ÂGE TENDRE

Clémentine Beauvais

Il est désormais obligatoire d’effectuer une année de Service Civique (SerCi) avant d’entrer en 2nde. Valentin, jeune albigeois timide aux multiples angoisses, est affecté – à l’encontre de tous ses vœux – à Boulogne-sur-Mer dans une unité Mnémosyne. Celle-ci accueille des personnes âgées atteintes de démence en recréant au détail près l’univers de leur jeunesse. Valentin découvre ainsi une version idéalisée des années 1960, mais aussi la musique de Françoise Hardy, dont il tombe éperdument amoureux. Clémentine Beauvais réalise ici une double prouesse. D’une part, elle parvient à intéresser son jeune lecteur aux années 1960, en les décrivant à travers le regard d’un adolescent d’abord réfractaire, puis passionné de cette période. D’autre part, elle s’impose une contrainte d’écriture colossale : le roman entier prend la forme du rapport de SerCi de Valentin. L’humour naît ainsi du ton formel du document scolaire, qui contraint l’expression des malaises, des étonnements ou des élans intimes du narrateur. Si ce roman n’a pas la même force comique que Les Petites Reines ou Brexit Romance, il reste à la fois drôle et émouvant. Les « notes rétrospectives » qui parsèment le rapport, écrites par Valentin après la fin du SerCi, montrent l’évolution du personnage tout en installant le suspense par des effets d’annonce. De nombreux thèmes sont abordés en filigrane : le lien entre mémoire et identité, la tentation de se réfugier dans un monde fictif, les normes de genre ou encore le mythe de la « briseuse de ménage ». L’ensemble résonne de la voix de Françoise Hardy et rayonne des couleurs vives de Jacques Demy – autant de références que les adolescents s’empresseront, comme Valentin, d’aller découvrir sur YouTube.

Christelle Gombert & lu et conseillé par Laurane Authier

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