La Classe

Les élèves du collège Paul Verlaine et les étudiants de Science- Po Lille avec Marie Desplechin

Qualifiés d’autoportraits à deux, les textes du recueil ont été écrits par des étudiants à partir de leurs conversations avec des élèves de troisième. Ces entretiens faisaient suite à un projet d’écriture sur le récit de soi, l’autobiographie figurant au programme scolaire. Plus d’une trentaine d’adolescents de 14 à 16 ans se sont exprimés, issus majoritairement de milieux populaires, à un âge où ils choisissent – ou subissent – leur orientation. Leur propos, spontanés, seraient retranscrits par les étudiants, passeurs auprès des jeunes, gràce à la proximité des générations. Pour Marie Desplechin, il s’agissait de produire un travail collectif sur le modèle de co-écriture expérimenté avec Aya Cissoko pour Danbe (Calmann-levy, 2011), reposant sur un contrat de confiance : chacun pourrait contrôler son texte. Il fallait persuader les collégiens du bénéfice de se livrer, et les étudiants qui les interrogeraient sur leur histoire familiale, leur religion, leur sport ou toute autre passion, du profit que tireraient leurs cadets d’être écoutés. Malgré les aléas, les binômes se sont formés, dont des couples improbables. Cette association impliquant environ quatre-vingts personnes est parvenue à son but : une dizaine de portraits ont été publiés dans le Monde, enrichis par les photos de Jessy Deshais, l’intégralité des textes constituant un livre. « Au bout du compte, chaque lecteur fera son affaire de sa lecture, y trouvant selon ce qu’il cherche des confirmations ou des démentis. Plus que n’importe quelle information, ce qui me reste, c’est l’émotion ». Quelle sera la perception de cette anthologie par les collégiens ? Il paraît important de leur proposer les récits de vie de leurs pairs sur la construction de soi, en lecture individuelle ou même à haute voix car la qualité de cette écriture collaborative est parfois manifeste. Les adolescents se retrouveront dans ces portraits, qui sont des documents précieux car ils touchent à la vie intime, que beaucoup ont du mal à confier, en particulier aux jeunes du même âge qui s’érigent en juges.

Cécile Robin

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