Crépuscule du tourment

Léonora Miano
Léonora Miano (lauréate du Goncourt des Lycéens 2006 pour Contour du jour qui vient) publie ici un roman d’une puissance rare. Quatre voix féminines se succèdent et s’adressent au même homme : il est le fils, l’amoureux, le mari par défaut et le frère. Chacune évoque sa propre vie et ses douleurs, à travers des thématiques comme la honte, la perte, les obstacles à l’épanouissement sexuel, la violence, la famille ou l’identité. Dans une tonalité rappelant les récits antiques de familles maudites, le récit oscille entre intimité des personnages et évocation la violence humaine – et surtout culturelle – de la colonisation des pays d’Afrique par les Occidentaux. L’homme destinataire de chaque monologue est le descendant à la fois d’esclaves et d’agents locaux au service des colonies. On se laisse porter par ces récits contemporains de femmes et piquer par les propos des narratrices, qui poussent à se questionner sur l’identité niée des peuples africains et sur la difficulté de se raconter, en tant qu’individus, autrement qu’à travers le prisme de l’histoire coloniale. Même s’il n’est pas explicitement adressé à la jeunesse, ce titre coup de cœur peut s’avérer extrêmement pertinent pour les lycéens et les jeunes adultes par le regard qu’il porte sur l’identité subsaharienne, et mérite plusieurs lectures afin de saisir l’ampleur de la réflexion menée par l’auteur.

Yaël Wilson

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