « la langue et l’hospitalité, la jeunesse et l’innovation » font partie des axes privilégiés de sa présence. Et ce sont ces thèmes que nous retrouverons dans le dossier. C’est bien sur la langue et ses traductions qu’il porte, l’audace des traducteurs qui permettent de faire découvrir des œuvres et des cultures, le rôle des foires et des salons, manifestations essentielles pour faire circuler les textes et faire évoluer la création et l’économie du livre. Dans la lignée de la revue sur les tendances de la littérature ado (n°150) et pour approfondir la réflexion sur l’intérêt et l’impact des achats et des cessions de droits (voir n°157) sur le marché, il nous semblait cette fois important d’exposer quels facteurs et quels acteurs, en plus des éditeurs, contribuent à composer l’offre éditoriale ado-Young adult que nous avons en France.

Points de vue étrangers, brefs focus sur les tendances de l’édition ado dans d’autres pays et décryptage du fonctionnement des foires permettent de mieux comprendre comment s’opèrent les choix et les arguments qui concurrent à la traduction d’un titre. Aux côtés des enchères de grande envergure, coexiste le travail de l’ombre des traducteurs, dont les recommandations peuvent avoir un rôle crucial dans la valorisation de la littérature d’un pays. S’imposait, en ouverture de cette revue, un panorama de l’édition française et étrangère pour ado et jeunes adultes en France. Il n’en existait pas. 32 éditeurs, 2715 romans et quelques graphiques plus tard, Morgane Vasta le dressait pour notre dossier, dont il est l’élément clé.


1 Héros de la mondialement célèbre série Harry Potter.

2 Héros du diptyque Tobie Lolness de Timothée de Fombelle (Gallimard Jeunesse, 2006-2007).

Traduction ou création : que lisent les ados français ? Panorama par Morgane Vasta, doctorante à l’université d’Artois, animatrice, formatrice et membre du comité de lecture de Lecture Jeunesse

D’après le Centre National du Livre (CNL), la France est le premier pays traducteur de la planète : 17,7 % des nouveautés en 2015 sont des achats de droits1. Si plus de la moitié de ces titres proviennent de pays anglo-saxons, le champ linguistique couvert semble de plus en plus étendu au fil des ans. Qu’en est-il de l’offre romanesque proposée aux adolescents ?

Comment les auteurs jeunesse français s’exportent-ils ? Entretien avec Anne Bouteloup, responsable du service Cessions de droit de Gallimard Jeunesse

Comment exporter la littérature jeunesse made in France ? La question est au cœur des préoccupations d’Anne Bouteloup. Responsable des cessions de droits pour Gallimard Jeunesse, cette passionnée œuvre depuis près de 30 ans pour que les auteurs français soient publiés à l’étranger. De l’intuition d’un succès jusqu’à la conclusion d’une vente sur une foire internationale, elle raconte l’itinéraire des livres qui traversent nos frontières.

Focus sur l’édition jeunesse au Royaume-Uni Par Pam Dix, présidente de l’IBBY Royaume-Uni (International Board on Books for Young people)

Au Royaume-Uni, l’expression « littérature pour enfants » englobe la totalité de l’édition pour la jeunesse. Au sein de ce marché, on parle de Young adult pour les publications ciblant plus spécifiquement les lecteurs à partir de 14 ans ; dans les statistiques, elles sont intégrées aux livres jeunesse en général. Les données fournies dans ce focus concernent donc l’ensemble de ce champ littéraire, très bien implanté dans le pays.

Point de vue d’auteur Chronique de Clémentine Beauvais, auteur et enseignante-chercheuse à l’université de York (Royaume-Uni)

Clémentine Beauvais est une « enfant de divorcés » : elle écrit en deux langues, vit entre deux cultures. Française, elle enseigne l’anglais en Grande-Bretagne ; auteur à la fois en Angleterre et sur sa terre natale, elle a également traduit l’un de ses propres textes. Elle donne ici un aperçu des contrastes qui existent entre l’hexagone et le Royaume-Uni : statut de l’auteur, questions de traduction, codes culturels… Ces deux marchés du livre ne sont pas séparés que par la Manche.

Foires et salons : point de vue d’éditeur Par Daniel Goldin, directeur de la bibliothèque Vasconcelos (Mexique)

Des échanges entre artistes aux échanges de droits, quel est, au fond, le rôle d’une foire du livre ? Dans ces rassemblements, les éditeurs décident, chaque année, de l’avenir d’une production éditoriale mondialisée. Daniel Goldin, qui fréquente les foires littéraires de nombreux pays depuis plus de 30 ans, explique comment elles lui ont permis de mieux cerner les tendances du marché.

Montreuil et Bologne, capitales européennes de l’édition jeunesse Entretien avec Sylvie Vassallo et Elena Pasoli, directrices du SLPJ de Montreuil et de la Foire de Bologne

Parmi les nombreux événements autour du livre, peu se consacrent uniquement à la littérature jeunesse. Deux d’entre eux, pourtant, ont pris ce parti : le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, et la Foire du Livre Jeunesse de Bologne, en Italie. Sylvie Vassallo et Elena Pasoli, directrices de ces rendez-vous désormais incontournables, montrent que les foires et salons sont au cœur des échanges entre les éditeurs jeunesse français et européens.

Focus sur l’édition jeunesse en Italie Par Deborah Soria, libraire jeunesse indépendante à Rome

La littérature jeunesse italienne est confrontée à un paradoxe : d’une part, le pays la célèbre en accueillant chaque année, à Bologne, la plus grande foire du monde dédiée à la littérature jeunesse ; d’autre part, l’accès aux livres y est minime, car l’absence de politique d’éducation à la littérature donne lieu à un très faible réseau de bibliothèques et de librairies.

Focus sur l’édition jeunesse en Allemagne Par Doris Breitmoser, directrice de l’IBBY Allemagne (International Board on Books for Young people)

Une part importante de la production littéraire allemande pour la jeunesse provient de l’étranger, mais les éditeurs veillent à varier les pays d’origine : aux côtés des livres anglo-saxons se trouvent des ouvrages français et scandinaves. De plus, les auteurs allemands sont appréciés hors de leurs frontières – notamment pour leurs albums et leurs documentaires.

Les romans jeunesse suédois traduits en France Panorama par Clara Delmas, professeur-documentaliste, membre du comité de lecture de Lecture Jeunesse

La société suédoise bénéficie d’une image idyllique, sa littérature d’une image noire. Longs congés parentaux partagés, égalité homme/femme, droits des personnes homosexuelles et transgenres, amour du consensus et peur du conflit dans les échanges… Malgré la crise des années 1990 et les crispations contemporaines autour de l’afflux de réfugiés, le modèle suédois bâti par des décennies de socialisme continue de faire rêver.

Traduire pour s’ouvrir ? Entretien avec Maurice Lomré, traducteur du néerlandais et responsable de la diffusion de l’Ecole des loisirs en Belgique

Maurice Lomré est traducteur du néerlandais vers le français. Au plus près à la fois de l’auteur, du lecteur et de l’éditeur, son rôle de passeur se joue souvent dans l’ombre. Comment une œuvre rencontre-t-elle son public étranger ? A quels obstacles fait-elle face en dehors de son pays d’origine ? Comment la traduction peut-elle faciliter l’accès à un texte ? Maurice Lomré, au carrefour des métiers du livre, donne son point de vue sur ces questions.

Pour aller plus loin


0 Commentaire